Danone face aux éleveurs du Sud-Est
Le diable se cache dans les détails ainsi qu'a pu en faire l'expérience Jean Robin–Brosse dans le cadre des négociations entre l'OP Danone et l'industriel, dont l'usine de fabrication de produits laitiers est implantée à Saint-Just-Chaleyssin. En jeu, la question de la variation du volume cible. « Danone veut oter 3 à 4 millions de litres du volume cible pour un programme net de 500 000 litres d'attribution », a affirmé le président de l'OP lors de l'assemblée générale qui s'est déroulée le 29 mars à Saint-Georges-d'Espéranche.
L'OP Sud-Est se caractérise par un grand nombre de petites exploitations réparties sur sept départements : Ardèche (19% de la production), Drôme, Isère (31%), Loire (20%), Haute-Loire, Rhône (26%) et Savoie. En 2017, elle représentait 450 livreurs pour un volume de 125,6 millions de litres collectés, satisfaisant au plus près au volume cible de 124,9 millions de litres contractualisé en 2014 avec l'industriel. En 2018, la campagne laitière sera basée sur l'année civile. Les producteurs seront au nombre de 415 (arrêts, reprises, changements de statut), mais le volume cible est établi à 120,2 millions de litres, ce qui ne manque pas d'inquiéter les éleveurs laitiers. En effet, ce nouveau volume cible, fixé à 90% du précédent, tiendrait compte des « sous-réalisations ». « Nous ne pouvons obliger les éleveurs à produire à perte », a déclaré le président. Une médiation a été engagée en fin d'année. Les producteurs demandent « à redevenir acteurs d'une gestion d'un volume qui ne soit pas constamment réduit dans le Sud-Est ». La médiation intéresse aussi les recours sur les dossiers individuels en situation de sous-réalisation.
Des prix intégrant les coûts de production
Par ailleurs l'OP dénonce le manque de clarté quant à « la répartition des pénalités et du litrage sur lequel elles portent ». Ce que redoutent le plus les producteurs est que la région Sud-Est ne serve de « variable d'ajustement » dans le cadre de la politique de réduction des volumes collectés par l'industriel. Un tableau présenté par l'OP montre que sur les 950 000 litres collectés par Danone en 2015, 150 000 l'étaient dans le Sud-Est. Depuis, la région a vu ses volumes se réduire de 14,6% contre 5,85% au niveau national et... 4,21% dans les autres régions. Et c'est avec la même inquiétude qu'ils observent que des investissements ont été réalisés dans les autres usines du groupe, alors qu'il n'en est rien pour l'heure dans l'unité iséroise.
Pour autant, en 2016, Danone, qui collecte 3% du lait français auprès de 2 200 éleveurs, s'est engagé sur une formule des prix sur cinq ans, intégrant les coûts de production et prenant en compte la volatilité des prix. En échange, les producteurs sont invités à éviter toute surproduction, l'industriel baissant de 2% les volumes collectés chaque année à l'échelle nationale. En 2017, le prix de base s'établissait à 323,48 euros les 1 000 lires (contre 296,47 euros en 2017). Le prix A (avec les primes) était de 334,13 euros (306,73 en 2016) et le prix B à 302,58 euros (contre 228,67 en 2016). Cette avancée, saluée par les éleveurs, ne les rassure pas complètement, tant ils se posent des questions sur l'usine de Saint-Just-Chaleyssin.
Isabelle Doucet
Echanges / Chaînes de production, références individuelles, transparence : les sujets de discussion ont été nombreux entre éleveurs et responsables.De fortes attentes autour de l'usine de Saint-Just
Laurent Schatz, directeur approvisionnements lait France, et Dominique Nouvellon, responsable achat lait, sont venus à la rencontre des producteurs de l'OP Danone lors de leur assemblée générale. Les échanges ont été intenses, d'autant que les deux responsables de Danone ont tenté le registre de la communication d'entreprise alors que les éleveurs réclamaient une vision stratégique à moyen terme. « Nous sommes en attente de produits à Saint-Just, qui nous redonnent espoir » , a lancé en introduction Jean Robin-Brosse.La production de produits laitiers de l'usine s'établit à 152 000 tonnes annuelles, répartis à 50% en yaourts brassés et 50% en desserts (Danette), il a été annoncé une ouverture à l'export en direction de pays européens (Portugal, Espagne, Italie, Allemagne, Belgique et Grande Bretagne). En 2018, une des deux lignes de Danette va être révisée afin de proposer des produits correspondant aux attentes des consommateurs : séries limitées, Danette tricouche, packaging par deux etc. Ces investissements accompagnent « une relance de la marque Danone ». Les responsables se sont montrés très prudents, arguant d'une « baisse des volumes finis et d'un équilibre économique compliqué ». La concentration des clients GMS de l'industriel, la guerre des prix, le rayon frais dévalorisé sont autant d'éléments qui pèsent sur les décisions économiques. Ce à quoi les producteurs rétorquent « traçabilité, origine des produits » et interrogent sur l'utilisation de la poudre de lait. « Nous nous protégeons. Nous séchons le lait pour le stocker et l'utiliser ensuite. C'est bien du lait français », répond en insistant Laurent Schatz. Danone a un problème de stock à résoudre, qu'il traite « région par région ». D'où l'agacement des producteurs quand l'usine de Saint-Just fabrique les produits avec de la poudre venue d'autres régions. « Danone ne répond pas aux attentes sociétales d'une production locale », avait déclaré un peu plus tôt le responsable de l'OP, qui se désolait aussi que le groupe ne puisse pas répondre à des appels d'offre locaux.Références individuellesLes sujets de discussion étant nombreux, les responsables de Danone ont aussi été interpellés sur l'échec de la collecte bio. Dominique Nouvellon confirme qu'il n'y a plus de projet à ce jour dans la région.
« Si nous dépassons 105% du volume de l'OP, va-t-on toucher aux références individuelles ? », a par ailleurs demandé Gilbert Courbis du groupement des Deux vallées. « Cela n'est pas prévu, mais en fonction de nos besoins, nous en discuterons avec l'OP », a déclaré Dominique Nouvellon. Les responsables ont rappelé leurs exigences de qualité, ce à quoi les éleveurs ont rétorqué en réclamant plus de transparence de la part de l'industriel.
Enfin, Laurent Schatz a essayé de rappeler les engagements de Danone pris lors du Salon de l'agriculture, mais la préoccupation des éleveurs est restée l'avenir de la production de l'usine de Saint-Just-de-Chaleyssin.ID