Debout, l’Isère !
« Développer la culture de la gagne ». C'est le souhait pour l'année à venir de Pascal Denolly, président sortant de la FDSEA Isère. Elle est déjà là, si on en croit les invités de la table ronde organisée durant la session publique du congrès du syndicat agricole à La Frette jeudi 12 avril. Elle est juste un peu timide et mérite un bon coup de pouce. Mais comment trouver la motivation quand la marge, elle, n'est pas là ? « Ce sont les consommateurs qui font en sorte que la valeur ajoutée revienne aux agriculteurs », confirme Jean-Pierre Barbier, président du Conseil départemental de l'Isère.
Et c'est exactement l'idée de Martial Darbon, fondateur de la marque « C'est qui le patron ?! ». En juin 2016, l'agriculteur de l'Ain vendait son lait à 200 euros les 1 000 litres. En désespoir de cause, il est allé frapper à la porte des grands distributeurs. Quelques mois plus tard, il lance, avec l'appui de Nicolas Chabanne et du réseau Carrefour, « C'est qui le patron ?! ». A l'aide d'un sondage, les consommateurs ont décidé le prix qu'ils étaient prêts à mettre pour une brique de lait. Et les critères qui vont avec : +6 centimes si les vaches sont au pâturage durant 6 mois, +5 centimes pour une alimentation sans OGM... Payé autrefois 20 centimes le litre, le lait de Martial Darbon est passé à 39 centimes sous la nouvelle marque. « Selon l'UFC-Que choisir, un consommateur sur deux pense qu'on touche la moitié du prix de vente du lait en grande surface. J'ai été surpris du haut niveau des critères choisis par les consommateurs », explique l'agriculteur. Car l'attente, en bout de chaîne, est déjà là.
Ne pas vendre du vent
En Isère, les Eleveurs de saveurs ont une expérience sensiblement différente. Au départ à la demande du Syndicat des Bouchers, des éleveurs se sont réunis pour proposer de la viande locale qui réponde aux critères des consommateurs. « On a un cahier des charges strict. Pour le côté social, on a choisi de travailler avec l'abattoir de Grenoble pour maintenir un outil local », explique David Rivière, éleveur de charolais à Virieu. Si cela a commencé dans le département pour la filière viande, il reste encore du chemin à faire pour les autres productions
Pour Jean-Pierre Barbier, cela passera par le pôle agroalimentaire et la nouvelle marque territoriale Alpes Is(H)ere : « On ne doit pas vendre du vent. Une marque, c'est l'origine du produit, sa qualité et surtout l'équité de la production ». « On n'est pas uniquement des faiseurs de matières premières. Je défie un agriculteur ardéchois de savoir ce que vit un agriculteur isérois. On vend du territoire », confirme Martial Darbon. Mais rien ne sert de foncer vers le premier supermarché ouvert, il faut connaître la bonne personne. « Je vous conseille d'aller chercher le patron d'un magasin. Il habite ici, il connaît la plus-value du territoire », conseille-t-il.
Travailler l'aval
La recette secrète serait donc : un bon produit, une pincée de courage et... une dose de technicité ? « On doit structurer les filières pour vendre à l'année et investir dans des outils de transformation », lance le président du Département. Une proposition qui concerne davantage la filière lait que la filière viande, pour éviter d'embouteiller du lait isérois... à Orléans. « On a investi dans l'abattoir de Grenoble 800 000 euros cette année pour avoir un atelier de découpe. On peut investir ailleurs », confirme-t-il. « On a un territoire riche et un bassin de consommation en augmentation. On se doit d'avancer, on peut contractualiser », lance Bernard Clavel, administrateur à La Dauphinoise.
Si la recette a été testée et approuvée, il ne reste qu'à mélanger le tout : « Je comprends que vous ne pouvez pas croire à du rêve, il faut du concret. Mais quand est-ce qu'on va réussir à tous se mettre autour de la table ? Alpes Is(H)ere aura vraiment un sens quand les produits vendus en GMS ne viendront plus d'autres pays du monde », clame Pascal Denolly. Mais c'est sûr, cela s'apprend. « Les jeunes doivent être sensibilisés à la négociation et au travail de l'aval en établissement agricole », avance un agriculteur présent dans la salle. « Ce n'est pas parce que ça va un peu mieux que les problèmes ne vont pas revenir demain. Il n'y a que nous, paysans, qui pouvons le faire ! » conclut Pascal Denolly, debout, devant une salle, assise, ainsi que l'a remarqué Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, invitée au congrès.
Virginie Montmartin
A l'honneur / Lors du Congrès de la FDSEA à La Frette jeudi 12 avril, Pascal Denolly, président sortant, a été remercié pour son engagement.Pascal Denolly : « Il faut des résultats »
« Le syndicalisme, ce n’est jamais juste mettre en œuvre des moyens, il faut des résultats ». Pascal Denolly, président sortant de la FDSEA a tenu à rappeler le sens du syndicalisme et les projets qui lui tenaient à cœur à l’avenir. « L’esprit de résultat part du méthaniseur. Si on ne sort pas celui d’Apprieu, on en sortira pas sur le département », explique-t-il. Il souhaite aussi défendre le développement des parcs naturels dans le département. « On doit éviter la sanctuarisation des parcs naturels et prôner leur dynamisme », repend-t-il. Il a rappelé également l’importance du pôle agroalimentaire et du travail effectué auprès des organisations professionnelles durant la table ronde dédiée aux nouvelles solutions. Et pour les traiter, « il faut éviter simplisme et populisme. Il faut porter la complexité des sujets. » A la fêteOutre les sujets soutenus durant son mandat de président, c’est aussi le personnage qui fut salué. « Quand Pascal Denolly nous laisse un message vocal, on entend la voix qui vibre, la force de son engagement », indique Christiane Lambert, présidente de la FDSEA. Jean-Pierre Barbier, président du Départemental a également remercié l'homme pour son engagement. David Rivière, éleveur, retient son assiduité. « Je remercie Pascal Denolly pour son accompagnement acharné aux réunions des Eleveurs de Saveurs », a-t-il expliqué sous les applaudissements. A son tour, Pascal Denolly a tenu à offrir un gâteau à Christiane Lambert qui fête sa première année à la tête du syndicat agricole. Et il a souligné la force de poigne du nouveau président de la FDSEA Jérôme Croizat qui supervisait l’Assemblée générale.