Des pratiques alternatives et économiques
AEI, trois lettres qui sonnent comme un changement. « Le système des années 60, basé sur une forte mécanisation, beaucoup d'intrants et une très forte concentration des exploitations a fait son temps », lance Pascal Denolly, président de la FDSEA Isère et initiateur, avec JA et la chambre d'agriculture, du premier comité de pilotage de l'agriculture écologiquement intensive en Isère. Certains l'appellent déjà AEI2. Fort de ce constat, Pascal Denolly considère le sentiment largement partagé en agriculture, qui est « de faire évoluer les pratiques ». L'espoir est de « retrouver un nouveau système cohérent dans son ensemble ». Un collège composé d'agriculteurs aux pratiques alternatives, de représentants des Cuma, de l'enseignement agricole, d'Adabio, des coopératives régionales, des négociants de produits agricoles, des OP et des syndicats FDSEA et JA s'est donc penché sur la question de l'AEI en Isère.
L'enjeu est à la fois sociétal et économique. Partir de l'existant, analyser les points de blocages, travailler en partenariat pour aller à la recherche de solutions alternatives afin d'« adapter l'agriculture écologiquement intensive au modèle isérois » sont les bases lancées par Pascal Denolly. S'il s'agit de trouver des pistes d'avenir, elles doivent cependant s'ancrer très concrètement dans la réalité des exploitations.
Marque Isère
Car pour Yvan Gautronneau, agronome, ex-professeur de l'Isara-Lyon et chantre du non-labour, « il existe des contradictions à résoudre, notamment la question économique centrale qui est de savoir ce que le marché est prêt à rémunérer pour ce type d'agriculture ». Le scientifique Michel Griffon s'en remet à la confiance que le consommateur a dans les produits. Elle se construit lorsque les produits son élaborés sur la base d'un cahier des charges, comme dans le bio, ou bien lorsqu'il existe des labels ou des marques, et enfin, quand la qualité s'accompagne d'une bonne communication. A la chambre d'agriculture de l'Isère, Florence Reinier, qui s'occupe des filières et des circuits courts hors vente directe et des circuits intermédiaires de proximité, décrit le travail interconsulaire mené avec le conseil départemental sur l'élaboration d'une marque Isère. Certes, la force du département est de disposer d'un bassin de 1,2 million de consommateurs, mais l'identification des produits locaux fait encore défaut. Une charte devrait voir le jour en 2016, plus particulièrement adressée dans un premier temps, à la restauration collective.
Inventaire des pratiques
Mû par cette volonté d'aller plus loin, Pascal Denolly a interrogé ses partenaires sur leurs capacités à faire des propositions pour engager l'agriculture iséroise sur le chemin de l'AEI, la coordination du dossier étant confiée à Thomas Huver, de la FDSEA. Coorganisatrice, la chambre d'agriculture dispose d'une personne ressource sur le volet agronomique, les pratiques alternatives et les coûts de production. « Des moyens seront alloués pour favoriser l'accompagnement des groupes et valoriser les expériences réussies », a ajouté Jean-Louis Goutel, directeur adjoint de la chambre. Les stations expérimentales et les Pep seront mis dans la boucle de façon à travailler sur les questions propres à l'AEI. « Il conviendra de considérer les Cuma comme des partenaires à part entière », a fait remarquer Yves François, président de la Cuma de Faverges, qui s'est engagée depuis de longues années dans les pratiques alternatives. Pour Françoise Soullier, présidente des JA Isère, il y a cependant « une phase d'acceptation du concept nécessaire », pour cette génération, la clé de voûte étant l'enseignement et la formation.
Jean-Claude Darlet, le président de la chambre d'agriculture, a invité les différents intervenants à reconduire et sanctuariser la journée dédiée à l'AEI qui s'était déroulée à Beaurepaire début juin. D'ici là, ce nouveau comité, qui se veut encore informel mais déterminé, se retrouvera le 21 septembre pour plancher sur des axes de travail et ouvrir la porte à de nouveaux partenaires. Le premier chantier consistera en l'inventaire des pratiques alternatives déjà identifiées en Isère.
Isabelle Doucet
Les coopératives au cœur de l'AEI
Autour de la table de ce premier comité de pilotage, les coopératives régionales ont aussi fait part de leur progression sur l'axe de l'AEI. A travers son programme Valeurs d'avenir, La Dauphinoise s'intéresse plus particulièrement au biocontrôle, travaillant sur les trichogrammes depuis longtemps, mais aussi à l'agriculture de précision avec l'entrée du numérique dans les exploitations. Valsoleil et la Drômoise de céréales s'inscrivent également dans le biocontrôle et la stimulation des défenses naturelles, notamment en maraîchage. Elles s'impliquent dans le pilotage de l'apport d'azote par drones et poursuivent des tests pour valider les nouveaux produits arrivant sur le marché. Terre d'alliances a depuis trois ans mis des moyens sur des outils d'aide à la décision et propose désormais une gamme de biocontrôle. Quatre fermes expérimentales travaillent sur les couverts végétaux. « Les résultats doivent être économiques avant d'être agronomiques », précise Benjamin Pariot, chef de produit services, outils et innovation de Terre d'alliances. Il insiste sur l'aspect marketing et commercial de l'approche AEI, « afin de tirer de la valeur sur les marchés ».Les négociants sont aussi de la partie. Les établissements Payre accompagnent la baisse des intrants chez leurs clients, tandis que les établissements Bernard sont aussi investis dans le pilotage par satellite (Farmstar) et engagés dans des programmes de modulation phytosanitaire. « Nos axes de développement sont la tolérance génétique, la biofertilisation et la fertilisation starter », indique encore le conseiller. Idem pour Cholat, où parmi les solutions d'accompagnement, Farmstar permet de réaliser des plans d'épandage adaptés. L'entreprise est en plein développement de sa gamme bio et des méthodes alternatives (couverts, intercultures, nouveaux engrais etc.).