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Serge Papagalli

Des notes d'espoir pour l'agriculture locale

Au terme de presque quarante ans de carrière, le comédien, metteur en scène, auteur de pièces de théâtre, mais aussi, désormais, réalisateur Serge Papagalli ne craint plus que son image reste définitivement attachée à celle d'un paysan dauphinois luttant pour sa survie du haut de ses sept hectares en pente. Il s'affiche dans la peau de son personnage fétiche, Aimé Maudru, dans une nouvelle pièce depuis l'automne dernier et, à partir du 16 février, dans un long métrage.
Des notes d'espoir pour l'agriculture locale
Vous venez de présenter le long métrage « Mais où il va le monde » (mettant en scène la fameuse famille Maudru) au festival international du film de comédie de l'Alpe-d'Huez, avant sa sortie en salles, le 16 février en Rhône-Alpes et le 23 à l'échelle nationale. Cette première incursion de l'autre côté de la caméra fait-elle écho à la crise agricole actuelle ?
Oui, mais on m'a proposé de réaliser ce film en avril 2009 et j'ai accepté trois mois plus tard, en juillet, donc avant l'éclatement de la crise du lait. Et mon premier spectacle avec les Maudru, « Le Dauphinois libéré », remonte à quinze ans. Donc le problème des petits paysans me tient à coeur, car je suis très attaché à ces agriculteurs qui nourrissaient la France après-guerre et essaient aujourd'hui de se nourrir eux, preuve que les choses ont bien changé. L'intention du film, qui est d'évoquer les problèmes de survie de ce que j'appelle « les petits paysans », ceux qui vivaient avec sept hectares en autarcie après-guerre et ont aujourd'hui de graves difficultés avec vingt hectares, est donc antérieure à sa réalisation. Mais elle est plus que jamais d'actualité quand on voit par exemple le nombre de suicides dans le monde paysan, dont on ne parle pas assez.
Vous avez des origines matheysines et les aventures de la famille Maudru reflètent une partie de votre identité. Mais vous décrivez par ailleurs ces créations comme votre « testament ethnologique ». En imaginant ces situations, vous dites ce que vous avez dans les tripes ou vous témoignez de ce que vous observez ?
Mon côté ethnologue, c'est de l'humour pur. C'est pour rigoler que je parle d'« ethnologie rurale ». Mais mon métier est d'observer mes semblables, qu'ils soient paysans ou autre chose. C'est une forme de comportement ethnologique, mais je n'ai pas la prétention de les étudier. Je les observe et, ce faisant, je m'observe moi-même, car une partie de ma famille était paysanne.
Mon père était italien et pas paysan, mais du côté de ma mère et de ma femme, on était agriculteurs. Les noms des personnages de mes spectacles sont d'ailleurs ceux de membres de ma famille. C'est comme ça que je suis au courant des réalités agricoles. De toute façon, je pense qu'il faut s'intéresser au monde qui nous entoure. Moi, je suis une éponge ! Quand je parle avec des paysans dans certaines salles rurales où on va jouer, je suis dans le monde paysan.

Avec ce film et une troisième pièce sur les Maudru, « On va tâcher moyen », en tournée depuis l'automne dernier, les aventures successives de la famille témoignent des évolutions de l'agriculture locale : son intégration dans une économie mondialisée, mais aussi l'essor de l'agritourisme et l'émergence du bio. Quelles sont, pour vous, ses perspectives d'avenir ?
Dans un siècle de « mondialisation qui devient mondiale », comme dit le père, Aimé, c'est évident qu'on ne peut plus dire : « On fait notre petite ferme sur dix hectares ». Certains ne pourront pas survivre. Mais à la fin de la pièce comme dans le film, il y a une note d'espoir. Le père, qui ne veut pas changer, cède enfin. Il n'y aurait plus d'intérêt si on enlève l'espoir. L'oncle de ma femme, qui vient de mourir, sa grande fierté, c'était ne jamais être allé à l'usine. Aujourd'hui, les jeunes qui se tournent vers ce métier, je pense que ça va être difficile pour eux s'ils n'ont pas l'intelligence de s'ouvrir sur le tourisme, le bio... Car il n'est plus possible de vivre en autarcie quasi totale en vendant un peu lait et de fromage. J'ai beaucoup de tendresse pour ces paysans à l'ancienne. Mais on ne peut pas dire à un jeune : « T'as dix hectares, vas-y, fais un hectare de patates, un hectare de vin, tu pourras vivre sur ta petite ferme ». Non, il va falloir qu'il se documente, qu'il tienne compte de nombreux éléments, qu'ils respecte de nombreuses normes. Ou alors il rêve, comme nous dans les années 1970, quand j'avais commencé des études vétérinaires pour partir élever des moutons en Ardèche.
Vous avez créé « On va tâcher moyen » seulement quatre ans après « On est pas des quand même », alors que neuf années séparent cette dernière pièce de la première création mettant en scène les Maudru, « Le Dauphinois libéré ». Qu'est-ce qui explique ce rapprochement des créations sur la paysannerie dauphinoise alors que vous continuez à aborder des sujets divers ?
C'est vrai qu'il y a une effervescence rurale en ce moment, surtout avec la sortie du film alors que la tournée est en route. J'aurais mieux aimé ne pas faire les deux en même temps.
Surtout qu'au début, je m'étais fixé de faire ça tous les dix ans, pas plus, pour que mon image ne soit pas acoquinée uniquement à la paysannerie dauphinoise, ce qui est déjà le cas pour pas mal de monde, car j'ai plus la tête d'un paysan que d'Hamlet... Mais ce n'est pas grave, car j'ai fait plein d'autres choses. Mon métier d'acteur est de passer de l'une à l'autre.
Maintenant, j'en suis à ma quarantième année de théâtre. Donc si je fais ça tous les dix ans, je ne pourrai plus faire quatre pièces avec les Maudru. Il y a ce petit problème là.
De plus, le succès de ces spectacles, au lieu d'aller décroissant, va croissant. Je pourrais très bien faire des solos pour jouer devant des salles de 800 places. Mais il y a des personnes qui y viennent, à ces spectacles sur le monde agricole. Alors qu'ils n'allaient pas les voir. Avec ma maturité, je commence à m'en fiche un peu de ce que les gens pensent. Et puis ça me fait plaisir de retrouver la famille que j'ai créée. Ces comédiens sont des gens que j'aime et qui m'aiment. Arrivé à une certaine époque de sa vie, ça compte. Je retrouve aussi mes racines et le bleu de chauffe me sied à ravir je trouve !

