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VOIRONNAIS / BIODIVERSITE

Des intercultures… qui nourrissent les abeilles

Les abeilles sont victimes de surmortalité et leur disparition met en péril la biodiversité en milieu rural et périurbain. Un projet de coopération transnational pour les protéger, a été lancé par le Pays Voironnais. Les traitements agricoles, font, entre autres, partis du problème et l'intérêt de ce projet, est de trouver également des solutions en partenariat avec des agriculteurs.
Des intercultures… qui nourrissent les abeilles
« Une première action avait commencé il y a quatre ans, explique Frédéric Delattre, chargé des affaires agricoles au Pays Voironnais, avec des tests sur des jachères fleuries, utiles pour les apiculteurs et avec un intérêt paysager. Mais ils avaient eu un impact limité ». « Dernièrement, élus et apiculteurs ont alerté la communauté d'agglomération du pays voironnais (CAPV) face au problème grandissant des abeilles, mais il y a six mois, le projet de protection des abeilles a été relancé dans le cadre du dispositif européen LEADER, soit liaison entre les actions de développement de l'économie rurale ». « L'action menée est à la fois locale, avec un groupe de travail réunissant des acteurs locaux (apiculteurs, collectivités et agriculteurs) et à la fois internationale, avec une action de coopération au sein d'un réseau de territoires européens », informe Aude Villard, qui a piloté l'opération. Trois axes sont ciblés : lutter contre l'intoxication des abeilles, augmenter leurs ressources notamment en plantes mellifères et soutenir les apiculteurs, tout en sensibilisant la population. Cet aspect a été développé via la création des ruches de proximité, « Bee-Pass », réalisées par Gérard et Hubert Passemard (secteur apicole) grâce à des subventions du programme. Elles permettent de réintroduire les abeilles en zones périurbaines et d'observer leur fonctionnement. Une démarche avec une vraie dimension pédagogique. Installées sur les toits de la mairie de Tullins et du siège du CAPV, ces ruches sont le bon exemple de ce que peuvent faire les collectivités… Pour Roland Revil, maire de Voiron et vice-président du pôle économie du Pays Voironnais : « C'est positif qu'une ville s'occupe aussi de problématiques agricoles, une ouverture nécessaire ».
« Réfléchir aux apports agronomiques »
Au programme de la coopération avec d'autres territoires : tests de pratiques et échanges de savoirs… Le 20 septembre dernier, à Tullins, une quinzaine de personnes, venues du Danemark, de Finlande, d'Allemagne, du Pays de Galles ou de Slovaquie se sont donc rencontrées et ont, entre autres, visité les parcelles à plantes mellifères où Jean-Pierre Durand, agriculteur à la retraite et passionné d'agronomie, poursuit ses expérimentations... « Soucieux des questions environnementales, je pense que chacun doit jouer un rôle. D'autant que l'agriculture est souvent mise à l'index, alors j'essaye de trouver des solutions. Je mène des recherches sur les intercultures depuis quelques années, en partenariat avec des semenciers. J'aimerai que l'obligation de planter un couvert végétal, faite aux agriculteurs des zones sensibles à la pollution par les nitrates, ne soit pas prise comme un pensum par la profession, mais comme une occasion de réfléchir aux apports agronomiques possibles… ».
« L'orge a été récolté en juillet, et en attendant les semi de maïs, en avril, pendant ces huit mois, le sol est planté d'intercultures. Elles pompent les reliquats azotés de la culture de l'orge », a expliqué face aux délégations étrangères, Jean-Pierre Durand, déjà à l'origine du projet NO 3, luttant contre les pollutions aux nitrates dans les années 1980. « Ces cultures captent l'azote restante dans le sol et les légumineuses celle de l'atmosphère et elles le rétrocède à la terre au moment de la prochaine culture, via l'humus », poursuit-il. « Et si l'on choisit des espèces qui fleurissent, c'est également une manne de nourriture pour les abeilles à ce moment de l'année, qui complète très efficacement les apports donnés par l'apiculteur ». Elles peuvent butiner jusqu'à fin octobre, et ce pollen, non traité de surcroît, permet à la reine une ponte d'arrière-saison plus abondante. Ce qui donne alors à la ruche des chances de survie hivernale plus importante ! « Si l'aide aux apiculteurs n'est pas le premier intérêt, cela peut être une conséquence des choix raisonnés de l'agriculteur ». Jean-Paul Léonard, apiculteur amateur, témoigne : « Il y a une vingtaine d'années, la mortalité moyenne des abeilles, en colonie sédentaire, était de 10% au début de l'hiver, tandis qu'elle atteint désormais 20 à 25 %. Depuis que mes ruches bénéficient de la proximité de la parcelle test, la mortalité est revenue à 10% ! »
Des aides incitatives ?
Jean-Pierre Durand teste différentes espèces afin de déterminées celles qui sont le mieux adaptées à l'interculture, en analysant ensuite la fertilité du sol et l'azote récupéré. « C'est un calcul : le labour est coûteux, si le semis direct ou simplifié de cultures intercalaires l'évite et qu'en plus la fumure azotée à répandre sur la prochaine culture est moindre, c'est intéressant », au niveau environnemental, agronomique et économique. « Une démarche rare mais de plus en plus nécessaire, explique Thierry Loeb, technicien de l'ADAYG (association pour le développement de l'Y grenoblois), puisque la crise de la chrysomèle par exemple, a démontré aux agriculteurs qu'il fallait rompre la monoculture ». Parmi les variétés qui peuvent être utilisées en interculture, « certaines, comme la moutarde, la vesce, la phacélie et le sarrasin, sont potentiellement intéressantes aussi pour les abeilles », précise Thierry Loeb. « Mais le choix des agriculteurs se fait en général sur des critères de coûts des semences, d'amélioration du sol… Alors pour que les intercultures aient un impact positif sur l'apiculture, il faudrait un volet règlementaire et un volet d'aides financières incitatives ». « Des aides pourraient fonctionner », confirme Jean-Pierre Durand, mais il explique que les choix des intercultures vont de plus en plus vers des mélanges composés de différentes espèces. « Si une culture simple, avec une ou deux graminées (avoine et/ou seigle) remplit la mission du couvert végétal, l'enrichissement du sol est plus intéressant avec à la fois des graminées, des plantes crucifères (radis, radis asiatique, moutarde par exemple) et des légumineuses (trèfle d'Alexandrie, jesse…) ». Les couverts végétaux, déjà utilisés par les éleveurs pour des compléments fourragers, sont « une façon de retrouver les réflexes agronomiques, bases de notre profession… » Et en permettant la biodiversité, un bon moyen de préserver les insectes pollinisateurs…

