Des questions posées, pas de portes fermées
A défaut de préparer le Grand soir, les Etats généraux de l'Alimentation auront au moins réussi à faire dialoguer des gens qui ont plus l'habitude de s'interpeller que de se parler. L'atelier du 6 novembre, piloté par la députée Marie-Noëlle Battistel à Seyssinet-Pariset, témoigne de cet « esprit constructif ». Autour de la table, une vingtaine de participants, consommateurs, distributeurs, représentants du monde associatif et des organismes consulaires et agriculteurs, issus d'horizons syndicaux différents. Les règles du jeu posées, l'élue a proposé de « plancher sur la façon de promouvoir les choix de consommation privilégiant une alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous, tout en accompagnant l'ensemble des acteurs de la filière vers un système toujours plus vertueux ». Plusieurs pistes ont été explorées : l'étiquetage et la transparence, l'éducation, l'aspect durable de la consommation, la sobriété et le gaspillage.
Etiquetage : peut mieux faire
En matière de transparence, les participants reconnaissent « des avancées sur l'étiquetage » qui peut cependant « être amélioré ». Paradoxalement, l'étiquette est jugée « compliquée », voire potentiellement angoissante, tout en comportant des manques. Certains se demandent si l'origine France, qualifiée d'intéressante, est une garantie suffisante. Les labels (bio, Rouge, origine...) semblent voir une meilleure cote, car considérés comme « des repères pour les consommateurs attentifs à la qualité, la provenance et la sécurité alimentaire ». La question se pose en termes différents dans le cas de la vente directe, où « une présomption de qualité » semble exister du fait d'une « connaissance directe des acteurs » et d'un « échange quotidien ». Les consommateurs suggèrent de compléter l'étiquetage d'informations sur « l'impact de la production sur l'environnement », cette démarche pouvant « contribuer à la formation citoyenne et environnementale » du client.
Réapprendre à consommer
De la formation à l'éducation, il n'y a qu'un pas, franchi allègrement, car « l'éducation des enfants, des familles et des consommateurs eux-mêmes est à la base de la prise de conscience collective et de la promotion de la "bonne bouffe" et des productions de qualité ». Autour de la table, plusieurs idées sont avancées : réapprendre à consommer ; communiquer sur l'impact des additifs présents dans les plats cuisinés ; expliquer le travail des agriculteurs pour « redonner de l'importance à la profession et aux savoir-faire », notamment ceux mis en œuvre par les agriculteurs de montagne, défendus par deux éleveurs aux profils très différents, Alain Haret, représentant à la chambre d'agriculture, et Julien Van Ee, membre de la Confédération paysanne.
Si Marie-Noëlle Battistel a pu saluer la « sérénité des débats » dans leur ensemble, certaines questions ont tout de même suscité de vifs échanges. Parmi les divergences de vue entre agriculteurs, le rôle de la recherche et de l'innovation : doivent-elles permettre de limiter l'usage des produits phytos pour garantir la place de l'agriculture française sur le marché mondial ? Doivent-elles permettre de produire plus pour que la France soit leader à l'export ? Ou doivent-elle s'orienter vers l'autonomie alimentaire du pays ? La réponse appartient à chacun.
MB