Des investissements au service de la qualité
Un parcours du combattant. C'est ainsi qu'il est possible de qualifier l'itinéraire que suit la noix de Grenoble entre le moment où, arrivée à maturité, elle tombe du noyer et celui où le consommateur peut la retrouver ensachée dans les étals. Un parcours commencé chez les nuciculteurs et terminé chez les metteurs en marché, ainsi réalisé pour optimiser sa qualité, qui s'est grandement améliorée ces dernières années.
La récolte varie d'une année à l'autre, selon les conditions climatiques qui jouent un rôle très important pour faciliter, ou complexifier, la tâche des nuciculteurs, mais la procédure est toujours la même. « Quand elles sont mûres (et après que la date de début de récolte a été fixée par la commission maturité de l'AOP Noix de Grenoble), nous effectuons, avec la ramasseuse, deux, trois, ou quatre passages (selon qu'il fasse beau ou qu'il pleuve), au fûr et à mesure qu'elles tombent naturellement, de façon à ce qu'elles restent le moins longtemps possible par terre. Dans tous les cas, elles ne doivent jamais rester plus de trois jours au sol. Et en fin de récolte, nous secouons les noyers pour qu'il n'en reste plus aucune », explique Michel Blain, nuciculteur à Beaulieu. « Emmenées dans la foulée à l'exploitation, elles passent dans une station de lavage, constituée d'un séparateur de branches, d'un bac à pierre et d'une laveuse (un cylindre de trois à quatre mètres de long qui tourne et qui est arrosé d'eau). Une fois cela terminé, nous procédons à un premier triage grossier, qui permet d'enlever la plus grosse partie des mauvaises et le reliquat des bois. Elles sont ensuite évacuées par des tapis dans des séchoirs artificiels, fonctionnant au gaz ou grâce à des chaudières à bois déchiqueté. Elles y restent deux à quatre jours (selon le taux d'humidité), puis elles repartent sur d'autres tapis, passent dans un séparateur (qui souffle de l'air dans un canal vers le haut permettant d'enlever les coquilles vides, non visibles à l'œil), parfois dans une calibreuse (qui trie les noix selon leur grosseur) et sont à nouveau triées, de façon plus fine, pour enlever toutes les noix non commercialisables, les mauvaises et les très petites », poursuit le nuciculteur. Pour le professionnel, « cette rapidité à ramasser, laver et sécher la noix est déterminante, c'est la clé de la réussite ».
Sur-équipé
En 2015, la récolte de noix n'a donc plus rien à voir avec celle qui était faite il y a encore 30 ans, où les fruits à coque étaient ramassés à la main, puis séchés durant trois à quatre semaines sur les séchoirs à air libre, caractéristiques des fermes du sud-Grésivaudan. Cela fait une vingtaine d'années que cette révolution s'est amorcée. Mais elle n'est pas terminée. Si, aujourd'hui, toutes les noix sont récoltées à l'aide de ramasseuses, les nuciculteurs de la zone d'appellation « Noix de Grenoble » continuent de s'équiper. Petit à petit, car les investissements sont onéreux. Très onéreux. Il faut compter entre 80 à 130 000 euros pour une ramasseuse à noix, entre 10 000 et 25 000 euros pour une secoueuse, environ 12 000 euros pour une laveuse simple, 2 500 euros pour un séparateur de noix sèches et entre 3 500 et 10 000 euros pour un séchoir à gaz, sans compter les nombreux tapis et autres installations nécéssaires au fonctionnement de l'ensemble de la station. Mais ils sont indispensables pour parvenir à récolter la noix dans les meilleures conditions y compris les années durant lesquelles la météo est capricieuse. Car, de l'avis général, « les années ensoleillées, il n'est pas difficile de récolter une noix de qualité, mais les années pluvieuses, c'est une autre paire de manches. « Et pour bien faire, il convient même d'être suréquipé, pour ne pas perdre de temps, et éviter que la qualité de la noix ne se détériore », précise Arnaud Rivière, responsable qualité au sein des établissements Rivière à Vinay.
Grille qualité
Chez les metteurs en marché, les noix poursuivent leur chemin. Et là aussi, la mécanisation a modifié les pratiques. Elles sont calibrées, passées dans un séparateur, à nouveau triées, pour être ensuite conditionnées, et, enfin, expédiées. A leur entrée en station, des échantillons de noix sont prélevés pour connaître les calibres et le taux de déchets des noix, qui serviront à constituer le prix définitif du produit. A Coopenoix à Vinay, une politique d'agréage visant à payer les producteurs à la qualité a été mise en place. « Cette grille de qualité qui repose sur des critères de taux de déchet, de taux de cerneaux blancs et de couleur de coquille ne vise pas à sanctionner les nuciculteurs mais au contraire à les inciter à poursuivre leurs efforts », précise Marc Giraud, directeur de Coopenoix. Différentes primes (qualité, apport précoce, AOC, Global Gap, adhérent, stockage) viennent ainsi s'ajouter au prix initial, basé sur les calibres. Ces efforts de technicité ont payé car, depuis quelques années, la noix de Grenoble et ses comparses, tirées vers le haut avec elle, se trouvent bien valorisées. Mais c'est une nécessité pour financer ces équipements. Selon Arnaud Rivière, « cela correspond à un travail de filière au sein de laquelle tous les maillons sont importants (producteurs et metteurs en marché, mais aussi fabricants de machines agricoles et station expérimentale) pour sans cesse améliorer la qualité. Les nuciculteurs font ce qu'il faut : ils profitent de ces belles années pour investir et se former », estime Arnaud Rivière.