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Bois

Couper pour mieux gérer

Onze propriétaires ont été réunis pour mener à bien un chantier de massification de bois à Monestier-du-Percy. Près de 1 200m3 de bois devraient être extraits.
Couper pour mieux gérer

A travers les gouttes de pluie, la forêt. Patrick Brun, débardeur, est en charge du chantier de massification qui se tient à Monestier-du-Percy. Onze propriétaires ont été réunis afin de permettre l'exploitation de 14 parcelles, d'une surface moyenne de 0,61 hectares. « Trois propriétaires voulaient connaître les limites de leurs parcelles. J'ai remarqué que celles-ci et celles alentours n'avaient pas été exploitées depuis 40 ou 50 ans. J'ai donc contacté les propriétaires qui pouvaient être intéressés par le chantier », explique Rémy Mallein, conseiller au service forêt interdépartemental des chambres d'agriculture Isère, Savoie Mont-Blanc et Ardèche. Avec l'aide d'Eric Chaleat, débardeur, Patrick Brun sort 35m3 de bois par jour pour un volume final attendu autour de 1 200 m3 de bois valorisé. Un rythme plus ou moins ralenti en fonction des nombreux orages du mois de mai. « Heureusement que le sol est dur et que l'on est sur du plat ici, on peut continuer à travailler », explique le débardeur. « J'ai l'habitude de travailler avec trois équipes de bûcheron-débardeur dans le Trièves. Je fais en fonction de la distance et de leurs disponibilités », détaille Rémy Mallein. En majorité constitués de sapins et d'épicéas, ces bois sont achetés par l'entreprise forestière SMCA, filiale de la Caisse des dépôts, et amenés à la scierie Barthalay à Tréminis.

Du cas par cas

En réunissant les propriétaires, le chantier devient possible. Chaque parcelle étant de moins d'un hectare, il est difficile de faire déplacer une équipe. Mais ce n'est pas parce que les propriétaires sont réunis que les problématiques sont identiques. « Ici, c'est une parcelle qui appartient à un scieur. Il a demandé à ce qu'on lui laisse ses bois sur place. Là-bas, la parcelle était confiée à un gestionnaire expert forestier, alors j'ai dû prendre contact avec lui pour savoir s'il voulait faire partie du chantier », raconte Rémy Mallein. Si le diamètre d'exploitabilité et la densité des bois ne sont pas les mêmes dans toutes les parcelles, le conseiller préfère l'inclure dans le projet. « S'il a fait une exploitation il y a 15 ans, on peut repasser car ça permet de faire repartir tous les propriétaires en même temps sur un futur chantier ». Même si tout semble aller pour le mieux, la mise en route des travaux demande quelques autorisations. Après la validation d'autorisation de chantier, la mairie doit signaler s'il y a des contraintes qui peuvent nuire à l'exploitation comme la présence d'un captage d'eau ou si le site est classé. A l'autre bout de la chaîne, le propriétaire reçoit une fiche récapitulative des estimations de volumes par essence de cette vente de bois sur pied. Chaque coupe se fait selon des règles bien précises. Après que les bois aient été marqués par le propriétaire, l'arbre est coupé, ébranché, et cubé. Une plaquette est mise sur chaque arbre dont le numéro est référencé par le bûcheron. Tout au long de l'exploitation, chaque propriétaire peut passer vérifier le bon déroulement du chantier.

A la recherche du bois parfait

Chaque grume est faite en fonction de la longueur et du diamètre annoté dans le cahier des charges de la scierie. Entre la théorie et la pratique, il y a une forêt. « On fait avec ce qu'on a, résume Rémy Mallein, les scieries préfèrent des bois de diamètre de 40-45 centimètres à hauteur d'homme mais on arrive parfois au-dessus des 50 centimètres de diamètre ». Plus lourds et plus larges, ces bois n'arrangent ni le matériel ni les scieurs. Il faut faire en fonction de la rentabilité économique de chacun. « Le marché est en légère hausse donc les besoins de bois augmentent à la demande du client. Il y a à l'inverse des périodes où l'on ne travaille pas. Ce n'est plus comme avant », déplore Patrick Brun. Pourtant, du bois, il y en a. « C'est le plus gros chantier que nous avons en cours mais il y a en a d'autres de prévu. La forêt est morcelée et certains n'ont pas fait exploiter depuis plus de 50 ans », explique le conseiller de la chambre d'agriculture. Pour quitter le chantier, il faut reprendre la route forestière. Elle sera, elle aussi, remise en ordre à la fin du chantier en fonction de l'état des lieux de la mairie.

Virginie Montmartin

Marquage de bois, mode d’emploi

Les propriétaires, avec l’aide d’un conseiller forestier, doivent marquer les bois qui seront coupés par la suite lors de l’exploitation forestière. Afin de les choisir au mieux, quelques critères de gestion forestière s’imposent.

Là où on voit un arbre, Rémy Mallein, conseiller forestier du service forêt de la chambre d'agriculture, voit un chantier. Afin de savoir si une parcelle a besoin d’être exploitée, il faut d’abord lever la tête. « Si on voit que les houppiers, soit les cimes des arbres, se touchent et qu’il y a peu de lumière qui pénètre la forêt, c’est le signe qu’il faut intervenir. Sinon, les arbres ne prennent qu’en hauteur, et non en diamètre ». Afin de confirmer le diagnostic, il faut baisser les yeux. « S’il n’y a pas de régénération naturelle, c’est que le sol ne reçoit jamais de lumière. Il faut donc éclaircir. » Pour sélectionner ceux qui prendront la direction de la scierie, quelques critères sont à suivre. Le premier est sanitaire. « Si un arbre est malade, frotté, tordu, fourché, il vaut mieux l’enlever ». Le second est d’ordre environnemental. « S’il y a un arbre arrivé à maturité entouré d’arbres jeunes, c’est qu’il les empêche de pousser. Au lieu de couper les arbres fins, autant couper l’arbre mature afin de faire de la lumière aux autres. »
20 à 30% des bois coupés
Il ne faut pas non plus exagérer sous peine de déstabiliser la forêt. « Si on coupe trop, les arbres ont davantge de prise au vent et risquent de s’arracher au premier aléa ». Mais il faut couper pour que la forêt se développe sous peine de devoir de revenir faire une nouvelle coupe dans dix ans au lieu des quinze ou vingt ans conseillés. Après la coupe, il faut de nouveau regarder en l’air pour juger. « Si on regarde par terre, on ne voit que des arbres entre des troncs coupés. En l’air, on peut voir que les houppiers ne se touchent plus et que la lumière passe », détaille le conseiller.  En moyenne, une coupe retire 20 à 30% du peuplement.