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Innovation

Des canons à onde choc contre la grêle

Certains agriculteurs du département ont fait le choix de s’équiper de canons anti-grêle. S’ils n’ont pas suffi face au cataclysme récent, ils peuvent limiter les dégâts.
Des canons à onde choc contre la grêle

« Le risque orageux était à 100%, le risque de grêle destructrice à 80% ». Le jour du cataclysme météorologique, la société Arhya, spécialiste des risques météorologiques, envoie un message d'alerte aux agriculteurs adhérents. Certains possèdent des canons anti-grêle qui sont déclenchés à distance par la société entre 20 et 40 minutes avant le passage de l'orage. « On fait de la prévision météo pour anticiper le risque et ensuite on fait de la détection en temps réel pour déterminer le passage précis de l'orage », explique Christophe Ferré, gérant d'Arhya (Gard).

Malgré les messages d'alerte et le démarrage des canons, les agriculteurs ont quand même été touchés. « C'était un message plus anxiogène qu'efficace face à la violence du phénomène. Mais les canons ont limité les pertes aux seuls fruits et ont permis de sauver les arbres », confirme-t-il. « Il tombait des billes de grêle sous les canons et non pas des balles de tennis comme vu hors du rayon des canons », confirme Laurent Héritier, commercial chez Spag, le fabricant. Ce canon est rempli d'un gaz qui, avec une étincelle, provoque l'explosion et l'onde de choc. « L'onde agit sur la structure interne des grêlons et les fait se désagréger », explique-t-il. L'appareil produit une onde de choc toutes les sept secondes durant le passage de la grêle et il couvre un rayon de 80 hectares.

Une onde de choc

Guillaume Thévenas utilise les canons anti-grêle depuis l'an passé. Epargné cette année, il a eu l'occasion de les tester l'été dernier à trois reprises. « Pour une grêle qu'on va dire normale, je n'avais aucun impact sous les canons », confirme l'arboriculteur de Saint-Maurice-l'Exil. Puisque le rayon du canon couvre en partie les exploitations voisines, Guillaume Thévenas a créé une association avec des agriculteurs voisins. « Aujourd'hui, mon exploitation est presque totalement couverte car située dans le rayon de quatre canons », se félicite l'arboriculteur. Ce dernier a longuement réfléchi au système le plus adapté à son exploitation. « Les filets para-grêle ont un coût élevé à l'achat et à l'entretien. Il faut aussi de la main-d'œuvre pour les poser. C'est intéressant pour certaines productions stables dans le temps, mais en pêchers et abricotiers c'est plus compliqué à gérer », analyse-t-il.

Nuisance sonore

Mais les filets sont muets là où une onde de choc produit une détonation sonore régulière. Guillaume Thévenas avait donc organisé une réunion publique lors de l'installation des canons pour anticiper les retours du voisinage. « Ils font le bruit d'un gros coup de fusil. Je suis à 80 mètres des canons donc je les entends aussi. Mais il protège ma production ainsi que les maisons et les voitures des voisins », explique-t-il. « On a fait poser une insonorisation sur les canons et le son mesuré est à 65 décibels mais le ressenti est autre, détaille Laurent Héritier. Cependant, les canons ne travaillent que 6 à 7 heures par saison en moyenne ».

L'agriculture représente 90% de la clientèle de Spag et 65% du chiffre d'affaires d'Arhya. Mais qu'importe le système et la technique, la météo « reste une science inexacte », confirme Christophe Ferré. Chaque agriculteur reçoit ainsi la prévision des cinq jours à venir ainsi qu'un message d'alerte et de fin d'événement lors de l'utilisation des canons. Et ils peuvent aussi reprendre la main. « Si je vois en temps réel que le nuage passe loin de mon exploitation, j'éteins manuellement les canons pour limiter le bruit. Pour l'événement de cette année, qu'importe le système, quand il faut subir la météo, on le fait », conclue Guillaume Thévenas.

Virginie Montmartin