Des prairies naturelles à restaurer
Des printemps chauds et secs, des rats taupiers industrieux : les prairies naturelles du Vercors ont beaucoup souffert ces dernières années . « Nous avons fait le bilan des actions engagées pour l'entretien de ces prairies afin de palier ces deux problématiques », explique Michaël Bonnault, conseiller spécialisé en fourrage d'Isère conseil élevage. Certaines parcelles ont été détruites de 60 à 80% en 2013 par les petits rongeurs, quant au manque d'eau, il peut donner une première coupe insuffisante « même si la production d'herbe est plutôt satisfaisante sur le plateau car les étés sont généralement humides », note le spécialiste.
Retour aux fondamentaux
Les recommandations d'entretien sont simples et concernent surtout le chaulage des parcelles. L'Irstea* a procédé à des analyses chimiques, dégageant des indices de nutrition, phosphore et potasse. « Sur la moitié à un tiers des parcelles, le PH est d'environ 5,5. Ce sont donc des sols acides présentant une faible capacité d'échange de calcium et de faibles réserves », commente Michaël Bonnault. Il rappelle qu'un PH inférieur à 6 témoigne d'une moins bonne assimilation des éléments nutritionnels par les sols. En dessous de 5,5, on atteint déjà le seuil de toxicité, avec des sols pénalisés par la présence d'aluminium par exemple.
Or, dans le Vercors, le chaulage était une pratique délaissée. « Et l'acidité joue sur la capacité de production », poursuit le technicien. D'où le rappel de certains fondamentaux pour un retour au chaulage régulier des prairies. Depuis deux à trois ans, de nombreuses exploitations sont revenues au chaulage et cette pratique s'accompagne déjà d'une amélioration de la flore et de l'herbe. « Même sur un plateau calcaire on peut avoir des problèmes d'acidité en surface et l'épandage a tendance à acidifier davantage les sols, notamment avec les lisiers », décrit Michaël Bonnault.
Espèces florales
Le deuxième type d'action pour bonifier les prairies porte sur les fourrages. « Nous avons mené des expériences sur les exploitations et suivi des actions réalisées par des agriculteurs pour regarnir les prairies temporaires pénalisées par la présence de rats taupiers », poursuit-il. Les implantations d'espèces florales portaient principalement sur du ray grass et ont donné de bons résultats : la production d'herbe dans l'année a été sauvée de même que l'année suivante. « Ce sont des espèces plus précoces et plus productives en première coupe, qui conviennent à l'enrubannage et permettent de sécuriser les exploitations », commente Michaël Bonnault. Leur pérennité est de deux ans et demi. « Mais dans un contexte de dégradation des couverts, l'implantation de ces espèces pérennes et classiques peut présenter quelques faiblesses sur un plateau montagnard, notamment en sortie d'hiver », précise le technicien. Dans le Vercors, les cultures annuelles, comme les triticales ou les avoines de printemps, ont peu à peu été délaissées, probablement un effet du système de prime à l'herbe. Et les rats taupiers ont proliféré sur des territoires couverts de prairie. « Avant les exploitations fonctionnaient en autonomie, avec une production céréalière, des parcelles labourées. Cela n'existe plus. Les sols ne sont plus retournés et les nuisibles s'installent, surtout s'ils sont attirés par les légumineuses », complète Michaël Bonnault.
Présentées en assemblée générale de secteur de la zone Vercors du GDS, ces conclusions ont amené quelques échanges techniques sur l'implantation de ces espèces fourragères. Sur-semis, semis direct ? « Avec un outil adapté à ce type de semis, on obtient des rendements satisfaisants et le coût pour l'implantation passe de 350 à 80 euros l'hectare », insiste le conseiller.
*Irstea : Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture