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Syndicat des forestiers privés de l'Isère

Des ambitions bridées par des budgets serrés

Pour mieux exploiter leurs bois, les propriétaires forestiers réclament plus de moyens. Le président de la fédération nationale des syndicats de forestiers privés était présent lors de la dernière assemblée générale de celui de l'Isère afin de réclamer des budgets à la hauteur des objectifs fixés à l'échelle nationale.
Des ambitions bridées par des budgets serrés
Après avoir rappelé les objectifs fixés à l'échelle nationale pour la mobilisation des bois, mais aussi la restructuration de la filière, le président de la fédération des syndicats de forestiers privés de France, Henri Plauche-Gillon, a mis les pieds dans le plat, lors de l'assemblée générale du syndicat de l'Isère, vendredi 22 octobre au Touvet. « Nous avons besoin de moyens supplémentaires. Or, à l'heure actuelle, nous nous battons pour maintenir les postes existants dans les centres de la propriété forestière. En complément des négociations avec le gouvernement, nous nous sommes donc penchés sur la destination des fameux « centimes forestiers », que nous payons tous et qui sont reversés aux chambres d'agriculture.
Un manque de moyens criant
Il faut savoir que les centres régionaux de la propriété forestière (CRPF) ne sont financés qu'à hauteur de 50 % par ces « centimes forestiers ». Le reste de leurs budgets provient de l'Etat et des collectivités locales. En Isère, la chambre d'agriculture a ainsi reversé 178 000 euros au CRPF en 2008. Mais, cette même année, la chambre d'agriculture a reçu 473 000 euros des forêts publiques et privées du département. Il est donc resté plus de 290 000 euros dans ses caisses.
Sans être désagréable avec la chambre d'agriculture, il y a donc une réflexion à mener. Nous ne cherchons pas à ennuyer les chambres d'agriculture, mais force est de constater qu'à l'heure actuelle, tous les robinets se ferment. Il n'y a plus d'argent nulle part, alors nous aimerions bien utiliser notre argent pour nous.
Dans son volet forestier, la récente loi de modernisation de l'agriculture prévoit que, dès l'an prochain, un tiers des sommes qui restent dans les chambres d'agriculture seront reversées aux comités régionaux chargés de mettre en oeuvre les plans pluriannuels de développement forestier institués par la loi. En 2013, cette proportion devra atteindre 43 %. Le sujet est délicat, mais nous ne devons pas laisser détourner ces budgets par des applications qui ne seraient pas strictement forestières ».

Un exemple réussi d'exploitation en commun
Et le président Plauche-Gillon de s'emparer de l'exemple de regroupement de propriétaires présenté un peu plus tôt par Jean-Luc Chenal, directeur du service Gestion de la propriété de Coforêt. Il est vrai qu'en détaillant la coupe qui vient d'être menée à Entremont-le-Vieux en rassemblant 25 comptes cadastraux (soit une quarantaine de propriétaires), Jean-Luc Chenal a souligné le temps passé par la coopérative forestière à convaincre l'ensemble des parties prenantes de l'intérêt d'une exploitation en commun. « Principalement plantées en épicéa, les parcelles étaient relativement homogènes, très denses, dans la mesure où il n'y avait pas eu de coupe depuis une trentaine d'années. Mais il y avait des arbres plus gros par endroits, d'autres tachés qui ne pouvaient être valorisés qu'en bois pour palettes... Même si nous avions obtenu l'accord de principe de tous les propriétaires concernés dès le mois de décembre 2008, nous avons donc mis sept mois à obtenir des accords fermes de l'ensemble du groupe. Les derniers contrats ne sont revenus qu'en juin 2009, ce qui fait que la coupe vient tout juste de se terminer, générant 32 700 euros de recettes, soit 1 308 euros nets par propriétaire. Je crois que ce qui nous a finalement permis de l'emporter, c'est le fait que c'était tout le monde ou personne, car le foncier était tellement morcelé qu'il était inimaginable d'organiser la délimitation des parcelles ».
Et le syndicat dans tout ça ?
Pour Charles Millat, le président des forestiers privés de l'Isère, cet exemple illustre aussi l'utilité du syndicat. Au-delà de la représentation des propriétaires forestiers dans différents organismes comme l'union des groupements pour le développement forestier de l'Isère ou l'interprofession iséroise du bois, Créabois, « votre syndicat sera toujours à vos côtés pour vous soutenir et vous conseiller », a assuré Charles Millat en listant les nombreuses thématiques abordées par le SFPI, depuis A comme « accord cadre filière forêt bois », signé en 2005 entre le collège amont de la filière bois iséroise et la chambre d'agriculture, jusqu'au T de « tempêtes », citant celle qui a touché à la fois le Vercors, la plaine de l'Isère et la Chartreuse en 1982.
La forêt iséroise a eu le temps de se remettre de cette épreuve. Elle se porte bien, au point que l'exploitation qui en est faite ne suffit pas à absorber sa croissance naturelle. Mais pour tirer profit des prix qui repartent à la hausse, les propriétaires forestiers ont encore de nombreux défis à relever.
Cécile Fandos