Des érables du Japon dans le paysage isérois
Au milieu d'un océan de noyers, une petite île plantée d'érables du Japon. Installée aux confins de Chatte, la pépinière Nova Plants déploie plus de 85 variétés sur 5 000 m2. A l'entrée, un immense noyer - classé - abrite de son ombre tutélaire quelques somptueux spécimens rougeoyants. Sur la droite, la "plateforme" accueille plusieurs variétés dont le feuillage, en ce début d'automne, vire à l'or, à l'oranger ou au rouge vif. Au fond, on devine la serre - gigantesque - les ombrières, la "nurserie", « là où tout commence », et, tout à droite, les « sujets » qui poussent en pleine terre.
Pari sur le local
Joachim Bourne, le maître des lieux, fait le tour des collections avec Jordi, son technicien. « Une perle. » Aussi exigeant et passionné que son patron, le salarié est précieux car il « comprend les besoins de chaque plante ». Les deux hommes sont en train de choisir les arbres qui, dans quelques jours, seront présentés à la Journée des plantes du château de Pupetières. C'est la première fois que Nova Plants va y exposer ses érables. Pour Joachim Bourne, ce salon local revêt une importance stratégique. Très réputée en France et à l'international, la pépinière n'a quasiment aucune visibilité dans le paysage isérois. « Nous sommes plus connus en région parisienne, dans le sud ou en Suisse que chez nous : il faut que l'on réancre la production dans le local, explique le jeune entrepreneur. Nous sommes idéalement situés au cœur d'une des régions les plus riches de France, avec de très jolies bâtisses, un beau pouvoir d'achat. Je ne vois pas pourquoi nous ne parviendrions pas à nous constituer une clientèle locale ! »
Fondée il y a une trentaine d'année, l'entreprise jouit d'une belle notoriété depuis les années 2000. A l'époque, Antoine Bourne, le père de Joachim, lui-même héritier d'une longue tradition familiale (les Bourne sont pépiniéristes depuis 1871...) croise la route d'Erik Borja, le grand maître du jardin zen en France. Il a déjà acquis un savoir-faire en matière de conduite et de taille, qui lui a permis de se spécialiser dans la production d'érables du Japon. Un choix dicté par sa passion plus que par ses ambitions commerciales : ces arbustes au port élégant et aux couleurs flamboyantes sont encore méconnus du grand public et n'intéressent que quelques initiés. Erik Borja ouvre au pépiniériste isérois de nouveaux horizons, de nouvelles portes. Avec, à la clé, des chantiers prestigieux, lucratifs. Tous deux ont en partage une même exigence, un même sens de la perfection. « Mon père ne tolère pas un défaut », confie Joachim Bourne, qui s'entend rappeler, depuis qu'il est tout petit, le même mantra : « La passion est le moteur de la réussite. »
Haut-de-gamme
Les faits lui donnent raison. D'ailleurs, le père a transmis sa passion à son fils qui, après trois ans dans une grande école du paysage en Suisse et un voyage initiatique au Japon, a repris les rênes de Nova Plants en 2015. Dils epuis, le fils poursuit l'œuvre du père, creusant le sillon de l'excellence et développant les produits haut-de-gamme. Il s'inspire pour cela de ce qui se pratique au Japon, mais aussi à Dubaï. Sa règle à lui : pureté, simplicité, élégance, souci du détail.
Côté production, les sujets jugés prometteurs, par leur caractère, leur port ou la couleur de leur feuillage, font l'objet d'un soin attentif, quotidien, mais ils ne seront mis en vente qu'au bout de neuf ou dix ans minimum, après deux cycles de transplantation. Certains sont même élevés et taillés sur mesure pour des clients passionnés qui acceptent d'y mettre le prix (jusqu'à 8 000 euros...). En revanche, les érables qui présentent la moindre imperfection sont impitoyablement mis de côté, en attendant retour à meilleure figure. Il en va de la réputation de Nova Plants. « Il y a 20 ans, personne ne faisait de l'érable du Japon ; aujourd'hui, on en voit partout, même dans les supermarchés, justifie Joachim Bourne. Il faut se distinguer par la qualité. Nos érables sont élevés dans des conditions naturelles, en pleine terre, sans fertilisation chimique. Ils sont plus longs à produire, mais reprennent sans problème chez nos clients. » A condition que ceux-ci respectent la nature de l'arbre : pas question d'installer un érable amateur de fraîcheur dans un jardin méditerranéen. Et inversement. La clientèle, composée essentiellement de particuliers, de paysagistes et de quelques jardineries indépendantes, apprécie cette rigueur. Même si elle génère parfois de la frustation. « Il nous est arrivé de refuser de vendre des sujets parce qu'on n'avait pas envie de les voir crever. Ces érables, ce sont un peu nos bébés », lâche le jeune pépiniériste. Ce qui n'empêche pas Nova Plants de se développer dans une belle harmonie. A l'image de ses érables.
Journées des plantes au château de Pupetières
30 septembre et 1er octobre 2017Pour sa sixième édition, le salon des plantes de Pupetières accueille une soixantaine d'exposants dans le parc du château. Pépiniéristes, horticulteurs, rosiéristes et autres spécialistes du monde végétal présenteront collections et outils, tout en apportant conseils et informations pratiques. A leurs côtés, artisans et artistes vont exposer leurs créations autour du jardin. Projection de films, conférences et animations sont également proposées. L'association des Croqueurs de pommes fera des démonstrations de greffage d'arbres fruitiers et assurera une conférence sur la sauvegarde du patrimoine fruitier local (samedi à 16h). Le collectif Si l'on sème propose quant à lui de découvrir le végétal dans les livres d'enfants (exposition) ainsi qu'une conférence sur l'habitat naturel des insectes jardiniers (samedi et dimanche à 11h).Ouvert de 10h à 18hTarif : 6 euros (gratuit pour les enfants de moins de 12 ans)