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Des ponts entre la profession et les élus

A l'occasion de leur assemblée générale, les Jeunes agriculteurs de l'Isère se sont interrogés sur la manière dont est mise en œuvre la réforme territoriale.
Des ponts entre la profession et les élus

La réforme territoriale en cours est loin d'être un petit chantier. La volonté louable de réduire le millefeuille territorial pour gagner en lisibilité et en clarté, et tenter de réaliser des économies, n'empêche pas la crainte de perdre au passage la proximité et l'identité auxquelles chacun tient. Conscients des enjeux à venir et animés par la volonté de ne pas rester en retrait de cette évolution, les Jeunes agriculteurs de l'Isère ont profité de leur assemblée générale qui s'est tenue le 12 février à Brézins pour organiser un débat sur le sujet et faire témoigner les instances qui se sont déjà lancées. Selon Françoise Soullier, présidente de JA Isère, « cette initiative est la suite logique de la démarche enclenchée au cours de l'été, avec Pascal Denolly, le président de la FDSEA, qui consistait à rencontrer les communautés de communes du département pour instaurer des liens entre la profession et les élus locaux. Cela, dans l'objectif de partager leur vision des enjeux agricoles dans les territoires et de prendre connaissance des rôles et des compétences de chacun ».

Ne pas rester sur le quai

Certaines collectivités locales n'ont pas attendu la mise en place du chantier national pour tenter l'aventure. C'est le cas des communautés de communes de Bièvre Toutes-Aures et de la communauté de communes du Pays de Chambaran, qui ont fusionné dès janvier 2012. « Ce n'était pas notre première expérience du regroupement intercommunal, cela ne fut pas forcément facile non plus, mais cela nous a permis de mettre en oeuvre un développement local en harmonie avec les mondes de l'agriculture et de l'industrie », se souvient Jean-Paul Bernard, vice-président de la Communauté de communes Bièvre Isère. Et d'ajouter que « dès la fin de la première année de ce nouveau fonctionnement, plus personne n'aurait voulu revenir en arrière ». C'est ainsi que les rapprochements ont continué... avec la communauté de communes du Pays de Bièvre-Liers en 2014... et prochainement avec celle de la région Saint-Jeannaise. Jean-Paul Bernard estime qu'ils ont permis la « création d'un territoire de vie, avec des compétences harmonieuses pour toute la population ». Concrètement, cela a favorisé la lutte contre les inégalités que pouvaient subir les habitants du territoire, qui constataient des différences entre les communes et les communautés de communes. Et en matière de développement agricole, l'élu insiste. Convaincu du rôle économique prépondérant que joue l'agriculture dans la plaine de la Bièvre, il incite les jeunes agriculteurs « à ne pas rester sur le quai, à monter dans le train de cette réforme, et à être présents aux bons niveaux ». Car des outils très concrets sont en train d'émerger. « Comme les PLU* intercommunaux qui, même s'ils sont plus compliqués à élaborer, présenteront bien plus d'intérêt que les PLU communaux », précise Didier Rambaud, président de la communauté de commune de Bièvre-Est.

Equité de traitement

Le changement de lieux de prise de décision, la nécessité d'organiser son réseau en adéquation avec les nouvelles instances de pouvoir : la FDSEA de l'Isère aussi l'a déjà bien intégré. C'est pour cela qu'elle a organisé l'année dernière sa propre réforme territoriale. Les cantons ne sont plus. Le syndicat s'est organisé de la même façon que le conseil général et la chambre d'agriculture, au niveau des territoires, comme l'explique le président, Pascal Denolly : « aujourd'hui, nous avons des responsables qui doivent être les partenaires des élus politiques de ce niveau. Mais, pour que cela fonctionne, nous avons l'obligation de bien connaître nos dossiers pour les défendre, et même en faire financer certains grâce aux outils de développement local existants. Il nous appartient de nous battre pour qu'il y ait une ligne agricole au sein des intercommunalités ». Ouverts à ces évolutions, les responsables agricoles n'en demeurent pas moins vigilants. « Il faut qu'il y ait une équité de traitement pour les agriculteurs d'un territoire à un autre », affirme Jean-Claude Darlet, président de la chambre d'agriculture. « Et à l'échelon supérieur de la Région, qui va monter en puissance en termes de pouvoirs et de soutiens financiers, il ne faudra pas perdre notre représentativité. Même si c'est compliqué, nous devrons être là », ajoute-t-il.

 

* Plan local d'urbanisme

Isabelle Brenguier

 

Témoignage / Les aides du deuxième pilier de la Pac sont désormais gérées au niveau régional. Mais tout n'est pas encore en place, au détriment des agriculteurs, et notamment des jeunes agriculteurs, comme Pierre-Jean Dye.

Un projet remis en question

 Pierre-Jean Dye, jeune agriculteur installé depuis septembre 2014 à Saint-Paul-d'Izeaux se pose une question : « A-t-on encore la volonté d'installer des jeunes dans les zones défavorisées ? » Car, selon lui, au regard de toutes les difficultés auxquelles il doit faire face depuis qu'il a commencé à s'installer, « on ne le souhaiterait pas que l'on ne s'y prendrait pas autrement ».
Une « simple » absence de commission
Son projet d'installation aidée, en vaches allaitantes, noix et bois de chauffage, a démarré en décembre 2013. Pour le mener à son terme, et être conforme à son PDE (plan de développement de l'exploitation), il doit construire un nouveau bâtiment d'élevage, condition sine qua non pour lui permettre d'augmenter son troupeau de charolaises. Tout était prévu pour qu'il commence les travaux de terrassement au printemps, et construise son bâtiment au cours de l'été, de façon à ce que son troupeau soit à l'abri l'hiver prochain. Seulement voilà : Pierre-Jean Dye vient d'apprendre qu'il n'y aura pas de commission PMBE (Plan de modernisation des bâtiments d'élevage) au mois d'avril. Cette « simple » absence de commission - parce que les nouvelles modalités d'attribution des soutiens du deuxième pilier de la Pac, dont fait partie le PMBE, ne sont pas finalisées - est lourde de conséquence pour le jeune agriculteur. C'est l'ensemble de son projet qui peut être remis en question. Car le montant de l'enveloppe dont il peut bénéficier est estimé à 30 000 euros, sur les 150 000 euros que coûte le bâtiment, une aide dont il ne peut pas se passer. Pierre-Jean Dye espère être fixé rapidement ...
I.B.