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Economie laitière

Désagréable déséquilibre

Les producteurs de lait ont l'impression d'être les dindons de la farce. Les propositions de Danone à leur encontre confirment leur sentiment.
Désagréable déséquilibre

Danone les prend elle pour ce qu'ils ne sont pas ? Les producteurs de lait isérois appartenant à l'organisation de producteurs (OP) Danone se permettent de douter depuis quelques jours. Car, dans le bras de fer qui oppose les producteurs de lait et les différentes entreprises laitières qui collectent du lait en France, on aurait pu croire à une avancée : Danone propose d'intégrer les coûts de production dans les contrats de prix. Cette revendication est « ancienne et portée par la profession depuis un moment », rappelle Didier Villard, président de l'Union laitière des Terres froides et responsable de la filière élevage à la chambre d'agriculture de l'Isère. Les bases semblaient intéressantes. Las. La communication de l'entreprise laitière a fonctionné à plein. Ce qu'elle ne disait pas de prime abord, c'est que Danone envisage de n'intégrer que le prix des aliments achetés par les producteurs. « Ce critère ne représente qu'une petite part de la constitution du coût de production, estime Didier Villard. Les quelques propositions faites par l'entreprise ne résolvent pas grand chose ». Alors de nouveau les relations sont au point mort.

Je donne, je prends

Vendredi dernier, l'OP a réuni les producteurs isérois livrant chez Danone pour leur expliquer la situation. Lundi après-midi, un groupe de travail prix du lait était réuni afin de définir une stratégie. Une autre commission portant sur les volumes devait se réunir mardi matin. Tout cela pour préparer une nouvelle rencontre avec l'entreprise laitière mardi après-midi à Vienne (consultez le site terredauphinoise.fr pour les derniers développements). Car si le nouvel indice n'est déjà pas satisfaisant, Danone propose en contrepartie une baisse des volumes demandés aux producteurs de 10%. Quelques centimes gagnés d'un côté, 10% des volumes perdus de l'autre : pour des producteurs au fond du gouffre, il n'y a même pas de discussion possible. Alors, même « si la réunion de Doissin a eu lieu dans un climat plutôt calme et constructif », selon Didier Villard, elle ne cache pas l'amertume des uns, et le découragement des autres. Il est même permis de se demander s'il est encore réaliste de discuter des prix tant la situation semble figée. « Il faut se battre sur les prix, affirme Didier Villard, car ils sont calculés sur des critères archaïques dont l'utilisation donne trop d'influence à la situation allemande pour la constitution des prix du lait français. Nos fabrications, une partie des contraintes et de l'environnement que nous connaissons sont différents de ceux de l'Allemagne. Nous ne pouvons pas continuer avec ce système. Une meilleure valorisation du prix de notre production laitière n'est pas une utopie. En face de nous, nous avons un jeu d'opportunité des laitiers qui surfent sur une vague pour nous enfoncer. Mais nous n'éviterons pas cependant, la question du modèle laitier en Rhône-Alpes. Jusqu'à aujourd'hui le système de grande filière fonctionnait correctement. Il n'est peut-être plus adapté à notre région ». En disant cela, Didier Villard sait qu'il touche un pierre d'achoppement dans la profession, d'autant plus que « si nous pouvons améliorer nos coûts de production, nous n'avons cependant pas de grandes marges de manoeuvre ». 

Face aux critiques de certains estimant que les OP ne servent à rien, le professionnel souligne que « si elles n'existaient pas, ce serait encore pire, car chaque producteur serait seul à discuter avec sa laiterie ». Le rapport de force serait donc complètement inéquitable. « Parce qu'il y a OP, il y a contrat collectif avec la laiterie, c'est loin d'être négligeable, même si le prix n'est traité que par le biais d'un cadre de discussion. Il n'est pas suffisant, mais il faut avant tout le faire vivre. »

 

Jean-Marc Emprin