Des serres doublement utiles
L'inauguration a eu lieu début mai, mais l'installation tourne réellement depuis mars 2017. Eric Germain et Benjamin Giraud cultivent donc leurs pommes de terre primeurs, tomates, mâches, fraises et autres framboises sous abri. Rien que de presque très banal, sauf qu'eux sont sous des serres photovoltaïques. Sur la même surface cohabitent donc une production agricole et une production d'électricité d'origine solaire.
Double montage
Le tout grâce à deux bâtiments espacés de seulement quelques mètres, pour une surface totale de 18 682 m2. L'originalité vient non seulement de la double production, mais également du montage financier. Les deux associés au sein d'un GFA n'ont rien investi en matière de structures métalliques. C'est une société fabriquant des panneaux solaires, Reden Solar, qui l'a fait à leur place avec comme contrepartie de se rémunérer sur la vente d'électricité pendant 30 ans. Au terme de ce laps de temps, les serres seront rétrocédées aux exploitants agricoles. « Je voulais me diversifier dans mes productions, explique Benjamin Giraud, et ce type de convention m'a permis de pouvoir le faire avec un bâtiment de qualité à moindre frais. »
Opacité au sud
Complètement maître de leur destin sous la serre, l'agriculteur reconnaît qu'il « faut beaucoup discuter avec le contructeur pour avoir un bâtiment adéquat », car « l'orientation de la serre dépend de la parcelle et des intérêts de production électrique de l'investisseur photovoltaïque ». Car la particularité de ces serres c'est que tous les versants sud de la verrière sont équipés de panneaux solaires, donc opaques. « Il faut arriver au meilleur compromis entre la production électrique et la production agricole au-dessous », commente Benjamin Giraud. Pour sa part, il ne se plaint pas. « Les 15 premiers mètres au sud sont très lumineux, puis cela s'atténue dans le reste de la serre mais la lumière reste homogène. Et notre orientation, légèrement sud-est, fait que le soir, quand le soleil est bas, nous sommes très bien éclairés. » Ce qui semble impératif en revanche est d'avoir les ouvertures au nord et au sud, afin d'éviter les surchauffes et de mieux réguler l'hygrométrie. La répartition en deux serres a été dictée par la parcelle. « Il y a plus de trois mètres de dénivellation. C'était difficilement gérable avec un seul bâtiment. Nous avons pu négocier d'en avoir deux auprès de Reden Solar, même si cela coûte un peu plus cher. Mais c'est plus facile de gérer les ambiances internes. Nous avons donc une serre totalement dédiée à la fraise hors sol et une autre pour les autres espèces. »
Prix de rachat en baisse
Franck Maes, représentant de la société Reden Solar, estime que ce type de projet ne peut pas se renouveler dans de telles conditions : « Nous répondons à des appels d'offres de la commission de régulation de l'énergie pour l'achat d'électricité. Ce projet a été bâti sur un équilibre financier où l'électricité nous est rachetée 12 cts/Kwh. Aujourd'hui, les rachats sont plutôt au prix plancher de 8 cts/Kwh. Ce n'est pas pareil. Nous ne pourrions donc faire un projet de moins de 3,5 hectares en Isère, de 3 ha en Drôme et de 2,5 ha dans le Vaucluse, malgré la qualité des panneaux qui augmente et des coûts de fabrication légèrement à la baisse. » Un des plus importants coûts fixes est celui du raccordement au réseau de distribution.
Présente lors de l'inauguration, la députée Monique Limon, membre de la commission agricole à l'Assemblée nationale et interpellée depuis quelques mois par les producteurs d'Apprieu au sujet de méthaniseur, a rappelé toute l'attention qu'elle portait à ce genre de démarche. D'autant plus qu'un « plan de libération des énergies renouvelables » est en cours d'élaboration dans des groupes de travail. « Ces investissements doivent avoir des impacts en faveur du milieu agricole, avance-t-elle, c'est avec ce type de projets que l'on doit gérer la transition énergétique et agricole ». L'éolien et le solaire vont être examinés à la suite de la méthanisation dans le cadre de l'élaboration de ce plan.