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Environnement

Des traitements de moins en moins fréquents

Le réseau Déphy grandes cultures piloté par chambre d'agriculture de l'Isère s'intéresse à la réduction des IFT et à l'allongement des rotations.
Des traitements de moins en moins fréquents

Réduction des intrants, allongement des rotations, mise en place de couverts végétaux : depuis octobre 2016, le groupe Déphy grandes cultures piloté par la chambre d'agriculture de l'Isère planche sur l'amélioration de ses pratiques. Il réunit douze exploitations réparties dans trois secteurs : Isère Rhodanienne, Bièvre et Grésivaudan. Depuis février dernier, Alexis Verniau, ingénieur réseau Déphy, organise régulièrement des tours de plaine. « Il y a une parcelle de référence par exploitation et une culture différente par sous-groupe », détaille le conseiller. Mais le nombre de parcelles à observer n'est pas limité. Particularité du groupe : il n'y a qu'un seul Gaec, les autres exploitants sont en individuel et certains en polyculture élevage. Les visites de parcelles permettent d'échanger les uns avec le autres et de se rassurer dans les prises de décision. Le conseiller opère également des visites individuelles tous les 15 jours.

Des IFT bas

Alexis Verniau a commencé par élaborer un diagnostic des pratiques culturales des trois dernières années de chaque exploitation, puis a procédé au calcul des IFT*. « Ils étaient historiquement bas », précise-t-il. « La reconstruction du système de culture de l'exploitation est un travail très intéressant, mais très laborieux où l'on identifie les pratiques systématique des plus occasionnelles », reconnaît le conseiller.
Les cultures principales du groupe sont le maïs, le blé, l'orge et le colza, avec des particularités par secteurs. Dans le Grésivaudan, la monoculture du maïs alterne avec une rotation de soja. Dans la Bièvre, les systèmes sont plus orientés vers des cultures de soja, blé, orge et maïs irrigué. C'est à peu près la même chose en Isère Rhodanienne, avec, en plus des cultures alternatives comme le pois ou la féverole. Le territoire est confronté à des problématiques d'érosion et d'hydromorphie des sols et soumis à la pression de l'ambroisie.

Désherbage mécanique

Le projet collectif du groupe repose sur une volonté de maintenir un bas niveau des IFT, puis de réduire les intrants de 32% d'ici 5 ans. Le premier levier est celui du désherbage mécanique avec l'achat d'une herse étrille. Ce changement de pratique demande un accompagnement (réglage de l'outil, période d'intervention, retour sur les bases agronomiques). Le groupe a déjà procédé à trois essais sur du blé et du maïs au cours du printemps dernier.
La réduction des surfaces de colza, qui réclame beaucoup plus de produits phytosanitaires que les autres cultures, est également recherchée par le groupe, surtout par ceux qui sont inscrits dans une MAE herbicides. Du coup, les cultivateurs introduisent des cultures comme le tournesol, le soja ou la luzerne. Cette dernière, en tête de rotation constitue un excellent précédent en raison de son apport d'azote. « A condition qu'il y ait des débouchés », notent les exploitants qui raisonnent aussi en termes de filière et de retour économique.
Logiquement, la gestion des rotations et des assolements vient en deuxième position des préoccupations du groupe. « Il faut avoir une ligne directrice en matière de rotation et être opportuniste en termes de cultures », insiste Alexis Verniau. Un œil sur les sols, un œil sur les marchés. Ceux qui sont en MAE ont déjà engagé une réflexion et font partager leur expérience. Les rotations courtes favorisent la présence de bio agresseurs. Le groupe est donc en demande d'idées pour les allonger en alternant les cultures sur plusieurs années : quels précédents agronomiques, pour quels débouchés ? Les choix variétaux représentent donc un autre levier important, l'équation revenant à trouver la culture qui résiste aux maladies et offre un bon rendement. Les conseillers préconisent de se rapporter au guide Arvalis et ses notations variétales.
Quant aux couverts, « ils doivent se considérer comme une culture. Ils représentent un atout agronomique pour la rotation. Il est donc important de bien choisir l'espèce », recommande Alexis Verniau.

Motivation

« C'est un groupe dynamique, constate l'ingénieur réseau. C'est la motivation des agriculteurs qui fait la réuissite du groupe. » Il estime que « l'année 2017 a été positive, avec un gros reliquat d'azote et une pression contenue des maladies qui a permis d'éviter le passage d'un deuxième fongicide sur les céréales. Les rendements sont bons. » Pour autant, le conseiller rapporte que la question du reliquat d'azote a fait débat en entrée de campagne en février dernier. L'objectif était de décaler le plus possible l'apport d'azote. « C'est valable dans les sols profonds, limoneux et argileux. En revanche sur les sols séchants, comme dans la Bièvre, la question de l'impasse ne se pose pas. »

En fin d'année, une nouvelle réunion permettra aux participants du groupe Déphy d'échanger sur la campagne 2017. « Il y a une forte volonté de communiquer de la part des exploitants et de changer leur image », constate Alexis Verniau.

Isabelle Doucet

 

*L'indice de fréquence de traitement se calcule ainsi :
(dose appliquée /dose homologuée) x (surface traitée/surface de la parcelle)

 

Des conseils techniques

Lors des réunions collectives, le groupe peut aussi bénéficier d'interventions très techniques.
Arnaud Micheneau, de Terres Inovia, a ainsi présenté en juin dernier des travaux de la station d'Etoile-sur-Rhône sur l'implantation de colza associé à un couvert de légumineuses. Les réultats provisoires tendent à prouver qu'une implantation réussie de colza favorise l'optimisation des intrants et l'amélioration de la productivité. D'autres leviers peuvent encore améliorer le système : semis direct, passage du strip-till, couverts inteculture.