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Métier

De l'ombre à la lumière

Le rôle de l'artificier se rapproche plus du directeur artistique que de celui d'un technicien maniant la poudre.
De l'ombre à la lumière

Son métier est dans l'ombre. Au sens propre comme au figuré. Mais c'est pour mieux faire jaillir la lumière. Alexandre Gonnin est artificier. C'est lui qui assurera le spectacle du feu d'artifice de samedi soir. Un beau feu certainement au moins par sa longueur. « Il y a deux ans, nous avions fait un feu de 12 minutes à Beaucroissant. Cette année, il sera de 25 minutes », précise le chef d'entreprise. Si son œuvre se verra pendant presque une demi-heure, c'est non seulement l'apothéose mais aussi la fin d'un long travail de préparation de presque neuf mois. « Je travaille sur ce spectacle depuis le mois de janvier, et avec mon équipe de manière très intense depuis début août », explique-t-il. Parce qu'un feu d'artifice ne s'improvise pas. « Nous ne fabriquons pas les poudres et les artifices en eux-mêmes, c'est le travail des chimistes, des fabricants. Nous, nous concevons le spectacle ». D'autant plus que ce ne sera pas un banal tir de pétard, mais un son et lumière, pendant lequel des musiques et les salves vont se répondre ou coïncider à la seconde près. « Le matériel est très perfectionné, nous entrons tout sur ordinateur. Le soir même, nous n'avons plus qu'à appuyer sur un bouton et la synchronisation se fera au dixième de seconde. Les opérateurs ne sont là que pour assurer la sécurité et faire face à un problème inattendu. La conception se fait avant. Depuis des mois, je choisi les musiques. Ce sont des morceaux qui me plaisent, qui me disent quelque chose par rapport au thème. Après j'élabore dans ma tête un spectacle visuel. En fait, mon métier est celui d'un directeur artistique. »
Tous les projets l'amènent à se fournir chez les fabricants d'artifice. « Il n'y en a plus que deux en France, ils sont plusieurs centaines en Italie et en Espagne et les plus gros sont en Chine. Pour recourir aux fabricants français, je n'ai pas souvent les budgets à la hauteur, car leurs gammes sont très chères. Nous sommes les champions de la réglementation tatillonne. Du coup cela renchérit les coûts et les étrangers se placent souvent mieux en prix quand il s'agit d'appels d'offre. Mais mon métier est surtout la création et la conception. » Et malgré ce que l'on pourrait croire, les acteurs sont nombreux. Il y aurait une très grande concurrence d'après Alexandre Gonnin. « Nous nous observons tous et essayons de tirer des idées de spectacles ou des publications qui peuvent être faites sur nous. Nous restons donc plutôt discrets. »
Aujourd'hui, les réglages sont finis. L'installation du feu s'opèrera samedi et occupera 10 techniciens toute la journée. Pour 25 minutes de bonheur.

JME