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Environnement

De labour et d'eau pure

Le Forum Eau et territoire, organisé depuis deux ans par le Comité de territoire de l'Isère rhodanienne et le lycée Agrotec de Vienne-Seyssuel, pose clairement la question de l'adaptation de l'agriculture à la protection de la ressource en eau.
De labour et d'eau pure

Comment aider les agriculteurs à se mettre aux normes ? A rester compétitifs tout en protégeant la ressource en eau ? Jean-Marc Fragnoud, président du Comité de territoire de l'Isère rhodanienne (CTIR), ne cache pas son inquiétude quant aux prochains programmes européens et à la raréfaction des aides environnementales. « Les paysans vont s'adapter, mais il faut éviter un décrochage du système ». C'est pourquoi le CTIR et le lycée Agrotec de Vienne-Seyssuel, qui dispose d'un pôle ressources autour des métiers de l'eau et de l'environnement, organisent depuis deux ans un forum « Eau et territoire » s'intéressant à la protection de la ressource en eau en Isère rhodanienne.
Le nombre des captages prioritaires, ceux les plus touchés par les pollutions d'origine agricole en nitrates et pesticides, vont passer de 55 en Rhône-Alpes à 69, dont 4 de plus en Isère*. Sur ces périmètres ultra sensibles des actions ont déjà été mises en place depuis plusieurs années, notamment au travers de programmes d'actions volontaires, souvent soutenus par l'Agence de l'eau RMC et des fonds européen.

Captages prioritaires

Le Syndicat intercommunal gestion eau assainissement Roussillon Péage (Sigearpe) a ainsi recruté un animateur, Jean-Mathieu Fontaine, autour de la problématique du captage prioritaire du Golley. Une source, un puits, et un forage constituent les ouvrages autour desquels sont concentrées les actions, sachant que le forage était le plus touché par la pollution aux nitrates. Le programme d'action mis en place en 2014 concernait près de 80 exploitations dont une cinquantaine directement. L'animateur constate la présence « d'une dynamique de territoire ». C'est ainsi qu'un groupe de travail composé d'agriculteurs s'est penché sur la réalisation d'une aire de lavage collective, afin de gérer les pollutions ponctuelles liées au rinçage et à la vidange des cuves phyto. Le Biobac, qui fonctionne avec un mélange terre-paille, a été inauguré à la mi-mars. « Ce qui marche, c'est de prendre le temps de discuter, même si tout le monde n'est pas d'accord. Des sujets émergent qui permettent de rassembler les énergies », note l'animateur. Le montant de l'installation s'élève à 150 000 euros, subventionnée à hauteur de 75% par l'Agence de l'eau.
Dans le bassin versant des Quatre vallées, un projet agro-environnemental intéresse plus particulièrement le captage du Brachet, dont le périmètre de protection s'étend sur 316 hectares. La précédente MAET** avait permis de mobiliser huit agriculteurs qui avaient engagé 108 hectares, soit 70% du potentiel agricole du Brachet. Les trois grandes mesures étaient la limitation de la fertilisation sur prairies, la remise en herbe et la diminution des herbicides sur grandes cultures. « Avec la fin des MAET, on peut s'interroger sur la volonté de ces agriculteurs de signer à nouveau dans le cadre d'un système qui a changé », expose Charlotte Penel animatrice du Syndicat des Eaux du Brachet, la démarche devenant collective. Le nouveau projet agro-environnemental sera porté par un seul opérateur, le syndicat, et piloté avec la chambre d'agriculture, Rhône Pluriel et le comité de territoire Paturin. L'objectif est de pérenniser les bonnes pratiques au-delà de 5 ans.

Pièges à nitrates

Autre exemple, les opérations Terre et eau, portées par la chambre d'agriculture, de promotion des bonnes pratiques de fertilisation et de traitements phytosanitaires. Elles ont été développées dans la Bièvre, la Bourbre, les Quatre vallées et sur des captages du sud-Isère. Elles portent sur les zones vulnérables nitrates, les bassins versants ou les bassins d'alimentation de captages prioritaires. Le quatrième programme de la directive nitrates, prévoyait notamment l'obligation de la couverture des sols en zone sensible. Plusieurs essais de cultures intermédiaires piège à nitrates ont ainsi été mis en place afin d'apprécier l'efficacité des couverts, à Agnin et Doissin. Au regard des l'ensemble des tests, le colza se dégage en tant que couverture efficace après récolte. « Dans les bassins versants, nous avons surtout accompagné les agriculteurs pour aller plus loin dans leurs pratiques, notamment sur les traitements phytosanitaires et les désherbants », indique Aymeric Solerti, conseiller de la chambre d'agriculture de l'Isère. Les partenaires ont également travaillé sur l'amélioration de la matière organique (analyse des effluents, compostage...)

« Lorsqu'il n'existe pas de MAE dans un bassin versant ou d'action à l'échelle des zones de captage, on peut mettre en place des filières pour réduire les intrants : miscanthus, chanvre, soja, orge brassicole biologique », conclut Aymeric Solerti.

Isabelle Doucet

* Projet Schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) 2016-2021. Les captages prioritaires présentent une concentration en pesticides en moyenne supérieure à 0,4 ug/l et en nitrates supérieure à 40 mg/l

** MAET et MAEC : Les Mesures agro-environnementales et climatiques remplacent les Mesures agro-environnementales territorialisées

 

Quelles compensations ?

« On attaque l'os, lance Jean-Marc Fragnoud, président du CTIR. On nous demande d'encore réduire les doses d'azote, mais cela pèse sur les productions. » Avec le changement des MAEC en MAET, la question de la compensation est à l'esprit de tous les agriculteurs engagés dans une démarche agro-environnementale. « Sans compensation, l'agriculture aura tendance à se débrouiller et les problèmes risquent de réapparaître », considère le spécialiste. Il rappelle que les indemnisations compensent avant tout une contrainte.
Le président du CTIR s'est amusé à comparer les marges brutes des cultures pour l'année 2012. La lecture des résultats permet aisément de comprendre le raisonnement économique des agriculteurs. Le tournesol dégage 420 euros/ha, le sorgho sec 595 euros/ha, le blé tendre (à 55 q/ha de rendement) permet d'obtenir 640 euros/ha, le blé tendre (70q/ha) grimpe à 918 euros/ha et enfin, le maïs grain irrigué s'établit à 1 414 euros/ha, soit trois fois plus que du tournesol.