Des génisses prometteuses
« La génétique femelle tend à se développer car elle apporte beaucoup de précision dans la sélection des femelles. On passe d'une sélection empirique à une sélection statistique », explique Guillaume Crépet, technicien Eliacoop de la race prim'hosltein. Plus besoin d'attendre qu'une vache ait dix ans pour bien la connaître. Avec une détection précoce grâce au génotypage, un veau de trois mois donne tous les indicateurs nécessaires. Et sur les prim'hosltein, les critères de longévité sont importants tant ils ont une incidence économique pour l'éleveur, cela couplé bien entendu à la productivité de la bête. « Beaucoup d'éleveurs s'intéressent à la génomique et se lancent dans le génotypage de lots de femelles car cela permet de cibler les accouplements », poursuit le spécialiste. A preuve, cette année, la coopérative spécialisée dans la reproduction bovine et ovine a doublé le nombre de tests de génotypage en prim'holstein, comparé à l'an dernier. « Un jour ou l'autre cette pratique sera vulgarisée », anticipe Guillaume Crépet. Un test revient aujourd'hui à 85 euros par bête. L'intérêt pour les éleveurs est d'associer les différentes technologies disponibles : la semence sexée, le génotypage pour trier les femelles et le croisement pour vendre les veaux. « Il y a en effet un marché pour les femelles », insiste le technicien. Si la pratique de la génomique est aujourd'hui largement admise dans l'élevage laitier, elle est encore en cours d'évolution dans les races à viande.
Très haut niveau
A Saint-Chef, Didier Brechet, éleveur de prim'holstein s'est pris au jeu de la génomique. Il faut dire qu'est née sur son exploitation, l'Earl Les Chatelanes, une génisse baptisée Hazel Cha d'un « très haut niveau génomique », qui la placerait dans les trente meilleures génisses au monde... Avec ses quarante vaches laitières, l'éleveur atteint un quota de 363 000 litres, soit une production moyenne de 9 500 à 9 800 litres par vache. Depuis trois ans, il est collecté par la fruitière Domessin (73). « J'achète peu de semences sexées, il naît environ 55% de génisses sur l'exploitation et je renouvelle 35% du troupeau, je vends donc quelques bêtes en production chaque année, » explique Didier Brechet. Adhérent Elicaoop, il a régulièrement recours aux services d'insémination, d'échographie ou de transplantation embryonnaire. Désireux d'améliorer les critères morphologiques du troupeau, en termes de mamelle et de membres, il s'est intéressé de plus près à la génomique et a signé un contrat évolution avec la coopérative. Cela a commencé par deux génisses génotypées, Hetane Cha et Hazel Cha, cette dernière ayant pris le chemin de la station de donneuses d'embryons de Denguin (64). Dans la foulée, Didier Brechet a fait procéder au génotypage de neuf génisses nées à l'automne, certaines affichant de beaux résultats.
En station
Si Hazel Cha présente un index génomique si intéressant, c'est qu'elle est de belle souche : la famille Dellia « très prisée dans le monde des Holstein », explique le technicien. Sa mère, une femelle issue de la lignée de taureaux Baxter/Man-O-Man et Sudan et cotée à l'index américain Net Merit Mondial, a été achetée dans une vente aux enchères à Saint-Etienne (42). « Hazel Cha a pris exactement ce qu'il fallait », résume Guillaume Crépet. Avec un index synthétique de rentabilité (Isu) s'établissant à 171 points, elle se hisse d'emblée parmi les meilleures. Cellule, longévité, mamelles, production, fertilité, vêlage : la génisse se place au top de tous les critères. Si bien que cette bête a déjà fait l'objet de prélèvements embryonnaires en station. Financièrement, l'éleveur reçoit une prime d'entrée en station de 1 250 euros et 25 euros par embryon produit en station. S'ils sont vendus à l'export, c'est 400 euros net. Après leur séjour en station, les génisses retournent dans leur ferme avec un objectif de gestation à 30 mois.
Isabelle Doucet
Bilan / Mutualiser les gestes de génétique au profit de la performance des animaux.Cap sur la technologie
Si Eliaccop enregistre cette année un déficit de 300 000 euros, c'est un geste tout à fait assumé par son conseil d'administration qui s'apprête, en 2014, à partir sur un deuxième exercice déficitaire. « Nous avons souhaité éviter de répercuter la hausse importante du prix des inséminations », explique le directeur, Hugues Dauzet. Il faut dire que la coopérative a aussi voulu absorber sur ses fonds propres les investissements liés au site de Brindas (69), et cela, dans l'attente de la valorisation de la station de donneuses d'embryons de Ceyzeriat dans l'Ain pilotées par l'Union des coopératives d'élevage Alpes-Rhône, UCEAR/Umotest « Nous avons en effet pour objectif de produire 4 000 embryons par an sur ce site, à raison d'une trentaine d'embryons par génisse, ce qui représente l'accueil de 120 génisses par an », poursuit le directeur. L'assemblée générale de secteur a donné matière à quelques discussions autour de cette station, certains éleveurs préférant voir les génisses grandir et prélevées chez eux plutôt qu'à l'extérieur.La coopérative compte 3 700 adhérents dans les départements de l'Isère, du Rhône, de la Drôme et de l'Ardèche, ainsi que dans une partie du sud de l'Ain. Ses services sont orientés vers la technique avec pour objectif, en mutualisant les gestes de génétique, d'accéder à un retour sur investissement pour l'éleveur en termes de production et de performances des animaux. La coopérative investit régulièrement dans la recherche et le développement par l'intermédiaire de l'Union nationale des coopératives d'élevage et d'insémination animale. « Nous attendons encore des nouveautés dans les années à venir, notamment en matière de santé, qui permettront de répondre à la demande des éleveurs de mieux-vivre. Ce sont par exemple des outils de monitoring, de détection de vêlage, de chaleurs, qui permettent de passer moins de temps auprès des animaux tout en restant opérationnel », explique Hugues Dauzet.
La semence sexée, la génomique, le croissement charolais sont aujourd'hui des thèmes porteurs. « Les éleveurs de prim'holstein se montrent attentifs à l'évolution des technologies », constate le directeur d'Eliaccop. Parmi ses adhérents 88% sont des éleveurs de races laitières et 12% de races allaitantes, un segment à développer sur le volet insémination.ID
Eliacoop recrute
La coopérative recrute des inséminateurs dans le cadre de son groupement d'employeurs et pour les départements de la Drôme et de l'Ardèche.