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Lait

Des pistes pour du lait segmenté en Isère

Les producteurs de lait isérois s'interrogent sur l'opportunité de la création d'une marque de lait segmenté en Isère. Plusieurs pistes sont à l'étude.
Des pistes pour du lait segmenté en Isère

La mise en place d'une démarche de lait segmenté en Isère est une idée qui fait son chemin. C'est la raison pour laquelle la chambre d'agriculture, la FDSEA et JA ont souhaité étudier la faisabilité d'un projet. « Toutes les entreprises de collecte de lait ont été invitées, beaucoup manquent », a fait observer, en avant-propos, Pascal Denolly, vice-président de la chambre d'agriculture, vendredi 4 mai, lors de la réunion organisée à l'abattoir de Grenoble. Pour les responsables professionnels, le moment est en effet peut-être venu, alors que la conjoncture laitière reprend des couleurs, « de réfléchir à des initiatives ».

Collecte sud-iséroise

Chacun a donc exposé ses attentes. L'IGP saint-marcellin manque de stockage, a besoin de réactivité et ne veut pas « se retrouver avec du lait de dégagement », a indiqué Bruno Neyroud, le président du CISM.
Dans le Sud-Isère, les éleveurs se posent beaucoup de questions. Ils observent le développement de l'usine de La Fermière à Gap, dans le Hautes-Alpes, où est acheminé 70% du lait sud-isérois. Problème pour ceux qui livrent à Lactalis, de nouveaux accords les inciteraient à prendre des parts sociales chez Sodiaal, collecteur. Mais les producteurs souhaiteraient « passer en direct ». Ils s'interrogent aussi sur les négociations en cours entre Sodiaal et La Fermière, notamment sur le cahier des charges, qui imposeraient des paramètres rendant la valorisation de ce lait incertaine. « Qui fera la marge ? », se demandent encore les producteurs. Pour autant, le développement annoncé de La Fermière, positionnée sur le segment du produit artisanal haut de gamme, peut créer un appel d'air, même si à ce jour, rien n'est décidé ni écrit en Isère, pas plus pour ceux qui sont collectés par Sodiaal et encore moins pour la poignée d'apporteurs Danone.

Soyez solidaires !

Mais Jérôme Crozat est très vigilant. Le président de la FDSEA Isère, producteur laitier à Janneyrias et membre de l'OP Danone, fait observer que cet industriel « ne redistribue que 20% des cessations laitières. Or, une exploitation tire son revenu d'un volume et d'un prix. » Il précise sa pensée : si à moyen terme « les 2,8 millions de litre de lait de Danone du Sud-Isère partent à Sodiaal, le risque est que les autres producteurs de l'OP Danone ne récupèrent que 20% du volume perdu ». Les problématiques des uns impactent forcément l'activité des autres, à l'image de la mise en place de la collecte Biolait qui relâche le maillage des collectes en Sud-Isère. Ce qui fait dire à Sylvie Budillon-Rabatel, vice-présidente de la FDSEA et productrice laitière à Voiron : « Que vous soyez Danone, Sodiaal ou Lactalis, soyez solidaires ! ». « Depuis 30 ou 40 ans, on donne nos produits à Sodiaal ou à Danone », déplore Jérôme Crozat. Un lait différencié, sous la marque Is(h)ère à l'image de C'est qui le patron ?! ou bien un lait transformé : toutes les pistes sont envisageables. « Il serait utopique de vouloir transformer 175 millions de litres, mais il faut commencer par quelque chose », lance le président de la FDSEA.

« C'est loin, ça coûte cher »

A l'autre bout du département, l'usine d'embouteillage Candia (groupe Sodiaal) de Vienne, présenterait une option intéressante pour qui veut produire du lait local. « Sodiaal n'est pas prêt à partager un projet industriel avec les producteurs. D'autant que la coopérative a déjà un lait différencié », fait remarquer Pascal Denolly. L'avenir demeurant incertain, les producteurs de lait, qu'ils soient du sud ou de la plaine, ont donc décidé de poursuivre leur réflexion sur une production de lait segmenté isérois.
« Si je peux vous apporter mon expérience », a proposé Paul Faure, le président de Vercors lait. Depuis 2017, les excédents de la coopérative sont mis en bouteille en lait UHT sous la marque Lait du Vercors. La production s'élève à presque 400 000 litres. « Le travail à façon est le moins risqué », insiste le président de la coopérative. L'embouteillage du lait du Vercors est confié à LSDH (45). « C'est loin, ça coûte cher », prévient Paul Faure. Mais il indique que la laiterie Gérentes (43) vient d'investir « 4 millions d'euros dans une chaîne Tétrapac pour 10 000 heures d'embouteillage ». Une opportunité de proximité. Mais le responsable prévient : « Il faut plus que de la persévérance pour monter quelque chose en Dauphiné ». Vercors lait a mis dix ans pour retrouver une rentabilité.
Pascal Denolly a proposé que se déroule une réunion avec les producteurs Danone, Sodiaal et Lactalis du Sud-Isère afin de mieux appréhender la stratégie laitière dans ce territoire-là. En complément, Jérôme Crozat a indiqué que « le lait segmenté doit rester un projet pour le reste du département ».

Isabelle Doucet
Etude

Valoriser la filière laitière des Alpes du sud

La recherche de perspectives et un sentiment de fragilité ont conduit à la réalisation d'une étude sur la valorisation de la filière laitière dans les Alpes du sud. Commandée par la chambre régionale d'agriculture de Paca, elle propose plusieurs scenarios s'intéressant au lait non transformé. Cette démarche intervient alors que Lactalis et Sodiaal ont regroupé leur collecte, que Biolait a créé son propre débouché, que le groupe La Fermière a racheté l'usine Sodiaal de Gap et que les fromageries artisanales se développent. En région Paca, les Hautes-Alpes pèsent pour les deux tiers de la production laitière. La collecte de ce département s'élève à 20 millions de litres, en fort retrait (25 millions en 2009). La collecte du Sud-Isère est d'environ 15 millions de litres. Pour rappel, le total de la collecte iséroise s'établit à 175 millions de litres.
L'étude montre que les besoins en lait à 5 ans augmenteront de 10% en raison du développement de Biolait (3 M de l), de la collecte des fromagers (8,25 M de l), des investissements à La Fermière (23,7 M de l) et de la transformation à la ferme (5 M de l). Dans ce contexte, se pose la question de la valorisation d'un lait UHT, les producteurs étant tentés de reprendre la main sur le lait, cela bien que le marché du lait de consommation observe un retrait de 3,5%, que le lait bio est en chute de 7,2%, mais que le lait à valeur ajoutée gagne 25% de parts de marché.
Claire Jarry, experte de la filière laitière qui a piloté l'étude, a présenté deux scénarios possibles. En faisant appel à un prestataire extérieur (LSDH ou Tetra Lacta), il en coûterait entre 720 et 990 euros /1 000 litres, sachant qu'une fabrication n'est lancée qu'à partir de 50 000 litres, c'est-à-dire deux semi-remorques. L'investissement dans une chaîne de conditionnement est une autre piste. Pour une production de 5 millions de litres, il s'élèverait entre 649 et 845 euros les 1 000 litres. A 10 millions de litres, l'investissement oscillerait entre 578 et 754 euros les 1 000 litres.
En conclusion, la chargée d'étude indique qu'il y a peu de lait disponible dans ce bassin de production. Le travail à façon, reste la piste la moins risquée, mais aussi la plus coûteuse. Et l'installation d'une chaîne nécessite une production minimale est de 5 millions de litres. « La rentabilité est incertaine mais possible », ajoute Claire Jarry.