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Innovation

Coupler les énergies dans une bergerie

Virginie et David Farce élèvent des brebis laitières et transforment leur production. Pour réduire leur facture énergétique, ils ont investi dans une installation mixte bois-solaire.
Coupler les énergies dans une bergerie

Il y a six ans, David Farce a changé de vie. De producteur de veaux en intégration, il est passé éleveur de brebis laitières. Installé à Charantonnay, il mène aujourd'hui un troupeau de 130 brebis lacaune, réparties en deux lots, ce qui lui permet d'avoir du lait toute l'année. Avec sa femme, David produit et transforme 50 000 litres de lait par an. Les fromages sont commercialisés en vente directe. De prime abord, la conversion est plutôt réussie : la Bergerie du moulin tourne correctement, le travail est plaisant et la clientèle au rendez-vous. Cependant, en regardant de près leurs comptes d'exploitation, les Farce se sont rapidement aperçu que le poste « consommation d'énergie » avait explosé : entre la traite, le tank à lait, les chauffe-eau et le chauffage de la fromagerie, l'exploitation engloutissait 44 000 Kwh d'électricité par an. D'où l'idée d'engager une réflexion approfondie pour réaliser de sérieuses économies.
Dans un premier temps, l'éleveur contacte la chambre d'agriculture pour effectuer un diagnostic énergie (1 000 euros HT), voir comment moderniser les installations existantes (chauffe-eau anciens et sous dimensionnés) et réduire la consommation d'énergie. Il est aussi question d'étudier l'atelier de découpe de viande qui doit entrer en fonction au printemps prochain. Le diagnostic met en évidence d'importants gains énergétiques potentiels. Concernant le chauffage de l'eau de lavage (équipements de traite et fromagerie), ils pourraient s'élever à 85% et à près de 90% pour le chauffage des pièces de la fromagerie. Soit une économie globale de 12 000 Kwh par an. Mais pour cela, il faut investir dans de nouveaux équipements.

Couplage bois/solaire

David Farce et sa femme sortent leur calculette. Si leur projet est éligible au Plan de performance énergétique (1), ils pourront bénéficier d'aides à hauteur de 40% des dépenses engagées, plafonnées à 40 000 euros). Les éleveurs aimeraient s'équiper d'une chaudière bois (32 800 euros) et de capteurs solaires (8 000 euros). Le bilan économique de l'opération est-il rentable ? Oui, leur répond Fabienne Guerraz, conseillère en bâtiment et énergie, car sur les 41 000 euros d'investissement pour la partie agricole (l'autre partie de l'installation profite à l'habitation), l'aide au titre du PEE atteint 16 400 euros. Banco : les Farce se lancent. Ils optent pour une chaudière bois à commande numérique, couplée à une petite surface de capteurs solaires sur le toit de la bergerie.
L'intérêt de ce couplage réside dans la complémentarité des équipements. En hiver, la chaudière bois assure le gros du chauffage et de la production d'eau chaude, les panneaux arrivant en appoint. « Nous avons une consommation importante sur un temps court, explique David Farce. Nous avons besoin de réactivité. Le solaire permet de préchauffer l'eau à 25°, et donc de gagner en efficacité. » En été en revanche, plus besoin de chauffage : la chaudière est pratiquement à l'arrêt et les panneaux solaires suffisent à couvrir les besoins en eau chaude de l'exploitation laitière. L'installation remplit donc parfaitement les objectifs. Seul petit bémol : la production d'énergie bon marché incite à être moins regardant sur la consommation elle-même, notamment dans la partie habitation. Une petite dérive à laquelle il convient de faire attention.

Marianne Boilève

(1) Le PEE est un programme d'aides destiné à soutenir les investissements des exploitations agricoles qui souhaitent réaliser des économies d'énergie ou mettre en place des énergies de substitution.