Des pistes pour les exploitations de demain
On y a invoqué les économistes et les sociologues du monde agricole, Bruno Parmentier et François Purseigle, cité les militants de la cause paysanne : « Paysans du monde, unissez-vous ». La dernière session de la chambre d'agriculture avait pris des accents de think tank. Il faut dire que son président, Jean-Claude Darlet avait invité les membres à réfléchir aux orientations de la deuxième partie du mandat. Bien entendu, les débats ont eu lieu sur fond de crise, si bien que Raphaël Gaillard suivi de quelques autres ont aussitôt posé la question de l'équité sociale entre les pays et du recrutement de la main-d'œuvre à bas coût en Europe.
Stratégie foncière
Jean-Paul Prudhomme a souhaité aborder le thème du foncier agricole. « Nous avons besoin d'équipements pour obtenir des résultats économiques. Il s'agit de l'accès à la ressource en eau et de la sanctuarisation de zones agricoles », a-t-il déclaré. Il s'agit en effet de présenter des garanties sur les marchés internationaux dans la production de semences, un secteur où l'Isère est moteur. André Coppard a insisté sur la problématique de l'irrigation et des retenues collinaires, indispensables au maintien de l'agriculture de certains secteurs. Jean-Claude Darlet a confirmé la volonté de la chambre de reprendre ses travaux avec le conseil départemental à ce sujet. « La chambre d'agriculture a fort à faire en nord Isère au sujet de la modification de la DTA, a encore déclaré André Coppard. Il est important que les agriculteurs sachent où ils vont, qu'ils aient de la visibilité sur le long terme quant aux terrains qui resteront à l'agriculture. » Face au « gaspillage foncier », les élus de la chambre d'agriculture souhaitent que soient conservés en priorité « les secteurs équipés et stratégiques pour l'agriculture ».
Diversifier, structurer
Autre champ d'investigation, la diversification des exploitations, notamment dans le domaine des énergies, laisse une large marge de manœuvre autant sur le fond (méthanisation, photovoltaïque ou autre) que dans la forme. Aurélien Clavel, secrétaire de la chambre d'agriculture estime que ce sujet « va de pair avec la modernisation des exploitations ». Mais pour les JA, qui mettent en avant l'idée d'un « mur bancaire », il conviendrait « de réinventer le financement des installations ».
Les élus ont également débattu sur les modèles d'exploitation et les différentes productions. « On perd beaucoup de temps à opposer des systèmes alors que chacun doit développer le projet qui l'intéresse », a déclaré Pascal Denolly, vice-président. Il invite les élus à se poser « les bonnes questions pour savoir quels sont les systèmes pertinents et avoir une vision à 10 ans ». Les pistes à explorer sont celles du financement de l'agriculture, de l'innovation et de la mobilisation des capitaux, d'une agriculture en adéquation avec les potentialités de son territoire, en termes de consommation locale comme de besoins des entreprises agro-alimentaires. Pour Pascal Denolly, l'émergence d'un pôle agro-alimentaire capable de répondre aux besoins locaux passe par le développement et la structuration, à l'échelle du département, d'outils tels que l'abattoir du Fontanil, le Min ou la légumerie. C'est la raison pour laquelle Didier Villard, vice-président, souligne l'importance de travailler avec les collectivités locales, « pour garder une agriculture chez nous et continuer à s'adapter. Mais nous ne pouvons pas le faire seuls. Nous avons besoin de moyens financiers pour structurer nos outils ».
Identifier les problèmes
Il a aussi largement été question de l'élevage et du prix du lait. Jérôme Crozat estime « qu'il y a du travail à faire dans les OP » et que « la loi de modernisation de l'économie (LME) n'a pas assez donné de poids aux producteurs » ; « il faut changer cette distorsion », a-t-il déclaré. « Il faut mettre nos schémas et nos réalités économiques sur la table, a renchéri Pascal Denolly, entre ceux qui passent à 295 euros/1 000 litres de lait et ceux qui ne passent pas à 450 euros. Nous devons identifier les problèmes et apporter des pistes ». Les chantiers sont donc nombreux pour la chambre d'agriculture, entre le foncier, l'énergie, le financement des exploitations agricoles ou la structuration des organisations professionnelles, le tout porté par une réelle volonté d'avancer sur le volet de l'agriculture écologiquement intensive, laquelle pourrait permettre « d'élever le niveau global des productions dans le département », estime Jean-Claude Darlet. Il demeure cependant une mesure d'urgence appelée des vœux de tous les cultivateurs, qui est la suspension des cultures intermédiaires pièges à nitrates (Cipan), une obligation dénuée de sens sur des terres sèches et semées trop tardivement.
Isabelle Doucet
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