Des systèmes herbagés profilés pour le bio
« Il n'y avait pas grand chose à faire pour passer en bio », explique Philippe Charlaix, qui exploite avec sa fille Aurélie, le Gaec des Berlioux, une ferme située à Saint-Théoffrey, à 1 000 mètres d'altitude, juste au-dessus des lacs matheysins. Depuis novembre 2017, la collecte est effectuée par Biolait. Le troupeau est passé de 28 à 26 vaches laitières de race prim'holstein, mais les éleveurs se sont engagés dans le croisement trois voies (simmental, montbéliarde, prim'hosltein) afin d'améliorer la robustesse du cheptel.
L'exploitation a tiré avantage d'un parcellaire regroupé. Sur les 53 ha, 20 ha sont en prairies temporaires, 6 ha sont cultivés en céréales et le reste est constitué de prairies permanentes dont 12 ha où les bêtes pâturent. Les rotations sont courtes.
« Quant la tournée Biolait a été annoncée, nous n'avons pas mis longtemps à nous décider », reprend Philippe Charlaix, ravi d'avoir trouvé un fonctionnement « où l'agriculteur est au cœur du système » et dont il apprécie « la transparence ». Le diagnostic posé par la chambre d'agriculture et l'Adabio confirme que l'exploitation est profilée pour un passage en bio sans heurts. La réflexion porte surtout sur la complémentation composée d'un maïs épi acheté (comme avant la conversion), d'un mélange céréalier autoproduit et surtout, de l'achat de tourteau de soja bio régional (1,5 t) en lieu et place de tourteau de colza (5 t). « Ce qui coûte cher, c'est la protéine », reconnaît l'éleveur. Conséquence directe : la production laitière des vaches est passée de 7 000 à 6 000 litres, « mais elles se portent mieux, il y a moins de soucis », constate Philippe Charlaix.
Taxi à lait
C'est ce que confirme son presque voisin, Pierre-Denis Rippert, installé avec son frère Olivier et son épouse Cécile en Gaec à Villard-Saint-Christophe, à 1 000 d'altitude également. « C'est un travail différent », explique-t-il après s'être posé beaucoup de questions sur les mamites et le tarrissement avant de s'apercevoir que les vaches « au final s'en sortent bien ». Même si l'initiation à l'homéopathie « ne se fait pas du jour au lendemain ». L'exploitation est passée en bio en février 2018. Le système étant 100% herbager, les exploitants se seraient bien lancés dans une conversion il y a plus de 10 ans, mais c'est seulement avec Biolait qu'ils ont trouvé une voie convenable de valorisation.
Pour des raisons de confort essentiellement, l'effectif du troupeau décroît régulièrement, pour passer de 65 laitières de race montbéliarde à environ 55. « La priorité absolue en bio est le bien-être animal », explique l'éleveur qui doit faire avec le bâtiment existant, où les génisses sont encore entravées, mais les vaches en logettes. Les veaux sont nourris au lait de vache avec un système de distributeur. « Les veaux sont séparés dans un autre bâtiment », précise l'éleveur, qui a mis en place un « taxi à lait » pour le transporter à bonne température. « Et nous n'avons plus de problème de diarrhée », ajoute-t-il.
Les exploitants recherchent l'autonomie alimentaire, mais sont confrontés à des terrains acides et profonds, de sorte que les prairies sont chaulées pour obtenir un fourrage de qualité. « Notre objectif est d'avoir du rendement sur l'enrubannage pour les vaches laitières », insiste l'éleveur. Avec le passage en bio, les rotations sont plus courtes : triticale en tête de rotation (10 ha), puis triticale à nouveau et orge ou avoine, et à nouveau prairie temporaire pendant 5 ans (mélange de dactyle, luzerne, ray grass, trèfle et fétuque). La production moyenne par vache est de 6 500 litres. La complémentation s'effectue avec l'achat de maïs grain. Les exploitants soulignent l'avantage de l'utilisation du maïs grain inerté acheté « en sortie batteuse », beaucoup moins humide et plus facile à stocker.
Isabelle Doucet
Les aides à l'agriculture biologique
Les aides bio sont de trois ordres : conversion, maintien et crédit d'impôt.La conversion et le maintien entrent dans le périmètre de la programmation PAC 2014-2020, dans le cadre du 2e pilier. Ces deux aides pluriannuelles sont accordées pour 5 ans.Au préalable, l'exploitant devra notifier son activité en AB auprès de l'Agence bio et s'engager auprès d'un des neuf organismes certificateurs. Enfin, il convient d'effectuer une demande d'aide PAC à la DDT. Pour chacune de ces aides, l'exploitant s'engage à respecter le cahier des charges de l'AB pendant 5 ans.Le montant des aides en conversion peut s'élever jusqu'à 12 000 euros par exploitation soit, en ce qui concerne l'élevage : 300 euros/ha/an pour les cultures annuelles et 130 euros/ha/an pour les prairies.En maintien, ce montant est plafonné à 8 000 euros par exploitation, soit : 160 euros/ha/an pour les grandes cultures et 90 euros/ha/an pour les prairies.Enfin, le crédit d'impôt en faveur de l'agriculture bilogique (CI-Bio) s'adresse plus particulièrement aux petites exploitations. Il est placé sous le régime des minimis agricoles. Il est cumulable avec les aides PAC dans la limite d'un montant total de 4 000 euros. Le montant maximum de l'aide est de 3 500 euros. Dans le cadre de l'application de la transparence Gaec et dans la limite de quatre associés, l'aide peut être multipliée par le nombre d'associés dans le respect d'un plafond de 15 000 euros d'aides de minimis agricoles.