Coup dur pour la transformation à la ferme
La grosse galère, mais pas l'angoisse. Si, à la fin de l'année, la ferme de Coderon ne bénéficie plus de la dérogation au règlement européen permettant aux abattoirs de volailles non agréés (EANA) de transformer leurs volailles, Bérengère Gudimard devra investir 150 000 euros pour mettre son atelier aux normes européennes. Impossible : elle n'en a pas les moyens.
Installée à Chassigneu il y a six ans, la jeune femme a repris la ferme de son père et réalisé quelques aménagements à la marge. En plus de son atelier poules pondeuses, elle élève 7 000 volailles de chair à l'année, les abat à la ferme et en transforme les trois-quarts dans son labo. La quasi-totalité de la production est commercialisée en vente directe.
Plafonds trop hauts
Côté sanitaire, pas de problème : les règles d'hygiène et de stabilité requises pour les produits élaborés dans son atelier sont les mêmes que pour un établissement agréé. Mais c'est la conception elle-même de l'atelier qui ne convient pas : des plafonds trop hauts, une marche en avant à revoir, des chambres froides en nombre insuffisant... « Je vais attaquer des devis pour améliorer mon atelier actuel et envisage des aménagements qui correspondent aux normes européennes, mais il y a beaucoup de choses à mettre en place, explique Bérengère Gudimard. C'est un investissement lourd et ça demande beaucoup du temps. » Or, malgré l'emploi d'une salariée, l'éleveuse a déjà un planning plein comme un œuf. Difficile de dégager du temps pour étudier à fond le dossier et mesurer ses incidences financières. « S'il faut y passer, on y passera, soupire Bérengère. Ça ne me fait pas peur sur le plan réglementaire, car j'ai un BTS agro-alimentaire. Mais ça va être galère. Il me faudrait sans doute aussi une journée de formation à la chambre d'agriculture... »
A la ferme du Cerf, spécialisée dans l'élevage de lapin, Edouard Baudet tient un peu le même discours. S'il faut se mettre aux normes, il le fera. Quand il s'est associé avec ces beaux-parents, en 2012, Edouard leur a proposé de développer une salle de découpe et un laboratoire pour transformer une partie de la production jusqu'alors commercialisée via une coopérative. « L'idée, c'était de donner un nouveau souffle à l'exploitation », précise l'éleveur qui a passé sa DJA et les aides dont il a bénéficié (Département, Métropole de Grenoble...) dans le nouvel outil, qu'il a construit « de A à Z ».
Lourdeur administrative
Depuis, la ferme du Cerf fait vivre trois associés avec une production de lapins nés, élevés et abattus à la ferme (250 femelles en production), complétée par un atelier volaille qui sert de produit d'appel - le lapin étant « une viande peu consommée », selon l'éleveur. Les animaux sont vendus découpés, désossés, « selon les attentes de la clientèle ». Les grosses femelles réformées sont transformées en pâté ou pâté croûte. Pas question donc de faire une croix sur la découpe et la transformation : « C'est 100 % de notre chiffre d'affaires. »
Comment l'éleveur envisage-t-il la fin de la dérogation européenne ? Il y a déjà pas mal réfléchi. « Je pourrais déjà être agréé au niveau européen, affirme-t-il. Mais ce sont les papiers à faire et les visites de contrôle chaque année qui m'ont bloqués : c'est trop lourd à gérer. » Cependant, si la dérogation saute, il se conformera. « Dans ce métier, on a toujours su s'adapter, confie Edouard. On fera ce qu'il faut, parce qu'on aime notre métier... et puis parce qu'on n'a pas le choix. »