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Cultures

Des idées à prendre au Canada

SEMIS DIRECT/Réseau d'agriculteurs visant la promotion du semis direct et les échanges d'expériences de non labour, Base Sud-Est a élargi son cadre de réflexion en recevant, le 8 février à Beaucroissant et Charnècles, le chercheur canadien Guy Lafond, spécialiste des prairies semi-arides de l'Ouest canadien, ainsi que cinq Suisses intéressés par la démarche.
Des idées à prendre au Canada
Un groupe d'agriculteurs adeptes du semis direct et membres du réseau Base Sud-Est a récemment reçu, à Beaucroissant et Charnècles, un chercheur canadien spécialiste de cette technique culturale.
Guy Lafond travaille pour le centre de recherches sur l'agriculture des prairies semi-arides, à Indian Head, dans l'Etat du Saskatchewan, un secteur où l'on ne connaît pas les couverts végétaux, car le sol est couvert d'une épaisse couche de neige au moins six mois par an. « Les agriculteurs ne disposent que de quatre mois pour mener leurs récoltes à bien. Et comme les surfaces sont immenses par rapport à la France, ils doivent aller très vite, a détaillé le scientifique. C'est pourquoi nous nous sommes intéressés au semis direct depuis plusieurs décennies et semons très large, jusqu'à 35 ou 40 centimètres d'écartement. Cela ne pose pas de problème d'enherbement du moment que la fertilisation est ciblée là où l'on a planté et cela nous permet de garder des pailles très hautes pour conserver un maximum d'eau. Nos terres sont argileuses et du fait des gels et dégels répétés, elles sont très fines. Malgré tout, au printemps dernier, quand le vent a soufflé à 90 km/heure pendant toute une journée, le sol n'a pas bougé. C'est le résultat du travail agronomique mené de longue date, mais je ne sais pas s'il serait transposable ici, car ce n'est que mon deuxième séjour en France et je ne connais pas suffisamment votre région ».
Malgré le grand écart qui sépare l'agriculture des grandes prairies canadiennes et celle du Dauphiné, pour Alain Seznec, l'ingénieur agronome qui anime le réseau Base Sud-Est, les agriculteurs de la région pourraient s'inspirer de ces techniques, à commencer par les façons d'économiser l'eau mises au point par les Canadiens. Cet ancien de la Banque mondiale et de l'Agence française de développement signale aussi les travaux de Guy Lafond « sur les successions culturales les plus aptes à optimiser la productivité de l'écosystème, les techniques de semis, la fertilisation localisée et la gestion des chaumes ».
Echanges franco-helvético-canadiens
Les terrains légers qu'exploite Daniel Budillon-Rabatel à Charnècles ont permis d'illustrer les problématiques rencontrées localement. « Cultiver des céréales après des vignes et des fruits s'avère particulièrement complexe, car la présence de cuivre dans le sol bloque la vie organique et qu'il reste peu de terre », a souligné l'agriculteur.
Le même problème se pose chez Max Gros-Balthazar, à Beaucroissant. « Tant que je labourais, jusqu'au début des années 2000, j'avais peu de sol, environ quinze centimètres de terre rouge, puis du tout venant. Sur une de mes parcelles en semis direct depuis 2003, j'ai pu me permettre, lors de la dernière campagne, de semer du soja, car j'ai plus de terre qu'avant et mes rendements sont restés les mêmes depuis que je ne laboure plus, alors que mes charges de mécanisation ont baissé, a lancé cet éleveur bovin laitier. Concernant l'eau, il est vrai que nous avons de plus en plus de périodes de deux à trois mois sans précipitation. Mais la pluviométrie reste comprise entre 800 et 1 200 millimètres annuels en moyenne. Même en été, les coups de chaleur nous posent plus de problèmes que le manque d'eau ».
Les quatre agriculteurs suisses qui ont fait le déplacement avec un technicien ont, quant à eux, témoigné de leurs obligation de planter 400 plants par mètre carré en moyenne, contre 300 à 350 en Isère. Eux aussi étaient donc preneurs de nouvelles idées pour améliorer leur productivité.
Du semis direct au problème de la préservation du foncier
A l'issue de ce tour de plaine, et avant de présenter ses travaux devant une cinquantaine d'auditeurs, dont quinze élèves de BTS Technologies végétales du lycée de La Côte-Saint-André, Guy Lafond a donné un tour plus politique aux échanges en remarquant simplement : « Le plus grand problème que je vois ici, c'est que vous vous faites coincer par l'urbanisation. Or, le point de départ de ma présentation, c'est que nous ne disposons plus que de 0,22 hectare de terres arables par personne aujourd'hui sur Terre ». Il va donc falloir les gérer encore mieux, mais aussi les défendre. « Je vais perdre quatorze hectares destinés à l'aménagement du pôle logistique du parc d'activités Bièvre-Dauphine aménagé par la communauté de communes Bièvre Est », a signalé Max Gros-Balthazar pour souligner l'ampleur du défi à relever.
Cécile Fandos