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Alpages

Couper l'herbe en quatre

Réunis en assemblée générale à Chamrousse, les alpagistes de l'Isère ont déroulé une feuille de route bien remplie pour l'année 2015, qu'occupe largement la complexification règlementaire.
Couper l'herbe en quatre

L'année 2015 sera très chargée pour la Fédération des alpages de l'Isère et ses adhérents. Entre la mise en place des Projet agro-environnementaux et climatiques (PAEC), la programmation des Plans pastoraux territoriaux (PPT) et les nouvelles préconisations sanitaires, l'ordre du jour de l'assemblée générale qui s'est tenue mercredi dernier à Chamrousse, était d'ailleurs des plus fournis et le public venu très nombreux.

A l'heure des déclarations

La nouvelle Pac intéresse hautement les alpagistes qui devront faire le décompte de leurs surfaces admissibles, entre celles valorisées au sein du 1er pilier (DPB et ICHN*) et celles éligibles au titre du 2ème pilier dans le cadre d'un PAEC. Ces mesures agro-environnementales (MAE) sont de deux natures : mesures systèmes herbagers et pastoraux entités collectives et mesures dites d'engagement unitaire (EU) herbe, aussi appelées plan de gestion de l'alpage. Les MAE systèmes intéressent donc uniquement les collectifs gestionnaires d'alpages. Comme les PHAE* collectives qu'elles remplacent, elles ont pour vocation de maintenir les pratiques d'alpages. Leur montant s'élève à 47,15 euros par hectare. La MAE plan de gestion concerne les alpages identifiés comme ayant des enjeux prioritaires (Natura 2000 ou autres). Les bénéficiaires sont les entités collectives et les éleveurs individuels gestionnaires d'alpages. Le montant de l'aide s'élève à 75,44 euros par hectare.

Toute la difficulté, pour les alpagistes réside dans les modalités de déclaration du pourcentage des surfaces admissibles. La DDT les a informés qu'ils ne pourraient pas compter sur une aide cartographique IGN, l'outil étant réservé aux contrôles de l'administration... Anne-Catherine Bosso, adjointe à l'agriculture et au développement durable, a incité les groupements pastoraux à la plus grande vigilance déclarative pour ces surfaces engagées sur cinq ans. Pour faciliter les démarches, sachant qu'il existe près de 100 groupements pastoraux en Isère, la FAI se formera sur Telepac avec la DDT dans un premier temps, avant de proposer aux groupements deux journées de déclaration à la DDT, les 7 et 28 mai prochains. D'aucuns estiment les mesures inapplicables sur le terrain, d'autres recherchent encore la simplification.

Année blanche

Quant aux éleveurs de Chartreuse, qui viennent d'apprendre que leur PAEC n'a pas été retenu, ils se préparent à essuyer une année blanche. « Il y a 13 groupements en Chartreuse. Nous sommes confrontés à une succession d'organismes qui montent les dossiers pour nous et qui n'ont pas été retenus, alors que nous, nous faisons notre boulot sur les alpages ! rappelait un éleveur. Cela impacte directement nos revenus ». Ils ont toujours espoir de rattraper le coup, mais demandent encore des explications techniques et circonstanciées à ce rejet. « Il a été mis en évidence que le projet porté par le Parc de Chartreuse ne répond pas au cahier des charges et se situe loin en qualité par rapport aux autres PAEC proposés », a précisé Anne-Catherine Bosso, en indiquant que la DDT de l'Isère n'était pas seule décisionnaire, mais « aussi les autres DDT de la région et les financeurs que sont la Draaf et la Région ». Quant à Amandine Mercier, du conseil départemental de l'Isère, elle a rappelé que la collectivité avait un budget dédié de 300 000 euros pour l'accompagnement des six autres PAEC validés, et plus particulièrement pour l'animation des mesures plans de gestion pastoraux.

Concrètement, une double contractualisation système herbager et plan de gestion est tout à fait possible sous certaines conditions (une même parcelle ne peut pas être concernée par les deux mesures). Les plafonds sont de 7 600 euros en individuel, 15 200 euros par groupement pastoral et trois plafonds maximum en Gaec. « Les grand alpages seront pénalisés par ces plafonds », faisait remarquer Denis Rebreyend, le président de la FAI. La fédération a aussi proposé de mettre en œuvre une étude technique concernant les effets du nouveau DPB.

Les alpages, un  investissement

Le renouvellement des plans pastoraux territoriaux (PPT), qui répondent aux objectifs de mise en valeur des espaces pastoraux, permettent aux communes, par l'effet levier générés par les fonds régionaux, d'investir sur les alpages. Les projets sont à déposer avant le 15 juin pour la période 2015-2020. L'intervention de la Région porte prioritairement sur des actions collectives, structurantes et durables telles que l'équipement des alpages, les actions agro-environnementales, l'organisation foncière, l'innovation dans les formes d'organisation collectives ou encore, la qualité des conditions matérielles de travail etc. Il y a aujourd'hui 27 dossiers en cours sur les neuf territoires pastoraux isérois, représentant un investissement global de près de 550 000 euros.
Il a également été longuement question de la location des alpages, qu'elle concerne des pâturages que détiennent les communes (pour une grande partie) ou bien l'Etat ou quelques privés. « Il y a encore quelques points chauds », glissait Bruno Caraguel, le directeur de la FAI. « On se retrouve dans les alpages avec des projets concurrents ou bien avec des éleveurs dont les alpages ne sont pas reconduits. Il s'agit souvent d'incompréhensions entre les acteurs pastoraux et les élus communaux de moins en moins aguerris à la connaissance du monde agricole ». Il dresse un constat : « Les éleveurs détenteurs d'une convention pluriannuelle de pâturage sont dans la fragilité au moment de son renouvellement. L'antériorité ne pèse pas lourd ». La révision de la loi montagne devrait permettre de préciser ces points.

Isabelle Doucet

 

Le sanitaire d'abord

Les préoccupations des alpagistes sont aussi sanitaires et les alpages possèdent leur propore réglementation, comme le soulignait Michel Boursier, président du Groupement de défense sanitaire (GDS) Isère. « L'IBR nous pourrit la vie et représente un coût sanitaire important. La décision nationale est de l'éradiquer », a-t-il martelé. Idem pour la besnoitiose, une maladie vectorielle arrivée en Isère en 1998. Ce parasite porté par le taon irradie à l'intérieur d'un troupeau. Une récente étude financée par le GDS en Ardèche démontre que sur 11 troupeaux affectés, ceux qui avaient éliminé tous les bovins positifs à la maladie n'étaient plus inquiétés l'année suivante. « Tout comme l'IBR, il faut traiter le problème au plus tôt », insistait Michel Boursier en incitant les éleveurs à s'équiper d'un kit alpages permettant d'analyser quatre maladies dans la même prise de sang, pour un coût de 7,63 euros. « Le sanitaire, c'est un investissement », poursuivait-il. Ces maladies deviennent en effet des arguments commerciaux, notamment sur les marchés à l'export.

 

*DPB et ICHN : Droit à paiement de base et Indemnité compensatoire de handicaps naturels

**PHAE : Prime herbagère agro-environnementale

 

Date des héliportages de fret :
Vercors Trièves : 4 juin
Chartreuse : 11 juin
Belledonne : 18 juin
Parc des Ecrins : 23 juin
Emparis Eau d'Olle : 7 juillet