Corbeaux ravageurs en Nord-Isère
Au moment des semis de maïs et de tournesol, plusieurs cultivateurs du Nord-Isère ont donné l'alerte quant aux dégâts de blaireaux et de corbeaux occacionnés dans leurs parcelles.
Pour Serge Bouvier, céréalier à La Verpillère, c'est un combat sans répit depuis son installation en 2003. « C'est une exploitaiton en milieu péri-urbain », décrit-il. Les 230 hectares sont exploités à La Verpillère, Villefontaine, Saint-Quentin-Fallavier, Chamagnieu ainsi que Satolas-et-Bonce. La première année, ce sont ainsi 15 ha de cultures que les corbeaux ont emportés. « J'ai passé mon agrément de piégeur, mais ça n'a pas suffit. » Peu de temps après, il est de nouveau face à 23 ha de cultures entièrement ravagés. « Il ne restait rien, plus une graine ». Roland Bouvier s'empare sérieusement de la question et devient chasseur et garde-chasse à La Verpillère. Dans le secteur, la régulation des corvidés et le piegeage datent du mileu des années 2000. Mais problème, les oiseaux se sont installés pour nicher dans les bois au-dessus de la gare de La Verpillère, un endroit d'où il est impossible de les déloger. Serge Bouvier estime d'ailleurs que « c'est une aberration de ne plus pouvoir toucher aux nids en régulation ».
Du champ au gosier
Cette année, l'exploitant a dû resemer 33 ha au total à Vaulx-Milieu, Villefontaine et La Verpillère. Les corvidés ont d'abord ravagé 26 ha de cultures de maïs, puis 7 ha. Coup de l'opération : 5 000 euros de semences. Le mois de mai a été terrible. « Lorsque les oisillons réclament de plus en plus et lorsqu'ils commencent à aller dans les parcelles : c'est à ce moment-là qu'il faut les secouer. Mais si on pouvait secouer les nids... » Les corvidés déterrent les graines enfouies jusqu'à 3 ou 4 cm de profondeur, c'est-à-dire la profondeur du semis. Les agriculteurs ne peuvent semer plus profond au risque que la graine ne germe pas. Ensuite, les oiseaux viennent se servir dans les champs jusqu'au stade quatre feuilles.
Depuis le 3 juillet dernier, un arrêté préfectoral autorise la régulation du corbeau freux et de la corneille noire dans une grande partie du département et dans tout le Nord-Isère. « Mais c'est difficilement applicable, car les écologistes sont sur place, comme à Meyzieu au mois de juin », explique le garde-chasse. Impossible donc d'intervenir. « Il faut toujours argumenter, se justifier ». C'est la raison pour laquelle il invite ses collègues à faire des déclarations à la DDT ou la FDCI car, même si ces dégâts ne sont pas indemnisables, il y a une réalité économique qui justifie le classement des espèces comme pouvant provoquer des dégâts ainsi qu'une régulation.
Motiver les troupes
« Les arrêtés sont affichés en mairie. Il ne s'agit pas de faire les choses en cachette. Il faut que les gens soient au courant, c'est normal », déclare Serge Bouvier. Il ajoute : « Les corvidés ne font pas que des dégâts à l'agriculture. Une grande entreprise pharmaceutique de La Verpillère a eu des problèmes et demandé des autorisation de piégeage à la préfecture pour la destruction des oiseaux. »
Et quand bien même les voyants sont au vert comme c'est le cas depuis début juillet, encore faut-il « motiver les troupes » pour effectuer de la régulation. Serge Bouvier avance un argument : « C'est motivant pour un jeune chasseur qui débute et qui peut tirer à l'intersaison ». Certaines communes font aussi l'effort d'acheter les cartouches.
Mais l'agriculteur regrette l'époque très récente où l'emploi d'un produit répulsif enrobant les graines était encore autorisé.
Isabelle Doucet
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