Demain appartient aux iconoclastes
La France n'est pas en crise, mais en métamorphose. Jean-Paul Delevoye, ancien président du conseil économique, social et environnemental (CESE) est catégorique : « la crise est une phase qui nous ramène à la situation d'où l'on venait ». « Or, demain, nous ne serons plus là d'où nous venons », clame-t-il devant un parterre d'élus et de chefs d'entreprise lors d'une conférence à Saint-Marcellin, à l'invitation de l'AISG (1). « Le monde bouge très rapidement de façon inéluctable », explique-t-il en substance.
Voir loin
« Le drame, c'est que quand on se sent impuissant, on regarde les conséquences de la disparition, alors que l'on devrait analyser les objectifs et les espérances qui peuvent nous guider ». Autrement dit, le responsable politique incite à abandonner la façon traditionnelle de voir les choses, à remettre en cause pour aller plus loin. Illustration très directe du malaise : « Les nations se sont soudées autour de causes : elles ont créé l'Union européenne. Aujourd'hui, elles se déchirent sur les conséquences de peurs, celles des guerres extérieures et leur cortège de réfugiés. »
Alors, il prévient : « demain n'appartiendra plus aux puissants, mais à ceux qui auront anticipé ». Que l'on soit élu ou chef d'entreprise, il est impératif de corriger la façon de concevoir l'avenir. Pour cela, la technologie doit être un moyen (vision américaine) et non devenir une fin (approche française). « Sauf quand on veut (se) faire plaisir en tant qu'élu, la tablette dans les écoles ne sert à rien si on ne sait pas ce que l'on veut en faire », dit-il clairement. En revanche, mettre au point une voiture sans pilote, permet en croisant cette technologie avec toutes les données collectées aujourd'hui par et sur les individus, d'influer fortement sur leur choix de consommation, leurs envies et leurs désirs. Cette anticipation est celle des géants comme Google.
Collégialité
Même s'il se montre quelquefois critique et incisif, Jean-Paul Delevoye croit en notre pays. « La France a plus d'atouts que d'autres car elle a une forte créativité ». Il lui faut des leader capables de mobiliser et de rendre fier. Mais ces dirigeants ne peuvent fonctionner seuls. Dans un monde complexe, la collégialité permet de réduire les risques et de s'adapter en piochant les compétences aux bons endroits, gage d'une agilité pour l'entreprise. « Mieux vaut un bon cap qu'un gros bateau », estime-t-il. Mais, c'est la localisation de la valeur ajoutée qui fera la différence. Tout ce qui faisait la puissance d'une entreprise, le capital, explose sous de nouveaux modèles : Uber ne possède pas un seul véhicule et Airbnb pas un seul hôtel. Ils sont pourtant les champions de leur secteur parce qu'ils ont capté la valeur ajoutée.
Encourager la prise de risque
Jean-Paul Delevoye compte sur une force dont notre pays n'est pas suffisamment conscient : sa jeunesse. « Il va falloir retrouver une solidarité intergénérationnelle, prévient-il, c'est-à-dire qui n'aille pas seulement dans un seul sens, celui de faire porter à cette jeunesse le poids de trois ou quatre générations avec le vieillissement annoncée de la population. Car si cela était, deux mondes finiraient par vivre côte-à-côte. Il ne faut donc pas rejeter les remises en cause des modèles proposées par la jeunesse, mais les accompagner par l'encouragement à une prise de risque ». Les rigidités sont encore excessives, estime-t-il, notamment dans le fonctionnement des collectivités locales. « Dans chaque intercommunalité, il devrait y avoir un budget des lignes affectées à l'accompagnement de ces initiatives innovantes. » Et, rajoute-t-il, « une politique locale destinée à augmenter l'attractivité du territoire concerné. » A l'échelle de la planète, on peut désormais travailler de n'importe où. Ce n'est pas la gestion du territoire qui fait sa valeur mais son offre, les atouts qu'il peut mettre en avant. Les élus aussi, doivent devenir agiles.
(1) Association des industriels du Sud Grésivaudan