Des maires solidaires face au loup
Ils étaient venus de nombreux endroits : Savoie, Hautes-Alpes, Pyrénées orientales, Alpes Maritimes, Drôme mais aussi bien sûr d'Isère et notamment du Trièves, du Vercors. Les maires ou présidents de communauté de communes figurant dans les 33 départements français qui connaissent la présence du loup étaient là, à Chichilianne, trop tristement connue cette année pour le nombre d'attaques de loups dans la commune (six au 16 juin).
Pro équilibre
Mercredi 15 juin, l'Union pour la sauvegarde des activités pastorales et rurales (USAPR) avait donné rendez-vous à tous les élus qui le souhaitaient pour entériner son fonctionnement (elle a été officiellement créée en décembre 2015) et commencer à faire des propositions. Car c'est une vraie solidarité d'élus locaux que l'association veut faire jouer. « Lorsqu'on se prend des attaques de loup en pleine poire, alors que l'on vient d'être fraîchement élu, on doit répondre à des tas de questions », explique Pierre-Yves Bonnivard, président de l'association et jeune maire de Saint-Colomban-des-Villard (Savoie). Et le porte-parole d'insister : « nous ne sommes pas anti (loup) mais pro (équilibre) ». Objectif : trouver le bon compromis entre la présence tolérable du loup et les activités économiques et touristiques. Yann Souriau, maire de Chichilianne, estime que « les retombées sur le tourisme commencent à se faire sentir, des clients annulant des séjours prévus de longue date ». Lorsque l'on est maire d'une petite commune de quelques centaines d'habitants, l'impact peut être rude. Alors par son existence, l'USAPR « ne veut plus laisser le champ libre aux environnementalistes (radicaux) ».
Désemparés
Les élus se sentent désemparés car, responsables de tout sur une commune, ils n'ont pas forcément les moyens de répondre, ou alors de le faire en limite de la légalité, comme l'avoue Yann Souriau. « On reçoit aussi de nombreuses pressions quand on veut porter le sujet sur la place publique pour faire avancer les choses. L'un craint pour les activités économiques locales si l'on fait trop de tapage, l'autre a peur que des zadistes ne viennent envahir les lieux, tandis que d'autres encore voudraient éviter d'attirer l'attention... » Même l'administration départementale semblait ne pas voir tout ce raffut d'un bon œil. Alors les maires, toujours sur le front, ne veulent plus s'en laisser conter et veulent peser, en nombre et en poids politique, dans le débat. « Il y a eu une consultation publique sur internet au début de l'année, mais on aura toujours tort avec ce système, car le nombre de personnes consultées dépassent largement le nombre de personnes concernées... Nous avons donc besoin de solidarité entre les communes impliquées ». Une évolution se produit peu à peu. Alors qu'il y a dix ans, le maire qui voulait dénoncer tous ces risques économiques, de sécurité publique, se voyait traiter de farfelu, aujourd'hui, c'est moins le cas. Deux raisons à cela : non seulement le loup n'est plus seulement cantonné aux montagnes et descend dans les plaines, mais il se rapproche également des maisons. « J'ai eu une attaque sous les fenêtres de la maison, la nuit » rapporte une éleveuse drômoise. Mais les choses vont trop lentement.
Propositions nationales
« Nous allons porter plusieurs propositions au niveau national, explique P.Y. Bonnivard. Une brigade de 10 agents a été créée en septembre 2015 pour effectuer les prélèvements autorisés par le ministère. Ils sont très efficaces. Nous allons demander le détachement d'au moins quatre d'entre eux dans le secteur pour venir réguler le loup ». L'association voudrait également obtenir la certitude de la pérennité de cette équipe en renforçant son statut et les budgets publics consacrés.
Il y aurait également une querelle de chiffres dans le décompte de loups présents sur le territoire français. Officiellement, il y en aurait autour de 300, mais il pourrait y en avoir le double selon les acteurs de terrain. « Nous voulons créer une plateforme d'échanges sur internet permettant de collecter des données et des observations » explique le président de l'association. Autre revendication : « un plus grand contrôle des obligations des parcs à loup comme celui de Lozère, avec des puçages obligatoires » afin d'éviter la présence d'animaux non référencés. Enfin, la mise en place de chiens créancés pour chasser le loup. « Des éleveurs canins sont prêts à en dresser si on leur demande » commente Pierre-Yves Bonnivard.
Jean-Marc Emprin
Parole de terrain
Densité de loups plus forte
« On sent nettement une plus forte pression que d'habitude, reconnaissent Fanny Christophe et François Monge, responsables ovins drômois, présents à la réunion de Chichilianne. Les attaques ont démarré plus tôt dans la saison, dans les vallées, pas en transhumance puisqu'elle n'a pas commencé. Elles ont lieu près des habitations, d'où un stress supplémentaire. Il y a davantage de blessés et de jeunes attaqués. Cela tendrait à prouver qu'il y a certainement des louveteaux qui s'essayent sur les petits. Quand la transhumance va démarrer, le problème va se déplacer, mais la densité de loups ayant vraisemblablement augmenté, les sédentaires ne vont pas rester à l'écart d'attaques. »
JME
Initiative du Royans
Bernard Perazio, conseiller départemental de l'Isère, a informé les élus présents à Chichilianne que les maires du Royans ont décidé de réagir et de ne plus interpeller les ministres de l'Agriculture ou celui de l'Environnement, mais celui de l'Intérieur en s'appuyant sur des raisons de sécurité publique, celle dont ils sont les garants localement. Un arrêté municipal type, étudié par des juristes à l'heure actuelle, va être proposé aux communes autorisant le maire à ordonner des mesures de prélèvement afin de faire cesser les attaques sur le territoire communal. Hormis l'origine de la demande, le cadre d'intervention serait analogue en terme aux dispositifs actuels prévus (tir de défense) afin de conserver un niveau de sécurité maximal lors des interventions.