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"Des projets associant bénéfices économiques et environnementaux"

Ingrid Milcent, chargée de mission chez Tenerrdis, pôle de compétitivité regroupant les acteurs rhônalpins des filières industrielles des nouvelles technologies de l’énergie, partenaire du Forum 5i qui se déroule le 2 juin à Grenoble.
"Des projets associant bénéfices économiques et environnementaux"

Quand on parle de transition énergétique et de développement des énergies propres, l'agriculture est souvent citée en exemple. Quel potentiel d'innovation recèle-t-elle ?

Depuis quelques temps, on parle beaucoup de méthanisation. Mais il y a plein d'autres choses, tant dans le domaine de la valorisation de la biomasse que de la recherche combinant productions agricoles et production d'énergie. Je pense notamment à l'agri-voltaïque, une technologie qui consiste à augmenter les rendements des cultures par une combinaison intelligente avec l'exploitation de l'énergie solaire.

Pouvez-vous nous citer un exemple précis ?

Parmi les projets de recherche et développement que nous avons labellisés, il y en a un qui consiste à monter des panneaux photovoltaïques orientables sur des trackers, à les installer au-dessus des cultures et à les piloter de façon à protéger la production des aléas météo (trop fort ensoleillement, grêle...), tout en optimisant la production d'électricité. Ce projet, baptisé Sun Agri 2B, résulte d'une forte coopération entre des ingénieurs de l'Inra et des spécialistes du photovoltaïque. L'intérêt de cette innovation, c'est qu'elle ne détourne pas les terres agricoles de leur vocation première. Elle vise surtout les exploitations viticoles ou maraîchères des zones fortement ensoleillées, comme le sud de l'Europe, les Etats-Unis, certains régions de l'Inde, de la Chine et de l'Afrique, mais elle peut intéresser toutes les régions souffrant des impacts liés au changements climatiques.

Aujourd'hui la biomasse est considérée comme une ressource essentielle dans le bouquet énergétique, puisqu'elle représente 60% de l'énergie produite à partir de ressources renouvelables en France. Quelles sont les pistes actuellement explorées par les chercheurs et les entreprises innovantes ?

Si l'on reprend le cas de l'agriculture, celle-ci génère un certain nombre de sous-produits valorisables. Si une partie des sous-produits humides partent en méthanisation, les autres, plus secs, peuvent être valorisés comme biocombustibles dans les chaufferies. Le problème, c'est qu'ils génèrent beaucoup de cendres, que ça encrasse les chaudières et donc que cela entraîne une augmentation de la fréquence de la maintenance, donc une augmentation des coût de production de l'énergie. D'où l'idée de développer un nouveau type de brûleur capable d'absorber des agro-granulés. C'est ainsi qu'a été lancé le projet Bambi, lui aussi labellisé par Tenerrdis, qui vise à mettre au point un brûleur innovant adapté à différents types de biomasses. Soutenu par des financements publics (Etat, Région et Isère), ce projet est porté par trois entreprises innovantes, en collaboration avec le CEA de Grenoble. Basé à Eybens, le service d'études thermiques de Leroux et Lotz Technologie travaille sur le brûleur, tandis que RAGT Energie est en charge du choix des biomasses et de la formulation des agro-granulés pour rendre leur combustion la plus efficace possible.

Il est également question de valoriser ces cendres...

En effet, l'idée, c'est de substituer une partie des engrais utilisés en agriculture par des cendres produites par les chaudières bois. Jusqu'à une époque récente, c'était assez compliqué. Les cendres étaient incorporées dans des mélanges, dans du compost ou enfouies. Des études ont été réalisées pour voir s'il ne serait pas intéressant de les utiliser en agriculture. La législation ayant évolué, c'est désormais envisageable. Tenerrdis a donc proposé de travailler à un projet d'épandage de cendre de chaufferies bois. Une expérimentation va être menée dans le Rhône, qui associe la chambre d'agriculture, un exploitant de chaufferie et la Dreal. L'objectif est de prouver que c'est possible et de diffuser cette bonne pratique, qui permet à la fois de réduire les coûts d'exploitation des chaufferies et ceux des agriculteurs. C'est projet gagnant-gagnant est caractéristique de notre démarche, puisqu'il associe bénéfices économiques et environnementaux.

Propos recueillis par Marianne Boilève