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Coopératives viticoles : le plan de la dernière chance ?

FILIÈRE / Le Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) a publié le 16 mars son rapport consécutif à sa mission d’appui à la restructuration des caves coopératives viticoles1. L’institution appelle à une transformation profonde du modèle pour assurer sa survie.

Par Christophe Soulard 
Coopératives viticoles :  le plan de la dernière chance ?

C’est un constat sans appel sur la fragilité des 550 caves coopératives françaises que dresse le CGAAER dans son dernier rapport. Il revient notamment sur les crises qui ne cessent de converger dans ce secteur d’activité, à commencer par la déconsommation structurelle en France qui constitue le premier facteur de déstabilisation : de 100 litres par habitant et par an en 1975, la consommation est tombée à 34 litres aujourd'hui, avec une chute marquée des consommateurs réguliers (seulement 11 % en 2022). À cela s'ajoute un recul global des marchés à l'export, particulièrement vers la Chine et les États-Unis, où la France voit sa part de marché s'éroder face à la concurrence espagnole et italienne. De plus, les aléas climatiques répétés ont réduit les rendements, rendant les outils de production souvent surdimensionnés et augmentant les charges fixes par hectolitre produit. Cette situation globale a conduit à un endettement critique, avec un encours financier global estimé à plus de 250 millions d'euros en 2025. Pour le CGAAER, le statu quo n'est plus une option. Il propose ainsi sept recommandations clés. Tout d’abord, il entend lever le verrou financier. Le CGAAER veut ainsi rendre les coopératives éligibles aux « prêts structurels » adossés à la garantie Bpifrance, en relevant le plafond à quatre millions d'euros pour consolider les dettes à long terme. Il faut ensuite généraliser « les audits de performance subventionnés pour analyser la stratégie réelle des caves avant toute décision. La troisième recommandation, la plus contraignante, suggère de financer les fusions non pas pour la simple économie d'échelle, mais pour des projets de transformation incluant la fermeture de sites obsolètes et favorisant l'innovation ». Cette nécessaire transformation devra s’accompagner d’une mutualisation des compétences avec notamment le développement du partage d'outils (vinification, embouteillage) et des fonctions support (marketing, RH, export).

Investir dans le capital humain

Partir à la reconquête des marchés constitue le cinquième point du CGAAER. Mais il faudra « adapter la production aux nouveaux profils de vins (frais, légers, désalcoolisés) et simplifier l'accès aux aides de l'OCM pour l'export », soulignent les rédacteurs du rapport. Les coopératives viticoles ne pourront enfin pas faire l’impasse sur l’investissement dans le capital humain (renforcement de la formation des administrateurs et des salariés, notamment en contrôle de gestion et stratégie commerciale) et sur le partage de la valeur. À ce titre, il faudra « mobiliser les possibilités réglementaires existantes aux niveaux européen et national pour développer les accords de durabilité, les prix d’orientation et les indicateurs de coût de production », souligne le rapport. Pour le CGAAER, le modèle coopératif qui pèse 40 % de la production nationale est certes malmené, bousculé, mais il reste le levier le plus puissant pour entraîner le vignoble français vers les transitions nécessaires, à condition d'évoluer rapidement.

Christophe Soulard