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Pierre Gattaz

Dans la salle, les héros de la nation

Le patron du Medef a déployé toutes ses capacités de séduction face aux congressistes des Entrepreneurs des territoires. Un seul objectif : la simplification.
Dans la salle, les héros de la nation

Pierre Gattaz n'y va pas par quatre chemins : « Vous êtes les héros de la nation, s'exclame-t-il enthousiaste, parce que quand vous réussissez à créer un, dix emplois, c'est inestimable. » Le ton est donné. Lors du congrès des Entrepreneurs des territoires à Grenoble, le président du Medef a adressé une vraie déclaration d'amour à l'entreprise et à ceux qui la dirigent. « L'entreprise est un endroit de création de richesses, d'emplois, de cohésion sociale, d'apprentissage de la discipline. Nous lui devons de faire une révolution culturelle et économique. Nous sommes le dernier pays à avoir compris cela. » Le patron des patrons dévoile ses intentions : d'abord « gagner en compétitivité ». Selon lui, le taux de marge serait de 30% en France et de 41% en Allemagne, pour une moyenne de 39% en Europe. « Pas de marge, pas de développement des entreprises » souligne-t-il. Alors il faut y aller franco, « réduire les charges, les impôts, les dépenses publiques ». Sa recette ? Economiser 100 milliards d'euros dans les cinq prochaines années dans la sphère publique en réduisant le mille-feuille administratif et territorial. « Il y a deux ou trois couches de trop en France ».

La grande peur

Autre antienne : la législation du travail. « Tous les jours je rencontre la peur d'embaucher des patrons, des petits notamment car c'est trop complexe, trop coûteux, trop risqué. En face, j'entends la peur des salariés d'être licenciés, alors qu'il faut se battre sur l'employabilité, leur possibilité de rebondir. Nous les patrons, ne nous levons pas le matin en nous disant que l'on va en virer deux dans la journée. Nous ne rêvons que de développer la boîte, pas de licencier.» Pierre Gattaz trouve des attraits à la loi El Khomri : « C'est une loi pour le pays, pas pour les patrons. Si le gouvernement recule, la France restera bloquée. » Même si elle lui paraît aller dans le bon sens, « ce n'est pas le paradis, mais elle peut lever quelques verrous ».

Capital d'admiration

Car le représentant des employeurs croit viscéralement aux atouts de notre pays : « Ils sont inimaginables. On nous admire dans le monde entier pour notre culture, nos arts, nos lettres, notre climat, nos révolutions technologiques. Si on mettait une couche d'économie et de souplesse par dessus ces atouts, nous ferions un carton ».
Les normes font fulminer Pierre Gattaz. « La création d'une usine de méthanisation prend sept mois en Allemagne, quatre ans en France ». Il interpelle les élus et autres ministres : « Créez une entreprise et deux emplois : après vous pourrez nous parler de ce que vous avez vécu. »
Dernier point qu'il défend avec fougue : le développement de l'apprentissage. La France n'y a pas assez recours. Il propose donc de construire une coresponsabilité avec l'Education nationale pour le contenu des formations, de partager la gestion de la création ou la suppression des CFA avec les Régions et d'instaurer une filière directe de financement des établissements par les entreprises pour ne pas diluer les sommes allouées. Tout un programme.

 

Jean-Marc Emprin