Comment allez-vous fêter vos quarante ans de carrière à l'automne ?
Pour les vingt ans de théâtre, nous avions organisé deux jours de festivités au Summum de Grenoble. Là, je sors d'une pièce et d'un film. Je suis un peu fatigué. Et puis j'ai vingt ans de plus ! Nous allons donc simplement faire une création dans l'ancienne salle des fêtes du Pont-de-Claix, où j'ai joué en 1971. Nous allons y jouer tous les vendredi et samedi des mois de novembre et décembre une pièce que je suis en train d'écrire : « Salle défaite », sur le théâtre, histoire de faire un clin d'oeil à tous mes amis metteurs en scène, comédiens, etc. Par le filtre d'un metteur en scène qui peine à mettre ses idées en ordre, on se demande ce qu'est le théâtre, s'il va survivre à ce monde... Sur ce fond social, je veux parler des rêves, que tous les gens ont, mais que la plupart du temps on n'a pas les moyens de réaliser. Je veux parler de la quête du bonheur. De l'importance de l'argent dans le monde dans lequel nous vivons, qui est, je crois, trop forte, et de l'amour, de l'envie d'être aimé et de dire aux autres qu'on les aime.
Propos recueillis par Cécile Fandos
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« On va tâcher moyen »
Les dates de la tournée
Les 4 et 5 février à L'agora à Saint-Ismier : complet. Séance supplémentaire le 6 février. Réservations au 04 76 52 37 37.
Les 11 et 12 février à La Bâtie-Montgascon. Réservations à la boulangerie Milano, à la pharmacie de la soie ou à l'office de tourisme des Abrets.
Les 18, 19 et 20 février à La Vence Scène de Saint-Egrève : complet.
Les 24, 25 et 26 février au théâtre en rond de Sassenage : complet.
Le 2 mars à L'Amphibia du Mont de Lans. Réservations au 04 76 79 62 62.
Les 4 et 5 mars à Voreppe. Réservations au bureau MMA, à l'institut Ludivine, au bouquiniste Locatelli, au tabac des Platanes du Chevallon de Voreppe et au tabac presse Gaillard du Fontanil.
Les 18 et 19 mars à Tullins. Réservations au 04 76 07 04 78.
Les 25 et 26 mars à Champ-sur-Drac. Réservations au 04 76 68 88 57.
Le 1er avril au Cheylas. Réservations au 04 76 71 71 90.
Le 2 avril à Chanas. Réservations au 06 70 40 23 21.
Le 8 avril au Médian de Saint-Quentin-Fallavier. Réservations au 04 26 38 40 26.
Le 9 avril à Morestel. Réservations auprès des offices de tourisme des Avenières (04 74 33 66 22) et de Morestel (04 74 80 19 59).
Les 15 et 16 avril à L'Escapade de Domène. Réservations au 04 76 77 51 00.
Du 19 au 23 avril à La Claretière du Fontanil. Réservations au 04 76 56 56 56
Les 28 et 29 avril à la salle du jeu de Paume à Vizille. Réservations au 04 76 78 86 34. Le 19 est déjà complet.
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