Des yaourts nés sous une Belle étoile
100 000 yaourts au compteur. Benoît Marouby ne regrette pas son investissement. En décembre dernier, grâce à sa yaourtière professionnelle, une machine capable de sortir 1 200 pots à l'heure, il s'est lancé dans une activité rémunératrice qui va bientôt permettre à son exploitation d'accueillir un nouvel associé : c'était la condition pour que le fils cadet rejoigne le Gaec familial. « D'accord pour que tu t'installes avec nous, mais tu dois créer ton propre atelier, sinon on n'y arrivera pas », avait prévenu le père, heureux de voir qu'après Béranger il y a quatre ans, Alexandre voulait lui aussi perpétuer la tradition familiale.
Nichée à Theys, dans le haut du hameau de l'Envers, la ferme de Belle étoile produit du lait depuis plusieurs générations. A l'époque du grand-père, on ne se posait pas trop de question. « Avec trois hectares et trois vaches, on s'en sortait », soutient Béranger. La situation s'est compliquée dans les années 90. Aujourd'hui, avec 47 vaches laitières, abondances et prim'holstein, les comptes de l'exploitaiton sont tout juste à l'équilibre. L'essentiel de la production est livré à Sodiaal, mais les éleveurs transforment 10% du lait - environ 30 000 litres - en faisselles et en yaourts et vendus en direct aux restaurateurs et aux grandes surfaces. « Au prix du lait en ce moment, c'est ce qui sauve l'exploitation », assure Benoît Marouby.
Prix et packaging étudiés
Au début de l'année, la ferme de Belle étoile a franchi une nouvelle étape en adhérant à la marque Is(h)ere. « Nous nous sommes dit que c'était le moyen de faire connaître nos produits et de développer notre clientèle, explique l'éleveur. Mais nous avons aussi démarché beaucoup de monde de notre côté, surtout dans les écoles, les collèges et les lycées. » Et ça a plutôt bien marché. Les clients apprécient la qualité des produits bien sûr, mais aussi leur prix de vente, raisonnable, et le packaging très étudié. Depuis le début de l'année, deux nouveaux supermarchés et un grossiste de l'agglomération grenobloise sont venus sont venus renforcer une clientèle d'habitués. Mais Benoît reste lucide. « Il y a une énorme demande en produits locaux, constate-t-il. Le local, c'est devenu un produit d'appel : ça fait venir les clients. »
Côté rémunération, pas de problème : depuis près de vingt ans qu'il commercialise ses faisselles en direct, Benoît a appris à construire un prix acceptable. « Dès le départ, nous avons réussi à imposer notre prix, explique-t-il. Sachant qu'une grande surface fait entre 50 et 60% de marge, il suffit de calculer un bon prix, pas trop élevé, pour ne pas casser le marché. Je pars du principe qu'il vaut mieux miser plutôt sur la qualité et la quantité, un peu comme mon beau-père qui disait qu'il vaut mieux faire beaucoup de petits sous plutôt qu'un gros. » La preuve par l'exemple : sur chaque pot de yaourt vendu (125gr), la ferme de Belle étoile fait 6 centimes de bénéfice. Alors qu'elle vend son lait 33 centimes à Sodiaal (en prix de base). Reste que le montant de l'investissement initial est important. Entre la machine et ses « à-côtés » (assécheur, compresseur...), il faut compter dans les 60 000 euros hors taxe, avertit Benoît Marouby, qui conclut : « Les yaourts, c'est rentable si on en fait beaucoup. »
Marianne Boilève
Le prochain comité d'agrément à la marque Is(h)ere aura lieu le lundi 30 septembre. Pour plus d'informations (modalités, dossier de candidature, recherche de débouchés...), contacter Mélanie Hovan à la chambre d'agriculture de l'isère : 06 50 24 01 24 ou [email protected]