Accès au contenu
Terre de sens

Crise : Tout reste à faire

La finale départementale de labour, qui s'est déroulée dimanche dernier à Brézins, marque traditionnellement un temps fort de la politique agricole départementale. L'évènement se déroulait cette année en plein cœur de la crise que traverse l'agriculture française et dans laquelle les Isérois sont en première ligne. Au lendemain des blocages et des annonces ministérielles, l'occasion était donnée aux responsables agricoles et politiques du département de donner leur vision de la situation.
 Crise : Tout reste à faire

« La crise que traverse la profession agricole est d'abord une crise des prix, des prix payés aux agriculteurs. Ces prix sont trop bas et ne leur permettent plus de se rémunérer, ni même de couvrir leurs charges. Autrement dit, ils se trouvent dans une spirale négative qui les contraint de travailler à perte ». C'est dans un souci d'information et de transparence vis-à-vis du grand public qu'Adrien Bourlez président régional des jeunes agriculteurs et Pascal Denolly, président de la FDSEA ont martelé le message dimanche à Brézins : « Ce que nous demandons ce sont des prix rémunérateurs, des prix qui couvrent nos charges et qui nous permettent de nous rémunérer décemment ! Qui d'autre accepterait de travailler à perte ? Des aides et des primes, on n'en veut plus ! Ce que nous réclamons n'est pas exorbitant, l'impact sur le consommateur sera très faible. Notre cause est noble. Notre combat est juste, simplement nous le menons avec les moyens qui sont à notre disposition. Nous menons des actions contre les distributeurs et les industriels car ce sont eux qui nous paient aussi peu ». Concernant les premières annonces sur l'augmentation du prix du lait, les responsables restent prudents, voire méfiants. « On commence à se faire entendre mais pas encore à se faire comprendre. C'est une première étape mais elle est très insuffisante », affirme Françoise Soullier, la présidente des Jeunes Agriculteurs de l'Isère, qui insiste sur la forte mobilisation des jeunes lors des manifestations des dernières semaines. Des jeunes installés, lourdement endettés, et très anxieux pour leur avenir. Pour Jean-Pierre Barbier, député et président du conseil départemental, la remontée des prix doit passer par un soutien plus fort de la coopération agricole auprès des producteurs.

La restauration collective dans le collimateur

Quant à la restauration collective fortement consommatrice de denrées alimentaires, les responsables insistent sur les progrès à réaliser pour augmenter la consommation de produits français. Mais cela passera inévitablement par une autre approche des relations commerciales entre les acheteurs et les producteurs. « On nous explique que la restauration hors domicile ne peut dépenser à l'achat que 1,84 euros pour financer un repas, comment voulez-vous que les agriculteurs puissent être correctement rémunérés avec des prix aussi bas ? » s'interroge Adrien Bourlez. Et d'annoncer que ce secteur d'activité sera prochainement la cible d'actions syndicales des Jeunes Agriculteurs et de la FDSEA pour vérifier la provenance des denrées alimentaires servies dans les cantines.

Une intervention de l'Etat jugée insuffisante

Si les prix payés aux producteurs dépendent d'abord des industriels et des distributeurs, l'Etat a été fortement interpellé lors des actions menées ces dernières semaines. Tant au niveau du Gouvernement que des parlementaires. Didier Josso, directeur adjoint de la DDT de l'Isère rappelle qu'un dispositif d'urgence a été mis en place, représentant une enveloppe nationale de 600 millions d'euros. « Certes, nous avons bien conscience que ce n'est pas suffisant mais ce n'est qu'une mesure d'urgence. » Il invite d'ailleurs les agriculteurs à se rendre dans leurs trésoreries pour immédiatement demander l'application des mesures fiscales annoncées. Mais pour les responsables syndicaux, l'Etat doit être beaucoup plus offensif pour faire appliquer les lois destinées à encadrer les relations commerciales comme la récente loi Hamon. Ce que confirme Yannick Neuder, président de la communauté de communes, qui incite les agriculteurs à agir au bon niveau, rappelant que si l'intercommunalité s'intéresse à l'agriculture, cette activité ne relève pas directement de ses compétences « C'est auprès de l'Etat qu'il vous faut agir », affirme l'élu. Jean-Pierre Barbier est catégorique, ce sont bien les actions syndicales qui ont fait bouger le Gouvernement. Le conseil départemental essaye également de répondre présent aux côtés des éleveurs. « Une enveloppe exceptionnelle d'un million d'euros a déjà été débloquée. Nous allons aussi agir pour baisser le coût de certaines prestations auprès des éleveurs comme par exemple sur le contrôle laitier et le GDS », explique le président.

