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Chevaux

Des comtois pour Saint-Pierre

La Chartreuse accueille ce week-end le cinquième concours régional des chevaux de trait comtois.
Des comtois pour Saint-Pierre

« L'Isère n'avait pas organisé de concours régional depuis 2005 », annonce Roger Roux-Fouillet, président du syndicat d'élevage du cheval en Dauphiné et de l'association des syndicats de Rhône-Alpes. Mais c'est tout de même la cinquième fois que Saint-Pierre-de-Chartreuse accueille l'événement. Peut-être parce que le président est du coin, mais surtout « parce que le site est magnifique, que les éleveurs aiment bien venir en Chartreuse et que la commune nous aide beaucoup », ajoute le président. Car à Saint-Pierre, on a le sens de la fête et ce type de manifestation a la cote. A preuve, le concours départemental de chevaux comtois, qui s'y déroule tous les ans début août, est toujours un succès en participation et en fréquentation. Pour le concours régional, pas moins de 3 à 4 000 personnes sont attendues dimanche prochain sur le plan de ville. Les stars, ce sont les 120 à 150 juments comtoises issues des premiers prix de chaque section des huit départements concourant. « Ce sont les meilleurs sujets », insiste Roger Roux-Fouillet. Les juments primées participeront ensuite au concours national de race qui se déroulera les 18 et 19 septembre à Maîche dans le Haut-Doubs.

Les chevaux seront présentés dimanche par une soixantaine de propriétaires et accueillis par une vingtaine de bénévoles. Les agriculteurs et éleveurs du secteur ont mis leurs prés à disposition autour de Saint-Pierre, de façon à recevoir la veille les participants venus de loin. « Sans traiteur ni chapiteau », l'originalité de la manifestation tient aussi au fait que traditionnellement, tous les restaurants du village s'accordent ce jour-là pour proposer un menu unique et au même prix. Ce menu terroir, dont les matières premières sont fournies par les producteurs du territoire, assure donc un retour direct aux commerces locaux, qui affichent complet.

Un cheval de ferme

Les éleveurs de chevaux comtois constituent un solide réseau en Rhône-Alpes. Ils sont une trentaine en Isère, « département réputé pour la qualité de sa jumenterie, comme l'Ain et la Haute-Savoie », précise Roger Roux-Fouillet. La moyenne en Rhône-Alpes est de 2,3 chevaux par éleveurs, pour un total de 1 200 juments et 104 étalons agréés. La reproduction s'effectue en monte naturelle. Depuis la disparition des Haras nationaux, la fonction d'étalonnage est revenue aux privés. C'est l'ANCTC* qui a racheté les étalons et les met en dépôt chez les éleveurs. Attelage, maraîchage, entretien, forêt : le cheval de trait comtois revendique haut sa place dans le paysage rural. « C'est un cheval de montagne, qui se nourrit dans les coteaux et les prairies délaissées », poursuit le président de l'association. Souvent le cheval comtois est conservé dans les fermes par nostalgie, par passion, mais aussi parce qu'il se nourrit des refus des bovins. La région Rhône-Alpes donne aussi une petite prime de 150 euros par jument allaitante au titre de la mesure agroenvironnementale race menacée d'abandon.
L'éleveur le reconnaît, sans la filière bouchère les chevaux de trait auraient disparu. 90% de la production part en boucherie et une petite part à l'engraissement en Italie. Cela concerne, les poulains mâles, hormis ceux qui sont pressentis pour devenir des étalons, et les juments de réforme. « Il reste encore quelques boucheries chevalines. Les bouchers se déplacent pour voir les chevaux sur pied et si le marché est conclu, ils viennent les chercher, explique Roger Roux-Fouillet. C'est une filière qui ne va pas si mal. A chaque fois que survient une crise alimentaire, cela sert les filières où les choses sont faites correctement, avec de la viande identifiée. » Mais il insiste : « Nos chevaux, nous les aimons ». Aussi ces propriétaires ont le souci de leur abattage, dans les établissements de la région. La sélection et le maintien de la race est à ce prix.
*Association national du cheval de trait comtois

Isabelle Doucet

« C'est un beau cheval »

Roger Roux-Fouillet a attrapé le virus du comtois dans le Jura, il y a 40 ans. Ce garde forestier installé à Saint-Hugues-de-Chartreuse élève aujourd'hui 10 juments et deux poulains et a transmis sa passion à sa fille Laura. « J'ai commencé les concours il y a 35 ans. A l'ancienne, les chevaux n'étaient pas préparés. » La petite famille Des Soms, l'affixe* d'élevage en clin d'œil au Grand Som qui surplombe Saint-Hugues et Saint-Pierre, est une habituée des concours et des prix. Au dernier départemental, à Saint-Pierre-de-Chartreuse, l'élevage a remporté le prix famille, et la jument Duchesse Des Soms est sortie première de la catégorie deux ans. Ses sœurs se sont aussi superbement placées. « Le comtois est un cheval facile, bien dans sa tête, qui se dresse sans problème, il peut rester dehors toute l'année, on peut l'atteler et le monter sans problème » : l'éleveur ne manque pas d'éloges pour ce cheval rustique et attachant. « C'est un beau cheval ». Les standards de race précisent sa robe alezan et quelque fois bai, son crin blanc, sa croupe arrondie, son dos tendu, une tête courte, mais pas trop, des membres sains et un déplacement le plus droit possible. « Le stud-book tend à aller vers un cheval plus léger et préconise de ne plus alourdir la race », précise Roger Roux-Fouillet. Pour les concours, les chevaux sont ferrés, ont les sabots cirés en noir et surtout leurs crins sont nattés avec du rafia. Le comportement, le déplacement et le modèle de l'animal, c'est-à-dire son harmonie avec les standards de la race, sont soumis au jugement.
* L'affixe est le nom de l'élevage

 

Au programme :

Dimanche matin au plan de ville de Saint-Pierre-de-Chartreuse :
- casse-croûte des éleveurs
- à partir de 9h30 : concours pouliches 1,2 et 3 ans
- à midi : vin d'honneur
L'après-midi :
- concours juments suitées et non suitées
- prix du championnat en fin d'après-midi.