Déchaumer pour lutter contre l’ambroisie
Les onze dents du déchaumeur peinent à entrer dans la terre. Sous la chaleur estivale, les parcelles agricoles de Saint-Barthélemy sont extrêmement sèches. « J'espère qu'il va pleuvoir rapidement, pour que je puisse déchaumer correctement, détruire l'ambroisie et ressemer du colza », soupire Jérôme Robin, agriculteur. Au milieu des chaumes présentes dans sa parcelle, les feuilles minces et vertes d'ambroisie se multiplient.
Se débarrasser de l'ambroisie
L'ambroisie à feuilles d'armoise, plante invasive très présente en Rhône-Alpes, se dissémine très vite. Elle produit 3 000 à 4 000 graines par plant. Son pollen, émis majoritairement en juillet et août, peut provoquer de fortes réactions allergiques, touchant 10% de la population. En plus d'être un problème de santé publique, la présence d'ambroisie dans les cultures peut induire des pertes de rendement et de qualité des récoltes. La réglementation impose sa destruction dans tous les espaces contaminés : les exploitants agricoles sont tenus de l'éliminer avant la floraison, au plus tard le 1er août.
Le déchaumage contre les adventices
En interculture, la lutte contre l'ambroisie peut s'effectuer grâce au déchaumage, afin de limiter la présence de la plante dans les chaumes après la moisson. Pour empêcher la pollinisation et la montée en graines de l'ambroisie, l'intervention mécanique est privilégiée à un désherbage chimique. Néanmoins, en cas de présence de vivaces, les deux peuvent se combiner. Trois critères sont à prendre en compte pour intervenir sur sa parcelle : la présence d'ambroisie, de vivaces et le semis ou non d'un couvert d'interculture. Si la parcelle contient de l'ambroisie mais pas de vivaces par exemple, un déchaumage précoce, puis un tardif sont préconisés. En présence de vivaces, un désherbage chimique puis un déchaumage tardif sont alors conseillés.
En plus d'éliminer l'ambroisie, le déchaumage permet d'enfouir les résidus de récolte, de créer un faux semis en levant les graines d'adventices pour les détruire, d'assainir les sols et de les préparer pour un prochain semis. Si l'implantation d'un couvert d'interculture n'est pas prévue, un deuxième déchaumage peut s'avérer nécessaire car de nouvelles ambroisies peuvent lever après la première intervention. En effet, le soleil suffit à développer le pouvoir germinatif de la plante. C'est pourquoi il est important d'intervenir rapidement après la récolte et les périodes de pluie.
Dents ou disques ?
Jérôme Robin travaille avec un déchaumeur de trois mètres de large, doté de onze dents à ressort, huit disques et deux rouleaux. Pour déchausser l'ambroisie, il est nécessaire de travailler le sol à plus de cinq centimètres de profondeur. « Avant, j'avais un déchaumeur à disques, qui ne détruisait pas bien les mauvaises herbes. J'ai opté pour celui à dents en 2016, en rajoutant un semoir dessus », explique l'agriculteur. Les déchaumeurs à disques, conçus initialement pour un travail superficiel et rapide, sont peu efficaces contre l'ambroisie, notamment sur un sol sec. En présence de vivaces (liserons par exemple), ils sont à proscrire car ils disséminent les plantes. Jérôme Robin déchaume une cinquantaine d'hectares de céréales par an, et vingt de tournesols. « Cette année, j'ai pu faire tous les semis sous couverts avec le déchaumeur à dents », annonce-t-il. Seul réglage à prendre en compte : le guidage de la profondeur à l'aide des rouleaux.
Etienne Girier et son père, agriculteurs exploitants à Thodure, ont choisi d'investir dans un déchaumeur plus puissant. « L'été est sec depuis deux ans, nous voulions pouvoir déchaumer dans toutes les conditions », explique Etienne Girier. « Nous faisons également beaucoup de semis après le déchaumage. » Avec seize dents et dix disques, l'engin est polyvalent : déchaumage, reprise de labour... Les deux agriculteurs déchaument entre 400 et 500 hectares par an.
Coline Mollard