La sécheresse ajoute de l'anxiété

Comme un malheur n'arrive jamais seul, la crise des prix s'accompagne depuis fin juin d'une sécheresse déjà lourde de conséquences sur les fourrages, avec des pertes sur les regains et surtout sur les maïs non irrigués. Didier Josso insiste sur la prise de conscience et la volonté de l'Etat de soutenir la profession. « Le niveau des nappes phréatiques est encore élevé, par contre la situation est très critique pour certaines eaux superficielles. Pour autant, seul le bassin versant des 4 vallées a été classé en situation d'alerte. » Jean-Pierre Barbier, qui a participé au comité sécheresse, souligne « la décision courageuse du préfet de ne pas classer le département en alerte », signe d'une réelle prise de conscience au plus haut niveau de l'Etat sur l'impérative nécessité de sauver les cultures. Du côté des syndicats, la FDSEA et les JA ont rencontré Jean-Jack Queyranne, le président du conseil régional, pour d'ores et déjà prévoir des moyens d'accompagnement pour combler les besoins en fourrages des éleveurs.

Climat tendu

Les différentes interventions convergent toutes vers le même point, à savoir que les choses bougent mais que tout reste encore à faire pour améliorer la situation des agriculteurs. Dans ce climat pour le moins tendu, Adrien Bourlez tient à féliciter les jeunes agriculteurs « qui savent se mobiliser pour manifester, pour défendre leur métier, mais qui en même temps savent aussi se mobiliser pour accueillir les gens, les familles et organiser des évènements festifs comme Terre de Sens ». Mais une fois la fête finie, l'actualité reprendra vite le dessus. Pascal Denolly et Françoise Soullier l'affirment : après la parenthèse festive de Terre de Sens, la mobilisation syndicale va reprendre tant que les objectifs ne seront pas atteints. « Nous ne nous arrêterons pas au milieu du gué », concluent des deux responsables syndicaux.

LP

Inquiétudes sur la Pac et les contrôles

Dans cette actualité tourmentée, la mise en application de la nouvelle politique agricole commune ne pouvait être passée sous silence tant les complications administratives se multiplient. Didier Josso reconnaît les difficultés techniques de mise en œuvre de la réforme mais il est catégorique : « C'est une année exceptionnelle car c'est la première pour l'application de la nouvelle Pac qui, au final, devrait être plutôt favorable aux éleveurs et aux jeunes. Notre objectif est que le solde de la Pac vous soit versé en décembre, comme d'habitude. Tous les moyens sont mobilisés à la DDT pour atteindre ce but. Quant à l'acompte qui vous sera versé en octobre, nous ferons en sorte de recontacter tout le monde pour obtenir les informations nécessaires avant le 20 août, date butoir pour nous retourner le formulaire. Nous ne laisserons personne en route ». Pour Adrien Bourlez, ce n'est pas uniquement sur la Pac que l'Administration doit faire des efforts, « c'est sur l'ensemble des normes franco-françaises qui nous empêchent de produire. Nous subissons une situation administrative insupportable », insiste le jeune responsable. Jean-Pierre Barbier abonde dans ce sens rappelant qu'il a demandé un gel de l'application de la nouvelle directive Nitrates ainsi qu'un allégement des contrôles en cette année de crise. Le directeur adjoint de la DDT donne la position de l'Etat : « Le Préfet a expressément demandé que les contrôles soient réalisés avec beaucoup de discernement. Je dis bien avec discernement. Il n'y aura pas zéro contrôle, mais ils seront réalisés avec discernement ».