Des patrons isérois pragmatiques
Pierre Gattaz en est persuadé : « On peut faire 2 à 3% de croissance en France ». C'est le message qu'il est venu adresser au quelque 350 dirigeants d'entreprises lors de l'assemblée générale du Medef Isère, qui s'est déroulée le 14 juin dernier dans les nouveaux locaux de la FBTP à Grenoble. Le président du Medef a des attaches fortes en Isère en tant que président de la société Radiall. L'entreprise de connectique possède en effet deux sites dans le département : à Voreppe et à Saint-Quentin-Fallavier. Et c'est un discours totalement décomplexé qu'il a adressé aux patrons isérois, d'autant que l'industriel a fait savoir qu'il ne renouvellerait pas son mandat à la tête du Medef, pour lequel il avait été élu la première fois en 2013.
Pour l'apprentissage
La croissance et l'emploi, Pierre Gattaz y croit ferme, à condition de générer de la compétitivité et des marges en abaissant la pression fiscale sur les entreprises. Il milite aussi pour la simplication administrative. « Nous sommes assaillis de demandes de la part de l'administration et dans une petite boîte, c'est l'enfer », déclare-t-il. Les autres ingrédients sont la confiance des entepreneurs, la compétence et la formation. Durant tout son mandat, Pierre Gattaz s'est fait le chantre de la réforme de l'apprentissage. En tous points, l'Allemagne est son modèle. Un pays qui compte 1,2 million d'apprentis contre « seulement » 400 000 en France. Le système mérite donc d'être « boosté » car « ce sont des enfants qui intègrent vite les codes de l'entreprise ». Rappelons que le projet de loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » vise à une transformation du paysage de la formation professionnelle et de l’apprentissage. Il devrait commencer sa navette parlementaire cet été. Il a aussi été largement question du projet de loi Pacte ou Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises, destiné à favoriser l'innovation, la croissance et la création d'emploi dans les entreprises. Il est présenté ces jours-ci en conseil des ministres.
Le patron des patrons martèle qu'il n'est « ni de gauche, ni de droite ». Mais il a les yeux de Chimène pour l'actuel président de la République, « un président pro business » qui s'inscrit dans un mouvement de réformes. Il salue « le pragmatisme économique » d'Emmanuel Macron, même si le Medef était opposé au prélèvement à la source et espère « éviter le bonus-malus sur les CDD ».
S'il quitte la présidence du Medef, Pierre Gattaz, restera dans les sphères d'influence économique, d'une part à travers la fondation qu'il va créer, baptisée « Y croire », mais aussi parce qu'il brigue la présidence du Business Europe, l'association patronale européenne.
Isabelle Doucet
Export
L'ADN de la France
D'après le président du Medef, la France aurait retrouvé quelque aura à l'international. « Avant, on rasait les murs lorsque nous étions à l'étranger, déclare-t-il. Mais aujourd'hui, quel bonheur ! » L'image de la France, c'est bien ce qui préoccupe les chef d'entreprises, petites ou grandes. L'export est un relais de croissance significatif. Une de ces entreprises emblématiques de l'écosystème grenoblois, le groupe Rossignol, réalise d'ailleurs 78% de son chiffre d'affaires (350 millions d'euros en 2017) à l'export. « Nous avons la chance d'avoir une marque historique créée en 1907 », déclare son Pdg, Bruno Cercley. Avec ces skis made in France, « c'est l'ADN de la France qui est consommée dans le monde entier de la montagne », poursuit l'entrepreneur qui parle d'environnement « plutôt porteur, à nous de nous engouffrer et d'en profiter ».CompétitivitéAinsi Rossignol a-t-il fait entrer à son capital un fonds d'investissement présent en Chine pour aborder ce marché animé par le désir de sport. « La volonté du gouvernement chinois (...) est de former 300 millions de skieurs d'ici 15 ans. Même s'ils ne sont que 100 millions, il faut gagner la course en Chine ! » Pour Bruno Cercley, la différenciation de ses usines européennes se jouera sur la compétence, c'est-à-dire des outils de production performants et la formation des collaborateurs. Il dit tout le bien qu'il pense de contrats comme les CDI à temps partiel pour faire face à la saisonnalité. Mais il souligne que la compétitivité de la France se heurte encore à un écart de 20% de charges avec des pays comme l'Allemagne, que certains dispositifs comme le CICE ou le CIR peuvent néanmoins partiellement gommer...