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Viticulture

De pierre et d'amitié

Les Amis de la vigne des coteaux de la Bastille ont mis la main à la pierre pour nettoyer la parcelle qui recevra cet automne les plants du futur vignoble du Pèr'gras.
De pierre et d'amitié

« C'est un projet fédérateur », se réjouit Laurent Gras. Le restaurateur de la Bastille n'en revient pas de « tous ces amis de la vigne » venus un vendredi matin de juillet pour épierrer deux parcelles d'une superficie totale de 1,3 hectares. « Il faut être volontaire pour venir à 6 heures du matin ramasser des cailloux ! »

Laurent Gras porte ce rêve depuis 10 ans : replanter de la vigne au Mont-Rachais comme la cultivait sa famille jusqu'en 1979. Clients, amis, proches, relations professionnelles ont fait le choix de l'accompagner pour relever ce défi, en espèces et avec leurs bras. L'association compte 120 membres qui ont versé leur écot. « Ils ne sont propriétaires de rien, déclare Laurent Gras, c'est juste de l'amitié ; un schéma atypique basé sur la confiance, le nom de la maison et l'identité de la Bastille ». Il sait qu'il peut compter sur eux à chaque fois que nécessaire.
Cet hiver, la préparation des parcelles a marqué « le passage du projet à chantier ». Le débroussaillage et le bûcheronnage ont fait remonter des cailloux qu'il a fallu ôter avant le passage de la herse. 25 personnes ont répondu à l'appel. Agrippés à la pente, une matinée durant, les bénévoles ont fait descendre jusqu'à la route les gros galets qui encombraient la parcelle. Un travail de forçat au milieu des mottes de terre et des reliquats de végétaux. « La friche a été broyée et laissée sur le sol afin d'apporter de la matière organique et de l'azote », ajoute Franck Masson, viticulteur à Chapareillan, en charge de l'implantation et de la conduite de la future vigne.

Des vignes palissées

Lorsque Laurent Gras lui a parlé de son projet, il a dit : « Oui, parce que c'est un ami et que c'est une belle aventure. Qui aurait cru, il y a 20 ans, que l'on replanterait des vignes à la Bastille ? ». Encore une histoire d'amitié. Il complète avec malice : « Faire de la vigne sur le coteau, tout Grenoble va le voir. Il ne faut pas se planter, mais je ne suis pas un novice non plus ». Les vins de la famille Masson ont toujours figuré à la carte du Pèr'Gras et bénéficié d'une certaine reconnaissance. « Je ne suis pas un chasseur de médailles, explique le viticulteur, mes clients savent comment est mon vin. » Franck Masson travaille sur le projet avec Alain Graillot, viticulteur et œnologue à Crozes-Hermitage. L'étude du sol a été réalisée par les époux Bourguignon.

Il y a un caractère emblématique dans ce retour de la vigne urbaine. « Nous nous sommes demandé dans quel sens planter ? En travers de la pente, cela supposait d'installer des échalas, ce qui n'était pas envisageable, d'un point de vue visuel, au-dessus de Grenoble. Je préfère les vignes palissées dans le sens de la pente. Je les trouve belles, reconnaît Franck Masson. Elles ne dénatureront pas le paysage et bénéficieront du soleil levant et couchant. »

Cinq cépages

Pour espérer dompter les 70% de pente, le viticulteur a créé deux chemins d'accès sur la principale parcelle, l'un accessible pour les hommes, l'autre par les engins pour sortir la future vendange. Les plantations auront lieu pendant la première quinzaine du mois de novembre. Cinq cépages différents composeront la palette du futur vignoble. Ces variétés endémiques répondent au cahier des charges de l'IGP Vin de l'Isère. 5 000 pieds de chardonnay donneront d'abord un vin tranquille puis à terme, un mousseux, élaboré selon la méthode champenoise, comme les cuvées d'origine du Mont-Rachais. 3 000 pieds de verdesse, dont les raisins seront vendangés en surmaturité, donneront un vin typé, aromatique, rond destiné à s'associer avec le foie gras, une des spécialités de Laurent Gras. La petite parcelle, au-dessus du restaurant, recevra des plantations de cépages destinés à faire du vin rouge par assemblage : douce noir, mondeuse et persan. « De façon à créer un vin fruité, charpenté, offrant une certaine texture. A laisser vieillir », décrit Franck Masson. La première récolte est attendue pour 2021. « Notre but n'est pas de faire une grosse production, reprend le viticulteur, mais de garder une très bonne qualité de vin. » L'exploitation sera conduite en agriculture biologique.
Les Amis de la vigne du coteau de la Bastille-Grenoble seront mis à contribution pour participer, aux côtés des salariés agricoles, aux travaux de mise en place et de récolte.  Et il en faudra encore des bonnes volontés puisqu'à terme, le projet pourrait s'étendre sur 4 à 4,5 ha. La plantation de 1,8 hectares supplémentaire est prévue dès 2018.

Isabelle Doucet
Vinification

Une plantation dans la pente

Les plants proviennent de la pépinière viticole Genin Prière à Fréterive en Savoie, avec laquelle Franck Masson a l'habitude de travailler. Les ceps seront plantés en respectant un espace de 0,85 sur le rang et de 130 cm sur le rang. Plantés avant l'hiver, les pieds de vigne ne souffriront pas de la sécheresse et pourront profiter des intempéries. « La terre se tasse, les plants s'enracinent », explique le vigneron. Le sol argilo-calcaire, un peu limoneux par endroits constitue « un bon terroir à vigne ».
Une fois récoltée, la vendange sera vinifiée à Chapareillan dans les chais de Franck Masson. Le vigneron ne travaille qu'avec des levures naturelles. « Les blancs seront pressés, débourbés et mis en fermentation », explique-t-il. Les chardonnay ne sont pas destinés à la garde. Les vins surmaturés seront embouteillés au mois de mai, après la vendange, et commercialisés l'année suivante.
Les rouges seront mis en cuve en grappes entières. Ils y resteront une quinzaine de jours. Ils seront ensuite élevés en fûts pendant 10 à 12 mois, embouteillés l'année suivant la vendange et pourront supporter de vieillir. « J'achète des fûts qui ont déjà servi trois ou quatre an dans les blancs du chablis, car ils ont moins de tanin, précise le vigneron. C'est du chêne français plusieurs fois chauffé. J'utilise ces fûts pour les rouges pour ne pas qu'ils prennent un goût trop boisé. »