Des silhouettes entres les arbres
Romain Evano n'a pas une carrure de danseuse, mais paraît tout petit au pied d'un arbre de cent ans. Bien que la hache ait été abandonnée, le métier de bûcheron n'en demeure pas moins physique et dangereux. « Il faut aimer ça, sinon on peut vite être démoralisé. Il faut aussi aimer travailler seul. Je suis né dans le milieu, je pense que cela joue beaucoup », témoigne-t-il. Pour que l'activité soit rentable, il doit couper une vingtaine d'arbres par jour, à l'aide de sa tronçonneuse de 10 kilogrammes. Si le terrain est en pente, un câble est relié à l'arbre pour orienter sa chute. Une fois l'arbre à terre, il faut élaguer les branches, prendre les mesures, et définir si le bois est de qualité « charpente » ou « palette ». « Je ne trouvais pas de travail, j'ai donc décidé de me lancer, et j'ai créé mon entreprise de travaux forestiers en 2015. » Le jeune homme a suivi des études de travaux forestiers mais aussi de gestion de la forêt. « Les cours de comptabilité m'ont beaucoup aidé. Je suis bûcheron, mais je ne fais pas que couper du bois », affirme-t-il. « Pour l'instant, je propose uniquement un service de coupe. Le débardage est réalisé par des prestataires. » Le débardage vient après la coupe, et consiste à déplacer les arbres abattus vers le lieu de dépôt en bord de route. Les arbres sont tirés par un tracteur à l'aide d'un câble. Une télécommande permet de guider l'engin dans des situations délicates. « En deux ans, le tracteur s'est déjà retrouvé sur le toit à trois reprises », témoigne Clément Gay, exploitant forestier ayant la double casquette de bûcheron débardeur. Le bois est ensuite transporté par un camion grumier jusque dans les scieries.
Gestion durable
Repérer les arbres à couper, c'est le travail du garde forestier, technicien de l'ONF. A l'aide de son marteau, Rémi Desfontaine les marque des lettres AF « administration forestière ». « Je n'ai pas le marquage facile, il faut que les repousses d'arbres soient supérieures aux coupes effectuées. » On estime que la forêt française augmente de 0,7% par an, et contrairement aux idées reçues, sa surface a doublé entre le début du 19ème siècle et aujourd'hui. La France est le troisième pays européen en termes de surface forestière, après la Suède et la Finlande, avec un total de 16 millions d'hectares. Pourtant, un milliard d'euros de produits forestiers ont été importés en 2015 (1). « Un quart de la forêt française est publique, gérée par l'ONF, et cette partie représente 40% du bois scié. On exploite pas assez le potentiel du bois français et on fait venir du bois des pays du Nord. », indique Rémi Desfontaine, garde forestier et animateur des visites « Vis ma vie de bûcheron en Chartreuse » organisées cet été. « Le bois est une matière incroyable, ajoute-t-il. C'est l'unique matière qui peut à la fois servir d'énergie et de matériau de construction. Et c'est une matière qui...repousse ! Il faut savoir l'exploiter de manière durable. »
(1) Plus précisement de produits d'exploitation forestière, de carbonisation et de scierie, selon un rapport de mars 2016 « Agreste conjoncture, bois et dérivés », source : Douanes/SSP.
Magali Seyvet
La forêt française de métropole en chiffres
- environ 30% du territoire français (16 millions d'hectares) d'après IGN- depuis 1980, sa progression est de +0,7% par an d'après IGN
- 25% de la forêt française est publique (Etat, collectivités, établissements publiques) d'après l'ONF
- 40% du bois scié provient des forêts publiques
- elle abrite 72 % de la flore française
- 2/3 de la forêt composés de feuillus
- 15% des forêts bénéficient du statut d'aires protégées