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Agriculture biologique

Coup de frein sur l'agriculture biologique pour photos

A Serpaize, Dominique Despras, le conseiller régional à l'agriculture biologique, a été interpelé par les agriculteurs et les représentants de la profession au sujet du plafonnement des aides bio.
Coup de frein sur l'agriculture biologique pour photos

Alors qu'il venait présenter la mise en œuvre du plan bio en région Auvergne-Rhône-Alpes, Dominique Despras, le conseiller régional délégué à l'agriculture biologique, a été interpelé sur l'annonce du plafonnement des aides à la bio (conversion et maintien) à partir de 2017 et sur le risque de rétroactivité sur les années 2015 et 2016.
Le 23 mai dernier, Dominique Despras s'est rendu sur l'exploitation de Julien Maras, à Serpaize. Installé hors cadre familial en 2002, le producteur a été rejoint par son épouse en 2015. Cette exploitation céréalière de 128 hectares est passée au bio en 2010. « Je suis resté en conventionnel pendant huit, le temps de m'installer, puis d'acquérir le matériel et d'être plus autonome », indique le cultivateur. « Les MAE* m'ont permis de franchir le pas », poursuit-il. En passant au bio, l'exploitation s'est inscrite dans le créneau de la transformation, valorisant ainsi mieux ses produits. Elle dispose de son propre moulin pour faire de la farine, fait de l'huile de tournesol et de colza et vend ses lentilles. La vente directe s'effectue via les magasins spécialisés bio, les plateformes d'approvisionnement de la RHD, les magasins de producteur et les Amap. Elle est sous contrat avec La Dauphinoise pour la production d'orge brassicole qui est maltée chez Malter Echo en Ardèche. L'exploitation a aussi des contrats de multiplication sur les triticales et le soja. Enfin, pour mener ses rotations, elle produit des fourrages sur plus d'une vingtaine d'hectares, souvent en légumineuses pures.

Engagement non réciproque

« La réflexion sur le bio est venue avec les enfants. On n'osait plus les mettre sur le tracteur. Et je crois qu'en manipulant les phytos, on en a bien profité », note Julien Maras. Il constate que depuis 2010, ses revenus sont plus stables. Alors les aides, il « compte dessus ». Il est concerné par l'aide au maintien, qui risque non seulement d'être plafonnée, mais aussi de faire l'objet de rétroactivité sur les années 2015 et 2016, voire être supprimée en 2019. « Alors que le versement sur ces années n'est pas clos », s'indigne le cultivateur. Dominique Despras justifie les choix régionaux au regard des enveloppes des PDR Auvergne et Rhône-Alpes, votés pour la période 2015-2020. Les aides à la conversion seraient plafonnées à 12 000 euros et celles au maintien à 8 000 euros.
Ce qui rend les agriculteurs furieux, c'est qu'ils se sont engagés sur la période, avec des aides non plafonnées. « Ce n'est pas admissible d'annoncer cela après la déclaration PAC », s'insurge Estelle Maras. Elle rappelle que dans un contrat, l'engagement doit être réciproque et fait valoir l'argument d'utilité publique du bio.

Fonds de développement agricole

Pour l'heure, Dominique Despras a demandé aux chambres d'agricultures de recenser combien d'exploitations seraient concernées en région par le plafonnement. Il avance le chiffre de six qui est aussitôt démenti par les représentants des chambres d'agriculture et des réseaux bio. Il demande à ce que « chacun prenne ses responsabilités » et parle « solidarité » en reconnaissant ne pas connaître le budget global concerné. En 2016 et 2017, les vagues de conversion et de maintien sont importantes. Des chiffres non officiels, en raison de la méconnaissance des surfaces engagées, établiraient à 10 millions d'euros le manque à gagner en Auvergne (sur un budget initial de 28 millions d'euros) et 3 millions d'euros dans l'ex Rhône-Alpes (sur un budget de 79 millions d'euros). Rappelons que l'enveloppe dépend de financements européens (Feader), nationaux par le biais de l'Agence de l'eau et régionaux. Dominique Despras se veut néanmoins rassurant en indiquant « qu'il existe des lignes pour le développement agricole qui n'ont pas encore été ouvertes par la Région ». L'enveloppe serait d'une dizaine de millions d'euros. Il poursuit : « J'ai besoin de votre soutien pour mettre des fonds propres régionaux pour combler les fonds européens. En revanche, si on les met sur le bio, on ne le met pas ailleurs ». Pour l'élu régional, « l'agriculture bio doit être capable de chercher son revenu, comme le font toutes les production ».

Isabelle Doucet

*les aides à la conversion et au maintien de l'agriculture biologique sont financées avec le 2e pilier (développement rural) de la PAC

 

Visite / A Saint-Prim, La Dauphinoise répond au développement des productions bio adaptant son outil d'ensilage. Son silo spécialisé a fait l'objet d'une visite par Dominique Despras, élu du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, lors de sa venue en Isère à la découverte de la filière bio départementale.

La Dauphinoise suit la bio à la trace

Pour faire face à l'augmentation de là production de céréales bio, la Coopérative Dauphinoise a rapatrié en 2009 l'ensemble de la collecte bio au silo de Saint-Prim en Isère rhodanienne. L'équipement sert au stockage de longue durée. Deux silos relais viennent en appui au dispositif, à Vourey et à Saint-Maurice-en-Trièves où La Dauphinoise travaille avec les établissements Martinello, un important acteur du bio. Le silo de Saint-Prim dispose de 6 000 tonnes de stockages en cellules, soit quatre de 600 tonnes, quatre de 500 tonnes, huit de 300 tonnes et 5 de 50 tonnes. Le responsable du silo est le garant de la traçabilité des produits qui entrent sur la plateforme. Toutes les cultures font l'objet de contrats cadres, les surfaces et les certification sont tracées. Sur la bascule, les taux de protéines et les PS sont immédiatement analysés. La collecte passe par un nettoyeur et un séparateur avant d'être mise en silo. La conservation des grains se fait par ventilation.
La principale production bio est le maïs, soit 3 000 tonnes les bonnes années. Utilisé en alimentation animale, il permet à La Dauphinoise de maîtriser une filière complète, du grain à la volaille et à l'œuf bio. Jean-François Perret, animateur de la filière bio à la Coopérative Dauphinoise énumère les filières bio en test, notamment chez Terre des sens comme le blé meunier, le tournesol et le colza pour la production d'huile, l'orge brassicole, mais aussi le soja et l'avoine ou les graines de chia pour l'alimentation humaine. « Il existe tout un panel, explique le conseiller. Les productions en deuxième année de conversion (C2) sont valorisées en alimentation animale. » De sorte que les cellules sont parfois dédoublées. « Tout doit être tracé », insiste le responsable de la filière bio.
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