Ingrid Blanquer

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SURTITRE
Insectes pollinisateurs : nécessité pour les arboriculteurs

CHAPEAU

Pour polliniser leurs cultures, les arboriculteurs font désormais appel à des colonies d'abeilles ou de bourdons le temps de la floraison de leurs variétés, puisque le nombre d'insectes pollinisateurs naturellement présents dans la nature ne suffit plus.
Une étude de la chambre régionale d'agriculture a interrogé 60 arboriculteurs répartis dans les trois grands bassins de production de fruits en Rhône-Alpes (Rhône-Loire ; Drôme-Isère-Ardèche ; Savoie-Haute-Savoie) et 35 apiculteurs. Si 92% des arboriculteurs considèrent que la pollinisation est un facteur très important sur une exploitation arboricole et 60% d'entre eux ont déjà rencontrés des problèmes de mauvaise pollinisation, seuls 46 % recourent à des insectes pollinisateurs extérieurs. Il s'agit surtout des producteurs d'abricots et de kiwis. Des besoins auxquels répondent, pour les premiers, 76 % des apiculteurs pollinisateurs, car l'abricotier, espèce précoce (février-mars), leur permet d'amorcer la saison sans trop empiéter sur leurs travaux d'élevage ou de production de miel et 48% des apiculteurs interrogés interviennent sur les kiwis, dont la floraison a lieu mai-juin.
Risques d'intoxication via les traitements phytosanitaires
La pollinisation, activité qui demande une réelle technicité, est très pratiquée par les plus jeunes apiculteurs mais ceux qui ont plus de 10 ans de métier, souhaitent souvent arrêter cette pratique, jugée difficile, peu rémunératrice, risquée en terme d'intoxication pour les abeilles et pas sans effet sur la production de miel. Pourtant l'enquête dévoile que les arboriculteurs sont plus sensibles aux précautions à prendre vis-à-vis des traitements phytosanitaires en présence d'abeilles. En tout cas, de part et d'autre, il y a une volonté d'être mieux informé sur les enjeux, les atouts et les risques de la pollinisation.

IB
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