Des plaquettes fédératrices
Enfin le Trièves a un atelier de broyage du bois. Le Gaec Bayle de la famille Gachet à Monestier-du-Percy s'est lancé dans l'aventure et vient d'inaugurer un grand hangar destiné à cette activité.
« Il y a quelques années que nous avons une chaudière à plaquettes de bois et nous faisons nos broyages directement, raconte Anne Gachet. Mais nous avons identifié des besoins identiques dans notre secteur. Des collectivités ou des particuliers ont des chaudières de même type et n'ont pas de fournisseurs locaux. Nous faisions notre propre énergie, nous avons décidé de l'étendre à d'autre. »
Exigence
Et chez les Gachet, on ne fait rien à moitié. Pour les chaudières individuelles, relativement délicates, il faut du bois bien sec et bien calibré. « Nous sommes exigeants pour nous-même car nous ne voulons pas être embêtés. Le top c'est le pin. C'est un bois doux, souple, qui ne coince pas les vis sans fin s'il est du bon calibre. Il contient aussi des essences qui en font un très bon bois de chauffe. Notre stock est le même pour nous ou pour ceux à qui nous livrons nos plaquettes. Nous ne vendons d'ailleurs pas de la plaquette, mais des calories. Nous faisons sécher nos copeaux deux ans. Le nouveau pont bascule que nous avons sert à ça : à partir du volume et du poids, des tableaux nous indiquent quelle énergie est restituée. Nous ne vendons pas de l'eau. »
Coupes jardinées
Anne Gachet est toujours directe. Si bien sûr, cette activité est un atelier supplémentaire dans l'exploitation, elle tient aussi un discours fédérateur pour le territoire. « Ici, nous avons des pins qui poussent dans les haies, ou dans les parcelles pour les bêtes, ou qui encombrent les bois nombreux dans ce secteur de pentes. Les particuliers n'ont pas forcément les moyens de les enlever et de les transformer. Nous intervenons ou nous faisons intervenir un bûcheron local selon les difficultés. Les collectivités ont leurs parcelles forestières à entretenir et quand on enlève des pins, c'est du sapin qui pousse, du futur bois d'œuvre. Il alimentera les scieries locales. D'ailleurs nous travaillons aussi avec elles, car il y a des bois inutilisables pour elles, que nous broyons et écoulons. Les collectivités et les particuliers trouvent enfin un fournisseur local. Nous ne sommes pas sur les mêmes marchés que les broyeurs pour les chaufferies industrielles. Nous sommes plutôt dans l'entretien de futaie jardinée, sans coupe blanche. Il est nécessaire, dans notre secteur, de remettre en route une filière bois car jusque-là la concertation n'a pas bien fonctionné. »
« C'est dommage, reconnaît Robinson Stieven, conseiller agro-environnement de la chambre d'agriculture. La ressource est énorme localement mais on a affaire à de très nombreux propriétaires privés. C'est un frein puissant pour le moment. »
Jean-Marc Emprin
Progression des énergies
D'un élevage laitier, le Gaec Bayle de Philippe et Anne Gachet est passé à un élevage allaitant complété par la production d'énergie renouvelable. Leur maison est équipée d'une chaudière à bois déchiqueté depuis 2007, mais ce n'est qu'en 2015 que le couple achète un broyeur et commercialise des plaquettes. Parallèlement, un premier toit solaire est installé en 2009 sur le toit d'une grange, puis deux autres suivent en 2013. Aujourd'hui une SAS a été créée pour la gestion de la production et de la vente des énergies renouvelables, activité qui ne peut pas être intégrée dans le Gaec.JME