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Aménagement

Des élus enfin plus raisonnables avec le foncier

Certains élus commencent vraiment à réduire la consommation de foncier à des fins d'urbanisation. Ils se sont exprimés lors d'un débat à la chambre d'agriculture à Grenoble.
 Des élus enfin plus raisonnables avec le foncier

En matière de gestion du foncier, Le changement d'attitude est réel, mais rien n'est encore gagné, si l'on peut en croire les intervenants à la conférence débat organisée par la chambre d'agriculture la semaine dernière à Grenoble.

Changement de message

Serge Gros, directeur du CAUE (1) de l'Isère confirme le revirement : « 500 hectares de terres agricoles partent à l'urbanisation chaque année, souvent sans optimisation, avance-t-il. Mais 40% des PLU (2) récemment refaits ont enlevé au moins 20 hectares à l'urbanisation. Cela induit des efforts particuliers des maires en matière de pédagogie. » L'exemple d'Eydoche, a été rapporté par Florent Parent de l'AURG(3). « Une réduction des espaces à urbaniser a été réalisé entre le POS (4) et le nouveau PLU », indique-t-il. Ainsi de 20 ha réservés à l'urbanisation pour les 20 ans à venir, les élus locaux ont estimé que la commune n'en avait réellement besoin que de cinq.

« Les POS fonctionnaient sur une logique de répartition du foncier, alors que les PLU recherchent plutôt à définir les objectifs de la commune en matière d'organisation de l'espace », explicite-t-il. La différence est de taille. « Mais déclasser des terrains est compliqué politiquement ». Daniel Vitte, président de l'AMI (5) estime que l'on vit « une révolution culturelle, les élus locaux ayant longtemps consommé sans retenue. Mais c'était aussi le reflet d'une demande sociétale. La rupture s'est produite depuis l'an 2000.» Et elle devrait s'accélérer, car car fin observateur de la sociologie des élus locaux, Daniel Vitte remarque qu'à chaque renouvellement municipal, plus du tiers des élus est nouveau (44% en 2014). « Et aujourd'hui, quand on les accueille, on leur dit, attention, le foncier est précieux ! »

Palette d'implantations

Malgré ces réelles avancées, la tâche des collectivités restent délicate dans la gestion à moyen terme de leurs espaces. Angela Prochilo-Dupont, directrice du pôle économique du pays voironnais a fait part des nombreuses problématiques auxquelles a dû faire face sa collectivité. « Devenu communauté d'agglomération en 2000, le pays voironnais a reçu la compétence économique en lieu et place des communes », rappelle-t-elle. Et a hérité d'une multitude de zones d'activité très différentes, de la microscopique à celle de plusieurs centaines d'hectares (Centr'alp 3). Par ailleurs existaient des réserves foncières privées de multinationales qui avaient acheté des terrains autour de leur implantation, constituant un vrai patrimoine immobilier. La communauté a fait du ménage au fil du temps en essayant de trouver un aménagement cohérent. Centr'Alp 3 (280 ha) est ainsi retourné à l'agriculture, cette réserve risquant d'être trop lourde à porter pour la collectivité. « Mais une communauté d'agglomération doit veiller quand même à posséder plusieurs zones d'activités afin d'offrir une palette de possibilités d'implantation à des entreprises candidates », précise Angela Prochilo-Dupont. Ainsi en plus des zones classiques dédiées (industrielles, commerciales, artisanales) le pays voironnais peut proposer une zone d'activité économique mixte en plein centre de Voiron, mêlant habitat, activités commerciales et bureaux. « Avec un tel éventail, nous pouvons répondre à n'importe quelle entreprise intéressée par notre région ». D'autant plus qu'une « concertation intelligente avec des collectivités voisines a pu attirer des entreprises de logistique », faisant référence à la zone de Bièvre Est. Ainsi, la communauté du voironnais a désormais limité ses ambitions d'urbanisation à 140 hectares pour les 50 ans à venir.

« Les PLU consacrent le fait de moins consommer, fait remarquer Gérard Leras, vice-président du conseil régional délégué au foncier. Les Scot sont quelquefois rédigés trop globalement et donnent lieu à des interprétations très différentes. Le seul document qui compte est le PLU parce qu'il va jusqu'à la parcelle, mais la Région est vigilante, car elle donne désormais un avis consultatif sur ces procédures et se prononce défavorablement dans 25% des cas ». Le chemin reste encore long.

Jean-Marc Emprin