Des solutions à l'échelle locale
Les sujets « chauds » sont nombreux dans le Sud-Grésivaudan, secteur où la culture dominante de la noix expose les producteurs à une forte pression de la société. Il a donc été largement question de cela lors de la première réunion de secteur de la FDSEA, qui s'est déroulée à Chatte, jeudi 22 novembre. D'autant que le syndicalisme est très impliqué dans l'élaboration du Contrat de solutions, qui « face aux enjeux des produits phytopharmaceutiques » propose « une démarche constructive ». Les échanges ont donc été intenses autour de l'élaboration de la Charte de bon voisinage, qui d'ici la fin de l'année, devrait être proposée dans chaque département. L'objectif : « montrer que le monde agricole est à l'écoute de son environnement et s'engage auprès des collectivités et des populations », précise Christian Olles, le directeur de la FDSEA Isère.
Tendance locavore
Les nuciculteurs ont devancé la démarche puisqu'ils ont élaboré, au printemps dernier, leur code de bonnes pratiques favorisant le dialogue avec le voisinage. L'élevage n'est pas en reste qui, depuis 1999 et la crise de la vache folle, a élaboré lui aussi une charte des bonnes pratiques. Cet outil de « progrès et d'autoévaluation » est aussi un moyen d'information du grand public. Alors, la question, pour les producteurs qui ne cessent d'adapter et de faire évoluer leurs pratiques, est de savoir comment communiquer cela au plus grand nombre. Pour Bruno Neyroud, le vocabulaire employé est important. Quand pesticide est connoté négativement, produits phytosanitaires, ou encore mieux phytopharmaceutiques décrivent mieux des pratiques de soin et de protection des plantes. « C'est le rôle du syndicalisme de nous accompagner dans la communication », estime un producteur. « Les gens, on peut encore les faire changer, il faut commencer par les enfants et par les cantines », avance Bernard Idelon. Rémi Picat, considère pour sa part que la signature d'une charte engage les deux parties. Il pense plus particulièrement aux plans locaux d'urbanisme qui ont longtemps autorisé les constructions à proximité des vergers. Les agriculteurs confient aussi leurs doutes quant aux contradictions portées par les allégations de la société. Le exemples pleuvent : le fipronil, interdit dans les traitements de cultures depuis 2013, mais toujours autorisé comme insecticide et acaricide pour les animaux de compagnie, l'empreinte carbone qui explose dès que le consommateur fait le choix de produits importés alors qu'il existe une production locale. « Il faut surfer sur la tendance locavore », conseille un agriculteur. A ce titre, la marque Is(h)ere, lancée cet été dans les comices agricoles, porte un coup de projecteur sur les filières locales, garantissant qualité, rémunération et proximité. La dynamique est enclenchée, un centaine de producteurs ont été agréés cette année et on commence à voir la marque fleurir dans les supermarchés.
Les OP en première ligne
Bruno Neyroud a fait part de la visite d'un groupe de producteurs laitiers à la laiterie Gérentes courant octobre. « Nous recherchons des solutions pour la collecte laitière, notamment pour le Sud Isère où il y a une désaffection de la production », explique le producteur qui est aussi président du comité du saint-marcellin (Cism). La laiterie propose de la mise en brique de lait à façon, ce qui pourrait répondre à un intérêt des producteurs et du département de l'Isère pour faire du lait isérois labellisé Is(h)ere. « Cela peut être une étape », reprend Bruno Neyroud.
Le sujet du lait a également été abordé du point de vue de la loi issue des Etats généraux de l'alimentation. Les ordonnances doivent encore en définir les contours et le syndicalisme veut « encore mettre la pression ». La « construction du prix en marche en avant » replace les OP au centre de la démarche. Elles auront en effet la possibilité de proposer aux industriels leur définition d'un prix. Cette proposition est formulée dans le cadre des conditions générales de vente. En cas d'action en justice, c'est le prix de l'OP qui fera référence. Mais des discussions sont en cours avec l'interprofession laitière car un « indicateur en euros constant irait à l'encontre des règles de concurrence édictées par Bruxelles », détaille Thomas Huver, animateur de la FDSEA spécialiste de la filière lait. Difficile donc de juger d'une évolution sans prix de base établi au préalable. Les autres avancées sont les pouvoirs renforcés accordés au médiateur et le travail sur les modalités de fixation des prix par les coopératives laitières, qui permettrait de sortir d'une fourchette basse sur laquelle les industries ont tendance à s'aligner.
L'autre volet de la loi qui inquiète les agriculteurs est la séparation de la vente et du conseil des produits phytosanitaires. Ils pointent le risque de payer deux fois un service avec la séparation capitalistique des entités qui assuraient jusqu'alors les deux prestations.
Isabelle Doucet
Les dossiers en cours
Sécheresse :Deux missions d'enquête ont été déplacées sur le terrain. En octobre sur le plateau de Crémieu et dans les Chambaran et, lundi dernier 26 novembre, dans le Vercors et les Terres froides. La FDSEA demande la reconnaissance de calamité agricole pour l'ensemble du département et le dégrèvement de la TFNB (mais une partie du Sud du département et de la vallée du Rhône pourrait ne pas être classée). La commission d'expertise départementale se réunira le 4 décembre, la commission nationale, en février 2019. Les déclarations individuelles seront faites à partir de ce moment-là. Un travail de révision des barêmes est en cours.Calendrier versements PAC :Mi-octobre 2018 : 70% PAC 2018 (aides couplées et découplées) et 78% de l'ICHNDébut décembre 2018: liquidation des dossiers PAC 2017
Mi-décembre et fin décembre 2018 : liquidation PAC et ICHN 2018
21 décembre 2018: liquidation Bio/MAEC (surfaciques) 2016
Début avril 2019: liquidation dernières MAEC 2016 et Bio/MAEC (toutes) 2017Dégâts de gibiers :La pression est très forte dans le secteur, notamment en blaireaux et sangliers. Sur les secteurs de Rives et Renage, les interventions de la louvèterie ont porté leurs fruits. A Tulins, la qualité du relationnel entre les chasseurs et les agriculteurs permet de traiter le dossier avec plus d'efficacité. La FDSEA incite les agriculteurs a déclarer leurs dégâts afin que cela soit pris en compte dans la cadre de la Commission départementale de la chasse et de la faune sauvage. Les éleveurs qui ont eu des dégâts sur leurs cultures se plaignent de devoir racheter des céréales plus cher que celles pour lesquelles ils ont été indeminisés.