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Nuciculture

Désherbage mécanique : la preuve par l'exemple

Lors d'une journée Innov'Action consacrée aux alternatives au désherbage chimique, la chambre d'agriculture a initié une démonstration de matériels chez un producteur de Saint-Romans.
Désherbage mécanique : la preuve par l'exemple

Alors que le sort du glyphosate est toujours en suspens, nombreux sont les agriculteurs qui cherchent des solutions alternatives au désherbage chimique. C'est le cas de Jérôme Mure-Ravaud, producteur à Saint-Romans, qui entretient cinq hectares de noyers à l'aide de ses brebis (une centaine de mères) avant de passer un coup de glyphosate. Si l'éleveur a accepté d'accueillir sur ses parcelles une démonstration de désherbage mécanique en ce mercredi de printemps, c'est parce qu'il sait bien qu'à terme il va lui falloir « changer son fusil d'épaule ».
Organisé dans le cadre des journées Innov'Action, en partenariat avec l'Agence de l'eau, l'événement a réuni une cinquantaine d'agriculteurs motivés par la démarche. « Ce qui m'intéresse, c'est la qualité du travail, explique Jérôme. Je fais pâturer les moutons sous les noyers, mais ce n'est pas aussi efficace (les animaux trient l'herbe) ni aussi rapide qu'avec le glyphosate Je cherche une solution alternative, car nous sommes en zone de captage prioritaire. Et nous devons tout essayer pour retrouver une qualité de l'eau certaine. »

Sportif

Comme lui, la plupart des nuciculteurs ne demandent qu'à se laisser convaincre, mais ils ne s'en montrent pas moins circonspects : « Le désherbage mécanique, c'est lent, soulève un collègue de Saint-Romans. Et puis les machines touchent les arbres... » Un autre pose la question de la compatibilité avec les systèmes d'irrigation : « Faudrait pas que ça casse les jets ! » Ghislain Bouvet, conseiller à la chambre d'agriculture, y veille. Les machines vont être soumises à rude épreuve : les conditions sont difficiles. L'herbe est haute et coriace. « C'est vrai que c'est du sportif : il y a de la véronique et du pâturin... », sourit Jérôme Mure-Ravaud.

La démonstration commence avec une tondeuse interceps hydraulique de chez Boisselet, montée sur un porte-outil léger, avec relevage vertical, châssis oscillant et carter de protection. Conçue pour maîtriser et entretenir l'enherbement des vignes et des vergers, cette tondeuse satellite est équipée d'un carter de protection et d'un porte-lame avec deux couteaux libres entraînés par un moteur hydraulique. Au cours de l'entretien de la ligne, l'escamotage est soit mécanique (mécanisme à ressort par contact avec le plant), soit hydraulique (système servo-moteur à palpeur). Même si la machine a évité les systèmes d'irrigation au sol, ce premier essai ne convainc pas. « C'est trop lent, juge Jérôme Mure-Ravaud. L'herbe est sans doute trop haute... Le problème, c'est la roue devant, qui couche tout : l'herbe n'est pas broyée, elle est couchée. » A priori, cet outil ne devrait pas « monter sur le podium ».

Escamotage

Le broyeur à axe horizontal présenté ensuite est mieux accueilli. Montée elle aussi sur un porte-outils léger Arbocep (Chabas), la tête de broyage séduit par sa largeur de travail pleine et utile (800 mm), sa qualité de travail et sa vitesse d'avancement. Equipée de fléaux (couteaux Y), sa capacité de broyage apparaît meilleure que celle d'un gyrobroyeur à axe vertical. Le broyeur a son propre palpeur, facilement réglable, ce qui permet une qualité d'escamotage souple et régulière. L'ensemble des fonctions du porte-outil (mise en route, déport hydraulique, inclinaison, escamotage manuel du broyeur...) est piloté par un joystick. Autre intérêt : l'outil apparaît bien adapté à l'entretien un verger de noyer, dans la mesure où il ne craint pas de rencontrer des obstacles (pierre, branchages) ni de travailler dans des densités de végétation importante. « Là, ça envoie, constate Jérôme Mure-Ravaud. Et puis ça va beaucoup plus vite, mais il faut y aller doucement sur l'irrigation. »

Troisième outil soumis à la critique des nuciculteurs : une tondeuse satellite installée sur un châssis interceps Orrizonti Jolly, qui accepte 14 accessoires différents et permet le travail à l'avant du tracteur. Equipé d'un palpeur ultrasensible, l'outil évite sans problème les systèmes d'irrigation et effectue une tonte rase. Si la tonte est fréquente, sa qualité de travail est intéressante. Mais en début de saison, si l'herbe est très haute, le broyeur donnera l'impression de faucher plus que de broyer, et la qualité de décomposition de l'herbe s'en ressentira. Il vaudra mieux alors utiliser un gyrobroyeur qui, même avec une herbe haute et humide, parviendra toujours à couper sans risquer de bourrer. Un matériel solide, à installer à l'arrière du tracteur, qui donne un bon résultat, mais que les professionnels déconseillent sur les terrains pentus, les vergers irrigués et les jeunes plants.

Les démonstrations terminées, les nuciculteurs partagent leurs impressions sur les qualités de fauche, la rapidité du travail et, surtout, la protection des systèmes d'irrigation. Chacun a sa petite idée. Jérôme Mure-Ravaud, lui, a été assez séduit par la qualité de broyage de la tondeuse Orrizonti : « Elle fait à peine assez bas, mais autour des troncs, c'est nickel. » A terme, c'est pratiquement sûr, il achetera du matériel en commun avec des collègues. Mais pour l'heure, le glyphosate est encore disponible...

Marianne Boilève

 

Retrouvez Benjamin Corzet, le MacGiver du désherbage mécanique sur terredauphinoise.fr