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Production

Cultiver son marché

Afin de découvrir la vente maraichère bio en semi-gros, les acteurs de la filière ont visité deux exploitations à proximité d’Anjou.
Cultiver son marché

« Je me suis déconnecté du marché ». Eric Rozier est maraicher bio en polyculture à Anjou. Il produit des cerises, des abricots, des fraises, du raisin de table, des courgettes, aubergines, concombre et des céréales. Passé en bio en 2007, il a divisé son terrain et son chiffre d'affaire par deux. Aujourd'hui, ce dernier est à la hausse. L'exploitant vend 25% de sa production à Manger Bio Isère à destination de la restauration collective, 50% à des grossistes de la région Auvergne Rhône-Alpes et 25% aux magasins biologiques. « Je veux pouvoir fixer mon prix. Dans la restauration collective, les prix sont fixés à l'avance. Plus les marchés sont courts, plus on va y arriver », explique-t-il, lors d'une journée organisée par l'Adabio (1).
Claude Vaudaine, installé à quelques kilomètres de là, à Bougé-Chambalud, n'a pas adopté la même stratégie. Producteur de pommes, poires et abricots, il a fait le choix de convertir peu à peu son verger. Actuellement, 20 hectares de son exploitation sont en bio depuis 2008, 43 hectares sont en conversion, quatre hectares restent en conventionnel. « J'ai échangé avec un technicien qui m'a dit que ma pratique était déjà plus proche du bio que du conventionnel alors j'ai franchi le pas pour mes pommiers », raconte le maraîcher. Par crainte de ne pas trouver de débouchés pour sa production biologique et pour des raisons logistiques, il commence par vendre à des grossistes. « Je n'avais pas la possibilité de stocker tous les produits en froid sur l'exploitation donc je vendais de gros volumes à des grossistes. » La ferme était aussi devenue un point de vente qu'il pensait « anecdotique » car la ferme « est loin de tout ». Aujourd'hui, une demi-journée est fixée dans la semaine et il libère du temps de commercialisation. Il finance également une nouvelle chambre froide et souhaite privilégier la vente directe et celle destinée à la restauration collective. « Je veux qu'on puisse acheter du bio à un prix correct », explique le maraîcher. 

Variétés, auxiliaires, et frigidaire

Qui dit pas la même stratégie, dit pas le même fonctionnement. « Je cultive sous des tunnels. Je les peins pour limiter la chaleur l'été. J'utilise chaque année des auxiliaires comme les syrphes ou les chrysopes », détaille Eric Rozier. Claude Vaudaine a plutôt modifié son exploitation en ajoutant 350 nichoirs, des poules et des moutons afin de limiter les ravageurs dans ses vergers. Pour rentabiliser l'exploitation, il a amélioré la technicité et les rendements. « Pour les rendements, ils sont bons au départ mais ils baissent quand un verger bio vieillit. En revanche, ce dernier devient plus résistant aux ravageurs » explique-t-il. Il travaille donc avec des personnes qui sont spécialisées dans une variété afin d'augmenter la rentabilité de chacune d'elles. « Quand on cultive des dizaines de variétés, on ne peut pas être très bon dans les dix », explique-t-il.
Pour choisir les variétés, les deux exploitants cherchent l'équilibre entre le goût, la conservation au froid et surtout, le moins d'entretien possible. « Certaines variétés ne sont pas faites pour le bio comme la royal gala ou la pink lady. Elles sont trop sensibles », ajoute Claude Vaudaine. Le bio réserve quand même quelques surprises. « Il faut beaucoup de main-d'œuvre car le produit n'est pas sûr », détaille Eric Rozier. S'il ne fait pas assez froid en hiver ou trop chaud en été, les problèmes peuvent vite arriver. Il y a aussi des poussées tardives qui modifient le calendrier des récoltes. « J'ai dû stocker des fraises en chambre froide et elles se sont abîmées », déplore le maraicher. A l'inverse, Claude Vaudaine a manqué de place pour stocker ses poires qu'il a récolté jusqu'à l'automne dernier. Devant le fossé construit pour l'installation d'une mare, le maraicher de Bougé-Chambalud s'en étonne encore. « Je ne savais pas que je passerais en bio ».

 

(1) Association pour le développement de l'agriculture biologique

Virginie Montmartin