Des arguments pour vendre
« Un bel outil de travail », fait remarquer Myriam Vial, une des six associés du magasin de producteurs le Bouquet Paysan à Apprieu. Une architecte d'intérieur est passée par là. Dans ce bâtiment HQE*, le bois d'œuvre se mélange à l'inox, les couleurs sont tendance, les éclairages design et étudiés pour mettre en valeur les produits locaux. « Nous avons un beau meuble épicier, mais c'est plus pour l'exposition des produits que pour le commerce », poursuit l'exploitante de Burcin installée en polyculture. Gris, orange, bois, inox : il n'y a pas de fausse note. Le groupe d'associés a travaillé ensemble le cahier des charges pour le soumettre à la communauté de communes de Bièvre Est, propriétaire des murs. Quelques ajustements ont été nécessaires, mais au final le local est grand, beau et fonctionnel. Ouvert en 2012, le magasin réalise un chiffre d'affaires de 1,1 millions d'euros, en stabilisation après avoir connu des croissances à deux chiffres depuis son lancement. Les recettes du succès du lieu son multiples. Il est d'abord très bien situé, pile au milieu du département, à la sortie autoroutière de Rives au cœur d'une zone commerciale. C'est aussi un beau bâtiment qui attire la clientèle. A l'intérieur, la décoration est soignée, et confiée aux soins d'Arlette Gros-Balthazard, productrice de viande de veau et de fromages.
Haut niveau de qualité
Mais surtout « les gens viennent parce que les produits sont frais », sourit Myriam Vial en montrant la banque frais de 10 mètres de linéaire toujours pleine que « beaucoup de magasins nous envient ». Les producteurs livrent pratiquement tous les jours. La viande est conditionnée sous vide ou proposée à la découpe. « Et nous nous défendons aussi très bien en fromages », poursuit l'exploitante. Deux chambres froides donnant directement sur l'espace de vente garantissent la fluidité de l'approvisionnement. « Vendre, c'est organiser l'attractivité du produit pour la clientèle, renchérit Pascal Denolly, vice-président de la chambre d'agriculture, qui s'applique à lui-même ce principe « d'avoir le plus haut niveau de qualité de marchandise pour amener le circuit court au consommateur.»
Comme tous les points de vente collectifs, le parcours du magasin d'Apprieu est singulier. Les discussions débutent en 2003 entre la communauté de communes et les agriculteurs, lesquels finissent par ouvrir leur propre local d'une cinquantaine de m2 dans une ferme à proximité. « Il n'y avait pas de stockage, nous effectuions les livraisons tous les jours, du mercredi au samedi car nous sommes tous installés dans un rayon de 5 km. Nous pensions que ce serait provisoire. Cela a duré 7 ans ! » raconte Gérard Gros-Balthazard. Bien que très limité en gamme, le local battait de records de rentabilité au m2. Mais le système a atteint ses limites et la réflexion avec la communauté de communes a fini par aboutir. Avec le recul, l'agriculteur évoque un dossier « lourd et compliqué à gérer », avant que producteurs et collectivités ne se mettent au diapason. « Nous avons dû gérer le départ de trois associés », précise-t-il. Les règles de rigueur et le bien-vivre ensemble se sont naturellement imposées. Aujorud'hui, le magasin collectif fonctionne avec six associés et reste à la recherche de nouveaux membres. « Chacun a son rôle et fait confiance aux autres », ajoute Sébastien Juge, associé et producteur de fromages de chèvres. Le Bouquet paysan compte en outre quatre intermédiaires et 35 dépôt-vendeurs. Il emploie aussi quatre salariés, qui représentent deux équivalent temps plein. « Le statut d'intermédiaire est important car il nous permet de prendre des producteurs à l'essai, de choisir avec qui nous voulons travailler car à la base, il y a un noyau de personnes très investies dans le magasin et les salariés le sont tout autant », fait remarquer Sébastien Juge.
Avec un total de 19 points de vente collectifs, l'Isère est le premier département au niveau national dans le développement de ce type de circuit de commercialisation. La région Rhône-Alpes est également au premier rang avec une centaine de points de vente collectifs. Une poignée de projets devrait encore émerger en Isère en 2016 apportant un solide maillage au département. La chambre d'agriculture accompagne les producteurs en amont, dès l'émergence des projets (formalisation, études de faisabilité, formations, stratégie commerciale etc.) « Nous intervenons aussi post-ouverture en appui au fonctionnement des groupes, ou sur l'analyse des résultats commerciaux par exemple », explique Virginie Thouvenin, conseillère à la chambre d'agriculture. Elle annonce d'ailleurs la tenue d'une journée régionale dédiée aux points de vente collectifs, le 3 novembre à La Verpillière.
Isabelle Doucet
*HQE : haute qualité environnementale
Quel montage financier ?
L'investissement dans ce local d'activité de 310 m2 a été réalisé par la Communauté de communes de Bièvre Est pour un montant de 650 000 euros. L'association de producteur est locataire des lieux, à hauteur de 7 200 euros par trimestre.Les commissions appliquées par le Bouquet paysan aux producteurs sont de 9% pour les associés, 17% pour les intermédiaires et 25% pour les dépôt-vendeurs.