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Légumineuses

Des fourragères de pointe

Les prairies temporaires permettent aux exploitations de gagner en autonomie. Le choix des variétés est large, mais certaines tendances et nouveautés se dégagent.
Des fourragères de pointe

« Depuis 2005, on assiste à un regain d'intérêt pour les plantes légumineuses et surtout pour la luzerne, » reconnaît Bruno Perroteau, le spécialiste des plantes fourragères du service agronomie de la coopérative bretonne Terrena. Il s'intéresse particulièrement aux variétés de luzerne présentant les meilleures propriétés pour l'élevage, comme la finesse des tiges, la résistance à la verse ou un bon taux protéique. « En sélection française, on retrouve les meilleurs produits chez RAGT ou Jouffray-Drillaud », note l'agronome.
Le trèfle incarnat, mérite quant à lui d'être redécouvert en raison notamment de sa valeur alimentaire et de sa précocité. « Des sélectionneurs se sont penchés dessus comme Jouffray-Drillaud, Carneau ou Barenbrug », explique le spécialiste en indiquant deux nouveautés : le trèfle vesiculosum et le trèfle squarrosum. « Ces espèces indigènes en France se trouvent dans le Sud ou à la pointe de la Bretagne, c'est-à-dire dans des régions où il ne gèle pas. Elles étaient parfois commercialisées en mélange avec du trèfle incarnat, mais conservaient ce caractère de non résistance au gel. Or, cette année, ces deux variétés ont résisté à des températures de -8° à -9°. Il existe  cependant encore des doutes dans leur utilisation ». Les essais menés en 2014 par Terrena indiquent des valeurs alimentaires contestables, mais des rendements très satisfaisants en matière sèche. Se pose donc une question de digestibilité. « Il faut aller plus loin. Il existe peut-être des variétés qui amélioreraient ces caractéristiques ».

Protéines et digestibilité

Bruno Perroteau délivre quelques conseils : pour conserver une bonne valeur alimentaire aux légumineuses et éviter la trop forte solubilité des protéines, on peut y ajouter des tanins. C'est le but du test qui associe luzerne et lotier cultivés ensemble. Le lotier produit un effet « bypass » sur les protéines, limitant la perte d'énergie. Si les deux espèces s'entendent, il y a donc moyen de limiter la dégradation des protéines sans que le mélange soit moins digestible. L'expérience fonctionne en laboratoire (Inra), elle demande à être confortée sur des lots d'animaux.
Le réseau des agriculteurs sentinelles de la coopérative Terrena met à disposition en 2015 près de 400 micro-parcelles sur lesquelles sont testées plus de 50 variétés de plantes fourragères ou de mélanges. Elle sont récoltées plusieurs fois par an et servent tant à la recherche fondamentale qu'appliquée. L'objectif est d'identifier les meilleures variétés pour l'élevage, comme les derniers trèfles violets ajoutés au catalogue de la coopérative.
« Nous ne préconisons pas de mélange tout prêt mais suggérons une base que l'on peut modifier. En fonction des conduites, les solutions peuvent être différentes », précise Bruno Perroteau. Il rappelle quelques fondamentaux de l'Association française pour la production fourragère (AFPF) concernant la bonne conduite des prairies : au-delà de sept espèces, le mélange n'a plus de sens, hormis en prairie naturelle. « Que reste-t-il au final sur un produit de 10 à 12 espèces vendu 8 à 10 euros le kilo ? », commente-t-il.
Les mélanges simples s'opèreront sur la base d'un ray-grass hybride associé à des trèfles violet et incarnat. « Certains ajouteront du trèfle blanc, poursuit le spécialiste. Il faut savoir observer. Par exemple, la luzerne lupuline aussi appelée minette, pousse naturellement dans les terrains calcaires et on la retrouve dans certains mélanges ». Le label France prairie permet à cet effet de choisir des semences fourragères qui bénéficient « de la garantie d'une qualité variétale et d'une association idéale d'espèces conformes aux exigences du règlement technique établi par l'AFPF. »

Isabelle Doucet