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Stratégie

De la cage au sol

Le pôle œuf de La Dauphinoise accompagne tout en finesse les éleveurs dans l'évolution du marché depuis l'œuf standard vers l'élevage au sol.
De la cage au sol

« Lorsque l'on vend un milliard d'œufs par an, un centime par œuf, cela représente vite beaucoup d'argent ». Le pilotage de la filière œuf réclame donc une grande finesse, ainsi que l'explique Francis Gaud, directeur d'Envie d'œuf Sud-Est, le pôle œuf du Groupe La Dauphinoise.
La filière s'est structurée fin 2015 avec le rapprochement entre le groupe Baby Coque (74) et Œufs Sud-Est (OSE), filiale du Groupe Dauphinoise (38). Le pôle compte désormais onze sociétés (1) qui rayonnent sur le quart Sud-Est de la France, représentant 25% du marché, 370 salariés, pour un chiffre d'affaires de 106 millions d'euros. Il travaille avec 130 éleveurs qui exploitent 210 bâtiments. Les croissances externes ont permis au pôle Envie d'œuf Sud-Est de conserver leurs outils de production sur place pour garantir le maillage du territoire avec des marques dédiées et une rationalisation des déplacements.
Francis Gaud parle « d'un contexte compliqué. Nous devons adapter ce que nous produisons à ce que nous vendons. » Le regroupement des deux entités a permis de coller au plus près du marché, entre une entreprise où la production dominante était encore basée sur les poules en cages et une autre, Baby Coque, où la pratique était déjà abandonnée. Mais Francis Gaud rappelle que la GMS pèse encore pour 50% des œufs en cage et que « les perspectives sont inconnues ». Il s'interroge : l'arrêt de l'approvisionnement en œuf issus d'élevages intensifs pour 2020 relève-t-il d'un effet d'annonce ou d'une réelle stratégie ?

Prudence

Le dirigeant observe donc la plus grande prudence, notamment à l'égard des professionnels qui ont investi dans la mise aux normes de leurs bâtiments en 2012 avec des amortissements qui courent sur 10 à 12 ans. « L'enjeu, c'est la transformation en élevage de plein air ou au sol », indique-t-il. L'entreprise s'engage par contrat sur une durée de 15 ans avec les producteurs d'œufs bio, plein air ou label. Elle met en place une procédure d'accompagnement mais veut surtout éviter la casse et rester agile. « Même les cages retrouvent leurs lettres de noblesse », affirme Francis Gaud. Ce type d'élevage est en effet reconnu par l'industrie agroalimentaire pour sa qualité et largement utilisé dans ses formules liquide ou en barre. Pour l'heure, la tendance est à conserver les élevages en cage qui ne sont pas arrivés au bout de leurs amortissements et « d'avancer prudemment » sur les autres dossiers.
Envie d'œufs Sud-Est réalise 40% de son chiffre d'affaires avec la GMS, laquelle s'approvisionne à 50% en œufs en cage – avec une érosion de ce segment d'environ 10% par an depuis deux ans – mais aussi en plein air, bio et label rouge. La RHD-RHF(1) et la revente d'œufs représentent les deux autres débouchés du pôle. L'évolution de la demande de l'œuf standard vers l'œuf alternatif est réelle mais pondérée. Elle offre cependant la possibilité aux éleveurs de se projeter, d'autant que le France, pays exportateur, manque d'œufs. Le dirigeant note également que les marques régionales (Baby coque, Val d'or, Savoie œufs, Avibresse etc.), solidement installées depuis 30 ans dans leurs territoires, gagnent entre 6 et 8% de parts de marché chaque année. Le bio croit de 11 à 13%, le plein air de 8% et le sol observe une croissance à deux chiffres. Pour autant, les marques de distributeurs pèsent encore pour 60 à 65% dans la production du pôle.

Eleveurs sous contrat

« Les certitudes que nous avons aujourd'hui est que la proportion d'œufs alternatifs croît. Nous avons mis en place des outils pour recruter des nouveaux éleveurs et nous pensons que la polyculture-élevage a du sens », affirme Francis Gaud. Le pôle propose des contrats sécurisés avec des prix garantis « et déconnectés du prix des céréales et de la grande distribution, de sorte qu'ils ne subissent pas les aléas du marché ». Les éleveurs sous contrat avec Envie d'œuf Sud-Est peuvent bénéficier d'un fonds de garantie salmonelle sur les œufs bio, plein air et label durant la période de vide sanitaire, couvrant les annuités et les pertes de revenu. Une subvention interne s'additionne au PCAE (3) pour la création d'un bâtiment. Une prime à la poule installée peut accompagner le dispositif. Enfin, une avance sur compte courant couvre jusqu'à 10% de l'investissement.
Envie d'œufs Sud-Est prévoit d'accompagner l'installation de 10 bâtiments pas an pendant trois ans. L'objectif est la mise en place de 4 à 500 000 poules supplémentaires en élevage alternatif. « Nous devons aussi tenir compte des arrêts à venir dans le parc actuel. D'où la nécessité d'un développement : de nouveaux bâtiments pour les éleveurs qui avaient des projets en stand-by, ou le passage en volière pour les élevages intensifs. » Le pôle a actuellement 50 dossiers à l'étude et une douzaine de réalisations en cours, dont deux en Isère, un en Saône-et-Loire et un dans les Hautes-Alpes. L'équipe technique a été renforcée et des formations biosécurité sont mises en place pour les éleveurs.

 

(1) Production, conditionnement : Domaine de Sommery (71), AviBresse SAS (01), Savoie Oeufs (73), Baby Coque (74), Val d'Eurre (26), Etablissements Séguy (84)
Casserie, ovoproduits : Socovo (71),

Transports Frigorifiques Charolais (TFC) (71),

Intégration des élevage  : Fermiers du Sud-Est (74)

Ferme d'élevage : Domaine du Goubet (26), Ferme Montilienne (26)

(2) Restauration hors domicile/hors foyer.

(3) Plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles

Isabelle Doucet

Combien ça coûte ?

Le montant de l'investissement pour un élevage plein air de 30 000 poules est d'environ 1,2 million d'euros. Envie d'œuf Sud-est peut consentir une avance remboursable à partir de la 4e année de 120 000 euros, ce qui abaisse l'enveloppe d'emprunt et sert de garantie bancaire, qui le plus souvent s'engagent à deux établissement. Le PCAE couvre 10 à 25% de l'investissement. Le bâtiment est amorti sur 15 ans, le matériel sur 12 ans. Plus les bâtiments sont petits et plus ils coûtent cher au m2.

 

Entreprise

Baby Coque, fleuron de l'élevage au sol

Créée à Ballaison en Haute-Savoie par la famille Gaud dans les années 70, l'entreprise Baby Coque s'est développée sur la base d'une activité d'élevage, de commercialisation et d'intégration. Elle a effectué des opérations de croissance externe tout en s'inscrivant sur le créneau des œufs bio, plein air et label rouge.
En 2012, au moment de la mise aux normes des élevages intensifs, l'entreprise décide de ne pas renouveler les cages et opte pour l'élevage au sol. « Aujourd'hui, la marque Baby coque n'a plus de cage », déclare son dirigeant. Fin 2016, les deux entités créent la holding Envie d'œufs Sud-Est, La Dauphinoise devenant actionnaire majoritaire. Francis Gaud prend alors la direction du pôle. « C'est un schéma novateur, l'association d'une coopérative et d'une entreprise ». Baby coque représente à ce jour 20% de l'activité du pôle.