Créer du réseau pour contrer les escrocs
Du simple chapardage au pillage en règle d'un verger, les actes malveillants dans les exploitations fruitières sont désormais monnaie courante. Le petit voleur de pomme n'est plus : place au maraudage à grande échelle. Riverains, promeneurs, bandes organisées ou gens du voyage, tout le monde se sert impunément. « A l'automne, j'ai trouvé trois retraités qui ramassaient des sacs entiers dans mes vergers », témoigne un arboriculteur du Roussillonnais, un des secteurs de l'Isère où les vols sont les plus nombreux. « Les gens ne prennent même plus la peine d'aller à Carrefour : ils se servent directement sur les arbres », assure un autre. A ces « incivilités » presque ordinaires s'ajoutent un vandalisme et une « délinquance d'appropriation de plus en plus mobile et organisée », constate la gendarmerie. Cible des malfaiteurs : les métaux et pièces métalliques démontables, les matériels et équipements coûteux, le carburant, certains produits phytosanitaires et, bien sûr, les volumes de production stockés qui sont ensuite revendus dans des circuits parallèles.
« Cette année, ils nous ont volé des rangs entiers de variétés de cerises et de pêches. Là, ce n'est plus du chapardage », se désespère Julien Episse, producteur à Auberives-sur-Varèze, qui s'est résolu à installer des caméras à déclenchement automatique sur ses parcelles. « Mais les images de mes caméras ont-elles une valeur ? », se demande l'exploitant. Oui, répondent les enquêteurs. « C'est une aide à l'enquête, précise l'adjudant Simon Kleim, référent sûreté du groupement de gendarmerie de l'Isère. Le problème, c'est de reconnaître la personne qui a commis le délit. Il faut une image de 60 x 80 pixels pour identifier légalement un visage. Après, il y a d'autres éléments, comme le véhicule, les plaques d'immatriculation... » Mais l'identification du malfaiteur et le dépôt de plainte ne règlent pas grand chose. « Le problème, c'est qu'on attrape les gens et après, on les relâche ! », s'exaspère un exploitant. « Nous avons à faire à certaines personnes qui savent très bien ce qu'elles peuvent faire, ou pas, reconnaît le lieutenant-colonel de gendarmerie David Navet. Voilà pourquoi il importe d'agir en amont. Des solutions existent, pour beaucoup en matière de prévention. Ce qui nous manque, c'est de l'information précise pour mettre en place des dispositifs utiles. Quand les gendarmes tournent, ça se sait. »
Partager le renseignement
D'où l'intérêt de la convention de partenariat signée en septembre dernier par la chambre d'agriculture, la préfecture et le groupement de gendarmerie départementale de l'Isère. Présentée le 15 décembre aux arboriculteurs du Roussillonnais lors d'une rencontre organisée chez Guillaume et Françoise Thévenas, à Saint-Maurice-l'Exil, cette convention vise à conjuguer les efforts des parties pour « lutter efficacement contre les vols et les atteintes volontaires visant les exploitations agricoles ». Pour les signataires, il s'agit de lancer une dynamique qui, petit à petit, doit permettre aux acteurs de mieux se connaître et d'engager des échanges structurés pour « faire avancer la machine ». « Avec cette convention, nous démarrons quelque chose, se félicite le lieutenant-colonel Navet. Le but, c'est de travailler ensemble pour améliorer la situation. Il faut que nous partagions le renseignement. C'est comme cela que l'on contrera une certaine forme de délinquance. »
Organisation de visites, développement des échanges, désignation d'officiers référents et de correspondants locaux , signalement des faits et remontée d'informations, messages d'alerte par SMS : les outils mis en place dans le cadre de la convention doivent permettre aux forces de l'ordre d'agir de façon ciblée. « Les cambrioleurs vont là où ce n'est pas protégé, rappelle David Navet. Avant, c'était les commerçants qui étaient visés. Aujourd'hui c'est vous. Donnez-nous des informations précises. Dites-nous quand démarrent les récoltes, lorsque vous prévoyez de grosses rentrées d'argent ou que vous passez de grosses commandes de produits spécifiques qui coûtent cher et peuvent alimenter les réseaux. La brigade peut avoir une attention soutenue dans tel secteur et sur tel créneau horaire. C'est facile à mettre en place. » La peur du gendarme représentant un moyen de dissuasion efficace.
Pour compléter le dispositif, les arboriculteurs aimeraient que les communes rappellent à leurs administrés quelques règles élémentaires. Nul n'est censé ignoré la loi, mais nombreu sont ceux qui - riverains ou promeneurs du dimanche - ont apparemment oublié qu'il était interdit de s'introduire dans les vergers et d'y cueillir des fruits sans l'autorisation des propriétaires. Certains rappels à la loi sont sans doute nécessaires. Avec ou sans gendarme.
Marianne Boilève
Lutte contre les vols : ce qu'il faut savoir
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