Département : un budget de rupture qui se veut offensif
Le refrain est connu : entre la baisse des dotations de l'Etat et la hausse des dépenses, notamment celles de solidarité (56% du budget de fonctionnement), les comptes du Département sont contraints. Très contraints : il reste encore 30 millions d'euros à trouver sur un budget total de 1,5 milliard. Pour le prochain exercice, le président Barbier n'en affiche pas moins sa volonté de présenter un « budget de rupture, offensif en dépit des circonstances » : « A travers ce budget volontaire, nous souhaitons soutenir l'économie et l'emploi, mais aussi agir pour améliorer l'attractivité du territoire », a-t-il affirmé lors de la présentation du budget 2016. C'est donc pour mieux « vendre l'Isère » et au nom du « courage politique » que certains arbitrages ont été rendus, notamment en faveur de l'aide aux communes (38 millions d'euros) qui augmente de 5 millions, du réseau routier, du tourisme (+ 12%) ou de la culture (+ 10%). « Nous voulons que cela participe du dynamisme des territoires, a indiqué le président du Département. Même si l'économie ne fait plus partie de nos champs d'actions, nous avons des leviers et entendons bien les actionner. »
Démarche volontariste
Engagé en 2015, le « plan de relance de l'économie » va être poursuivi en 2016, notamment au travers d'investissements conséquents (320 millions d'euros). Plusieurs secteurs de l'économie vont en bénéficier, à commencer par le BTP (rénovation des collèges, aménagements de voierie, réseaux routiers etc.). Mais l'agriculture ne sera pas oubliée. « Face à la crise qui frappe l'agriculture, et notamment l'élevage, le Département a souhaité se montrer solidaire du monde agricole », a indiqué Robert Duranton, vice-président en charge de l'agriculture lors du vote du budget le 17 décembre dernier. Une aide d'urgence d'un million d'euros a commencé à être débloquée en 2015, le solde étant proposé pour le budget 2016. Conscient qu'il s'agit « d'une crise structurelle, le Département affiche une démarche volontariste pour accompagner le secteur dans la durée et structurer les filières agricoles », a précisé Robert Duranton, ajoutant : « Notre agriculture doit reconquérir de la valeur ajoutée. »
De telles orientations de la politique agricole départementale ne peuvent que recevoir un accueil favorable de la profession. Fort d'un budget un peu supérieur à 6,5 millions d'euros (3,9 millions en dépenses de fonctionnement et 2,6 en dépenses d'investissement), le Département annonce un programme ambitieux : « structurer un pôle viande locale » autour des abattoirs de Grenoble, « développer les circuits de commercialisation de proximité, notamment à travers l'approvisionnement des collèges », « soutenir l'installation et l'accompagnement technique des agriculteurs pour la maîtrise des charges, la qualité et la valorisation des produits », « préserver les terres agricoles », « promouvoir les pratiques écologiquement responsables en mobilisant plus de crédits environnementaux pour les MAEC ». Robert Duranton a même fait allusion aux GIEE et à « l'agriculture écologiquement intensive », chère à Pascal Denolly, le président de la FDSEA.
Synergie avec la Métro
Ce volontarisme politique n'est sans doute pas le fruit du hasard. Arpentant le Département en tout sens, Jean-Pierre Barbier se targue de bien connaître les problématiques du monde agricole. Et ne perd pas une occasion de le rappeler. « J'attire votre attention sur les difficultés que continue de traverser la profession agricole, a-t-il déclaré en séance publique le 17 décembre. On en n'entend moins parler, mais ça ne va pas vraiment mieux. » Et le président d'expliquer qu'il a rencontré son homologue de Grenoble Alpes métropole, Christophe Ferrari, pour développer « en synergie » le futur pôle agro-alimentaire départemental. « Il existe des outils : nous n'allons pas réinventer ce qui est déjà en place et qui fonctionne. Mais nous allons faire en sorte que ça fonctionne mieux. Je ne veux pas, sur ce sujet comme sur d'autres, perdre de temps. L'agriculture n'a pas de temps à perdre. Il faut avancer de concert pour que les zones de production et les zones de consommation travaillent ensemble. » Un propos qui trouve son écho dans la toute nouvelle stratégie agricole et alimentaire lancée par Grenoble Alpes métropole et cinq territoires limitrophes en septembre dernier. L'année à venir s'annoncerait-elle sous d'heureux auspices ?
Marianne Boilève